La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Lova Rajaoarinelina, Conseillère Spéciale - Conseillère Diplomatique

Je suis Lova Rajaoarinelina, née le 13 juin 1983 dans le 94 à Ivry sur seine. Je suis conseillère politique et mon dernier poste était conseillère à l’Assemblée nationale de Madagascar entre 2014 et 2017. Je viens de quitter ma fonction depuis fin avril 2017. Je suis mère célibataire de deux filles de 4 ans et de 21 mois. Je suis née et j’ai grandis en France dans une banlieue parisienne du 94 dans une cité où à l’époque la drogue ravageait les trottoirs. Mon père est né pendant la colonisation, j’ai donc la nationalité française par le droit du sang en tant que fille d’indigène et de droit du sol, car née sur le sol français. Mes parents sont issus de l’ethnie merina de Madagascar, mais j’ai reçu une éducation ancrée dans la culture républicaine française ou ni caste ni ethnie ne prime. Nous avons reçu avec mon petit frère une éducation protestante luthérienne ; on apprenait le solfège et la musique classique. Je suis diplômée en droit de la faculté de Paris 11 et de la Sorbonne et me suis spécialisée par la suite dans les droits de l’homme et lutte contre le crime organisé. A la fin de mes études, il était difficile de trouver un poste en adéquation avec ma spécialité, il a fallu que je tente ma chance à l’étranger.

Je suis ainsi arrivée à Madagascar en 2012, en tant que consultante pour la région Ile de France dans le cadre de la coopération décentralisée sur des questions de protection du patrimoine. Lors de mon travail de consulting, je fus repérée par le ministre du tourisme M. RAKOTOMAMONJY Jean Max qui m’a alors demandée d’intégrer son cabinet. Ma prise de fonction s’est faite juste avant la campagne électorale présidentielle et législative en mai 2014. Au premier tour, j’ai été la directrice de campagne de M. Sylvain RABETSAROANA et au second tour, l’assistante du candidat M. Jean Louis ROBINSON. Suite aux résultats de l’élection législative, le ministre du Tourisme fût élu président de l’Assemblée Nationale en 2014. Il m’a chargée d’établir la loi sur l’abolition de la peine de mort. J’étais aussi engagée sur l’intégration du droit de la nationalité à Madagascar. Jusqu’ en 2016, une femme ne pouvait pas transmettre la nationalité. Actuellement,  je suis en train de négocier avec des députés la loi pour la dépénalisation de l’homosexualité et de l’avortement.

Ensuite, j’ai intégrée en 2015, le comité d’organisation du sommet de la Francophonie en charge de l’organisation de la 42e session de l’APF[1] devant se dérouler à Madagascar jusqu’en 2016. Ce fût une mission très médiatique et diplomatique.

Mon expatriation à Madagascar est un pur hasard, même si j’ambitionnais de m’expatrier à la fin de mon cursus universitaire. Mon choix s’était porté en Asie du Sud-Est plus précisément au Laos. Ce qui est intéressant en étant binationale quand on arrive dans un pays classé comme l’un des plus pauvre du monde et en pleine crise politique c’est que l’engagement est plus viscéral peut-être plus qu’il ne peut l’être dans un pays où la misère est moins flagrante voire peu existante.  Je me suis retrouvée dans un pays où il n’y avait pas de gouvernance à l’opposé de la France.

Quand j’étais conseillère diplomatique j’ai essayé de mettre en place une loi pour la prise en compte des votes des malgaches de la diaspora et aussi des députés de l’étranger. C’est un autre combat.

Je suis aussi en train d’écrire un livre qui parle de la diaspora et de leur présence dans la vie politique en Afrique. La diaspora malgache est très discrète et elle souffre de manque de cohésion. Pour moi, tout l’intérêt est que le gouvernement se saisisse du cas de la diaspora et de son organisation en apportant une vision plus ouverte.

L’une des raisons pour lesquelles j’ai arrêté ma mission à Madagascar est que j’étais arrivée à la fin de mes convictions dans ce que je pouvais apporter au pays, et la France, mon autre pays me manquait. Cinq années étaient pour moi un temps non négligeable. Avec le président de l’Assemblée Nationale, on avait alors fait voter (difficilement) l’abolition de la peine de mort et conduit ensemble le sommet de la Francophonie, j’avais le sentiment d’avoir accompli deux belles missions et qu’il était temps pour moi de prendre du recul.

Après avoir donné 5 ans de ma vie à Madagascar, je reviens en France dans mon pays natal pour aussi m’engager ;  surtout quand on voit la montée de Marine LEPEN au second tour. J’ai eu  la chance d’accompagner la Ministre chargée des affaires européennes, Marielle DE SARNEZ, dans  sa campagne législative.

Mon engagement politique date depuis la période de ma jeunesse. Tout  d’abord en tant que jeune démocrate au modem et ensuite comme fondatrice des jeunes avec Dominique STRAUSS KHAN où j’étais en charge de m’occuper de la campagne pour le Parti Socialiste (PS). C’était la première fois que le PS organisait sa primaire. J’ai toujours été relativement du centre, et d’ailleurs mon premier engagement fut en 2007 au Modem.

 Il faut savoir que Conseiller politique est un poste transfuge et la mission  fondamentale est de gérer les problèmes, surtout trouver des solutions ce qui passe par l’exécution des tâches. Il arrive souvent où ses convictions sont secouées, mais ils nous arrivent plus souvent de secouer celles des autres et parfois, quand la chance nous sourit après l’avoir moult fois provoquer, d’obtenir gain de cause sur des sujets majeurs.

Je suis aussi ambassadrice auprès du CRAN qui est le Conseil représentatif des associations noires de France.

Mon sentiment en tant que femme ayant la double culture est un sentiment trouble, car étant partagée entre ces deux cultures. Ce fût difficile parce qu’il a fallu gérer la problématique en tant que femme d’abord et ensuite en tant que femme noire, diplômée, mère célibataire avec des questions de justifications qu’on retrouve plus en France. En réalité, la double nationalité est une richesse et impose une capacité d’adaptation et de compréhension humaine, qualités hautement demandées en politique. Cela m’a permise de me faire une place dans le monde très prisé de la politique.

Le mot aventure résumerait mon parcours. Un conseiller n’a pas la sérénité ni de certitude. Nous sommes des intermittents de la vie politique dont la présence est vitale pour les premiers rôles. Alors, ces responsables politiques ils nous secouent, nous changent, nous trahissent et nous utilisent ; mais aussi nous récompensent et nous écoutent, ils sont aussi capables de remettre entre nos mains l’avenir de centaines voire de milliers de personnes sur la simple rédaction d’une note qui changera pour un long moment la vie de la société.  C’est un métier précaire, c’est un métier hasardeux et ingrat, mais c’est un beau métier, qui nous pousse toujours à mieux faire, pas pour nous mais pour les autres. C’est pour cela qu’il y a tant « d’accrocs » à ces fonctions.

Aux femmes migrantes, je veux dire de ne rien lâcher car le mélange et la diversité représentent de la richesse. Aux femmes africaines qui viennent dans les pays occidentaux, notre culture, notre féminité est une richesse. Nous devons assumer ce que nous sommes en trouvant un compromis. Et surtout, il faut toujours visée  l’excellence ; il n’y a pas de place pour la médiocrité pour les personnes issues de la diversité. On en voit, mais elles ne durent pas ; celles qui marquent sont les insurpassables. Une carrière se construit dans le temps et la cohérence.

Réussir, ne pas se taire et être solidaire représente, là, la clé et cela s’applique à toutes les femmes, peu importe l’origine. 

Cette campagne « Une femme, un mois, une histoire » est une très belle action car les femmes manquent de modèle. C’est bien d’encourager et de participer à cette campagne pour dire que tout est possible, partout.  C’est une question de persévérance. Il faut que les femmes ne lâchent rien et faire plus d’action pour inciter les jeunes filles à ce combat.

 


[1] 'Assemblée parlementaire de la Francophonie

 

La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Salwa L’Aouaji El Gharbi, Conférencière, consultante et technicienne supérieure en matière de migration et gestion de la diversité, organisatrice des rencontres, colloques et séminaires

Je suis Salwa L’Aouaji El Gharbi, née à Tanger en  juillet 1968. Je suis issue d’une famille de 4 enfants ayant vécu dans une famille nombreuse, entourée de mes grands-parents, tantes, cousines. J’ai beaucoup appris d’eux, surtout de ma grand-mère qui me transmettait son savoir par le biais des  contes au niveau de la spiritualité religieuse et des codes de la vie à travers le vivre ensemble. Il n’y avait pas ce concept de séparation entre les gens concernant la religion. Nous vivions en parfaite harmonie avec le voisinage.

J’ai fait des études de Droit à l’Université de Fès au Maroc. J’ai travaillé dans une société comme secrétaire de direction. Nous étions quelques jeunes de ma génération, critiques avec la situation des droits humains et plus encore préoccupés par la condition des femmes avec le poids de la tradition. Nous nous retrouvions à la maison des jeunes où j’écrivais de la poésie et quelques activités théâtrales. Nous parlions de notre démocratie, du futur de notre pays et de l’Afrique en général, des disparités sociales, de la colonisation et de l’impérialisme, de la situation de la femme.

En 1994, j’ai quitté ma ville natale pour m’installer à Barcelone. A mon arrivée, des contacts sur place m’ont permis d’obtenir des papiers administratifs. Au début les choses me paraissaient faciles puisque j’ai obtenu très rapidement mon changement de statut administratif. Cependant, la difficulté première fût de s’intégrer en trouvant un travail qui convienne à mes souhaits. Ayant fait des études, je ne m’attendais pas à vivre cette situation de précarité dans un pays de droits humains, et j’ignorais les préjugés qu’il y avait sur nos cultures et croyances. 

Au début, je travaillais comme volontaire dans la société civile. J’ai effectué une formation  sur le thème de la médiation, la résolution des conflits et la communication, dans les années 1995 à 1997. C’est au terme de cette formation que j’ai eu à travailler dans différentes municipalités de la Catalogne en tant que médiatrice sociale côtoyant ainsi la réalité et le vécu des migrant-e-s. Durant ce temps, en parallèle, je collaborais avec certaines fondations et universités dans des projets de recherche et formation sur le thème des femmes migrantes et de la migration pour une meilleure connaissance des autres cultures. Ce travail fût important, car, c’est l’école la base de l’apprentissage. J’ai aussi travaillé en tant qu’éducatrice avec des jeunes entre 12 ans et 18 ans.

A partir de 2000, nous avons commencé pour la première fois à travailler sur le thème de l’interculturalité avec un groupe de personne composé d’anthropologue, de sociologue et de philosophe.

Je suis et reste en relation avec mon pays d’origine, car dans le contexte d’immigration plus on s’éloigne de notre pays d’origine et plus on le garde dans nos cœurs. Quand on travaille sur la thématique de l’immigration, maintenir une relation avec le pays d’origine est importante, car cela permet de mieux connaitre la manière de penser et les habitudes et aussi permet de suivre de près les nouvelles dynamiques sociales et les changements. Connaissance primordiale pour une base de dialogue.  

En 2004, j’ai créé l’association TAMETTUT-  Association  des  femmes amazighes pour la culture et  le développement. Nous travaillons sur les thèmes d’égalité, des droits culturels avec la perspective du genre.

Avant de créer l’association, j’avais déjà commencé à travailler dans le centre UNESCO de la Catalogne au poste de directrice du Département des droits de l’homme et de la diversité culturelle et responsable de la  Division de gestion de la diversité , 2001-2012, et d’autres postes de responsabilité dans diverses Municipalités de la Catalogne et organismes de femmes. C’est dans cette instance que j’ai réalisé mon cheminement professionnel en participant à des initiatives européennes et internationales, spécialement avec l’UNESCO et les UUNN en coordonnant des projets sur les migrations et les femmes immigrées, diversité,  éducation interculturelle, Justice sociale, racisme, islamophobie dans différents pays entre autre le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, etc…

En 2010, j’ai participé au Programme des Visiteurs Internationaux aux Etats Unis des Amériques, qui inclut la formation sur l’immigration et sur la gestion de la diversité religieuse et culturelle à Washington, New York, Kentucky, Oregon et Texas. Actuellement, je suis responsable d’un Service d’Accueil à la Diversité dans une des Municipalités de la Catalogne, je suis aussi gérante d’AFKAR, une association de Formation et Consulting que j’ai crée avec un groupe d’expert en 2014 et membre consultative de différent Conseil du Gouvernement Catalan comme: la langue catalane, les femmes, l’audiovisuel et la diversité, la sécurité et la diversité religieuse.

Je suis auteure d’une série de poèmes, de publications et de recherche sur des sujets aussi diversifiés que « l’islam et les femmes dans la tradition musulmane », « le peuple amazigh », « immigration et intégration », « le discours médiatique sur l’immigration », « l’immigration et la crise économique », etc.

Je suis infiniment sensible aux questions du genre, des droits humains et de la diversité culturelle et j’ai fait de la médiation, l’interculturalité et la lutte contre le racisme et les discriminations mon cheval de bataille. Je sens que j’incarne l’image de la femme musulmane, amazigh, africaine et méditerranéenne. Au fil de mes plus de 20 ans d’expatriation en Europe, j’ai choisi de ne pas rester à l’écart des enjeux de la société d’accueil et de résidence.

A la lecture de mon Curriculum Vitae, je constate que mon parcours professionnel est très riche, on ne se rend pas forcement compte de tout ce que l’on fait. Comme femme, comme personne, je ressens une grande satisfaction à l’idée de me sentir écoutée. C’est une très belle réponse à tous les sacrifices que j’ai eus à consentir. Avec des préjugés, du fait de mon origine, en tant que marocaine et en tant que femme venant d’un pays en voie de développement. J’avais à cœur de déconstruire cette idée de femme soumise et incompétente. Il a fallu montrer que nous sommes compétentes qu il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises cultures, qu’elles sont juste différentes et riche.

Les stéréotypes et préjugés sont liés à l’ignorance. C’est important de travailler sur ces thèmes de stéréotypes dans l’éducation et la sensibilisation sociale car l’ignorance mène à la discrimination et cela engendre le racisme.

Généreuse, optimiste et positive résumeraient mon parcours quand on est généreuse on pardonne, on apprend des gens, on ne reste pas dans la négativité, c’est ce qui nous permet d’avancer et de lutter dans la vie. C’est l’échange, le partage, donner et recevoir.

Je demande aux femmes de continuer à lutter car la vie des femmes n’a jamais été simple, car, nous sommes vulnérables dans la société. Nous devons nous unir et travailler ensemble peu importe l’origine sociale. D’un pays à l’autre la cause des femmes est unique dans le monde. Il n’y a pas une femme dans le monde qui n’a pas souffert de discrimination.

Je remercie et j’encourage le FORIM dans ce travail, car les femmes ont besoin de cette visualisation. Ce cadre d’échange nous permet de partager nos expériences.

La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Aïssata DEME Anne, Coordinatrice d’un pôle Insertion et Accès à l’emploi des jeunes âgés de 16 à 30 ans

Je m’appelle Aïssata ANNE, franco sénégalaise de 35 ans, ainée d’une fratrie de 6 enfants et originaire du village de Ndouloumadji Dembé dans la région de Matam au Nord-Est du Sénégal. Arrivée en France à l’âge d’un an, j’ai effectué toute ma scolarité en France et garde très peu de souvenirs de mon enfance au Sénégal. Mais, dès l’âge de 9 ans, mes parents m’envoyaient chaque année en colonie de vacances dans ma famille au Fouta. Il était, en effet, important pour eux d’entretenir nos liens avec notre pays d’origine et surtout de connaitre notre famille qui était restée là-bas.

Titulaire d’un diplôme d’état supérieur de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport avec une mention « Directeur de structure et de projets », ma nomination en qualité de Responsable d’un pôle Insertion et Accès à l’Emploi est la résultante de mes quatorze années d’expériences dans le domaine du développement social local (essentiellement auprès de familles, de jeunes issus de l’immigration) à des postes de Référente « Jeunes Majeurs », de Référente familles, de Référente de pôle culture et humanitaire et de Responsable d’un Bureau Information Jeunesse.

Dans le cadre du volet humanitaire, j’ai conçu, mis en œuvre et accompagné différentes actions entres autres

Ø  « Projet de lutte contre le paludisme au Sénégal » en 2007 qui consistait à sensibiliser les populations locales sur cette maladie qui fait des ravages avec une distribution de moustiquaires imprégnées aux plus démunies.

Ø  «L’opération de la cataracte » pour  accueillir et informer les patient-e-s et assister les médecins lors des opérations dans la région de Matam au Sénégal en 2010.

Pour ces différents projets, il s’agissait d’impliquer des jeunes dans la conception et la réalisation, le suivi et l’évaluation d’un projet en France et à l’étranger. La solidarité internationale était véritablement un levier pour favoriser l’insertion des jeunes en difficultés sociales et familiales.

Au poste de référente « Jeunes Majeur-e-s, j’étais confrontée à un public âgé de 16 à 25 ans ; je n’étais plus dans la démarche d’animation mais plutôt dans une logique d’accompagnement individuel ou collectif  du public jeune.

Sur le poste de référente famille, j’avais pour mission principale de mettre en place des projets en direction des familles tout en leur proposant des activités autour de la parentalité.

Suite à l’obtention de mon concours, j’ai été nommée au poste de Responsable du Bureau Information Jeunesse avec comme mission le développement de l’accès, sur l’ensemble du territoire,  des orientations stratégiques en matière d’information Jeunesse en direction des 16-25 ans, la coordination et l’ animation des relations avec les partenaires institutionnels et locaux  dans le cadre du réseau Yvelines Information Jeunesse, l’accompagnement  de porteurs de projets dans leurs démarches, la gestion de la structure Jeunesse (B.I.J) mais aussi le montage de dossiers de subventions ainsi que la gestion de marchés publics.

Depuis 2015, j’occupe le poste de Responsable du pôle Insertion et Accès à l’Emploi dont les missions principales sont la mise en place, le suivi et l’évaluation de projet, d’animation et management de mon secteur, le développement et animation des partenariats, des réseaux d’opérateurs et d’acteurs socio-économiques, l’accompagnement et l’assistance au montage des projets éligibles au titre des aides de la collectivité, le développement de projets liés à la formation professionnelle, d’insertion professionnelle et d’emploi, le suivi et contrôle de la gestion administrative et financière des marchés publics, des conventionnements et des dispositifs, l’élaboration de contrats d’engagement et d’un plan d’action avec le jeune.

Dès mes débuts dans l’univers de l’animation, j’ai compris mon rôle d’animateur socioculturel comme celui qui conçoit, organise et conduit des projets d'animation pour des publics très différents : enfants, adolescents, adultes et personnes âgées. Les activités éducatives, sociales, culturelles et récréatives mises en place visent la socialisation, la participation, la responsabilisation, l'autonomie et d'une façon plus générale, l’épanouissement des populations.

L’ensemble de mes expériences m’ont confortée dans mon choix de départ, à savoir de vouloir avant tout travailler avec les autres et surtout au service des autres.

C’est pourquoi, parallèlement à mon expérience professionnelle, je suis très engagée dans le monde associatif. Cet engagement puise sa source depuis ma plus tendre enfance dans la mesure où mes parents étaient des militants associatifs. En effet, en 1983, ils ont créé, avec des amis, l’association KJPF (Association pour la promotion de la langue et la culture peulh) qui a pour objectif de garder le lien avec les pays d’origine et de promouvoir la langue peulh. C’est ainsi que nous avons pu bénéficier de cours de peulh qui nous ont beaucoup aidé pour pouvoir dialoguer avec nos familles ici et là-bas. D’ailleurs  par la suite en passant mon baccalauréat, j’ai choisis une option peulh qui m’a permis d’obtenir des points supplémentaires pour mon baccalauréat Economiques et Sociales.

Un autre objectif de l’association était l’accompagnement des familles de manière administrative pour une intégration « réussie » en France avec un rassemblement annuel des familles dans le cadre de journées culturelles ou de sorties  de familles à la découverte du patrimoine français.

Mes parents font également partie de l’association des ressortissants de notre village et s’investissent depuis 40 ans pour le développement du village en construisant des infrastructures (école, dispensaires, collège, lycée, marché). Ils m’emmenaient donc aux réunions depuis mon jeune âge, d’où mon engagement bénévole depuis mes 15 ans.

Cela a commencé en 1999 par un poste de Secrétaire générale, lorsque l’association des ressortissants de Ndouloumadji Dembé a décidé de créer une cellule jeune pour justement assurer la relève et que l’on puisse s’impliquer autrement avec nos compétences et nos connaissances.    

De 2007 à 2010, j’ai également été secrétaire Générale de l’Alliance Sports Loisirs avec l’idée de travailler sur une école de football et des activités périscolaires pour utiliser le sport comme outil d’éducation. Notre association a été primée, en 2009, par l’agence Nationale pour l’éducation par le sport.

De 2007 à 2012, j’ai aussi occupé les postes de Vice-présidente puis présidente de l’association  Ndouloum au Féminin. Cette association qui réunit les jeunes filles et femmes originaires de notre village, a pour objectifs de développer des actions pour l’autonomisation des femmes et aussi de travailler sur la problématique de la santé. Nous avons ainsi organisé au village, une campagne de dépistage du diabète et mis en place des ateliers de cuisine par un échange culinaire avec les mamans. 

En mai 2013, j’ai  fondé l’association Cœur du FOUTA pour non seulement apporter un appui à nos parents qui se sont engagés depuis plus de 40 ans, mais surtout prendre la relève de leurs engagements.

L’association Cœur du Fouta est essentiellement composée de membres français d’origine d’étrangère, conscients que cette notion de double culture est une richesse qui amène parfois à des questionnements. En effet, le jeune issu de l’immigration reçoit ou possède de nombreuses références identitaires des parents de nationalités étrangères, un nom étranger et à la maison une autre culture que française dans un environnement de culture française. Il doit donc gérer sa dualité culturelle.

Les projets menés par l’association nous ont permis de recevoir le 2ème prix dans le cadre du prix jeunesse et migration organisé par le GRDR, ce qui nous a permis de participer à un forum en Italie où nous avons pu présenter un plaidoyer sur l’engagement des jeunes au sein des associations de solidarités issus des migrations.

L’association regroupe différents jeunes de différents pays venant d’horizons divers. C’est ce brassage culturel qui représente notre force. Nous sommes présents sur la région Ile-de-France et animons des ateliers sur la migration et le développement et aussi sur la place des jeunes au sein des associations.

Nous avons aussi été lauréats du 3e prix de l’édition du Prix  MADIBA qui avait pour thème «  le vivre ensemble ne se décrète pas il se construit » décerné par le FORIM pour l’initiative « Générations solidaires ». La reconnaissance de l’association se traduit également par le fait que je la représente comme membre du jury Yvelines coopération Internationale et développement (YCID) au niveau du département à la commission d’attribution au niveau du soutien aux associations (financements).

En octobre 2016, nous avons organisé la 2e édition de notre forum solidaire qui consiste à favoriser l’engagement des jeunes dans des associations de solidarité internationale avec des ateliers sur le thème de la citoyenneté, du vivre ensemble, de la place des jeunes. Et lors de ce forum, nous avions eu l’immense plaisir d’accueillir des artistes notamment  BAABA MAAL qui est un artiste peulh de renommée internationale et qui est également ambassadeur auprès du Programme des Nations Unies.  La présence et le soutien  de ces personnalités permettent de valoriser nos activités et nos actions et d’avoir une réelle visibilité. D’ailleurs, l’association a été nommée Ambassadeur de son Mouvement nommé NANN-K pour favoriser l’aide au développement de l’Afrique par le biais de l’élevage, la culture, la pêche et le numérique. Les objectifs de notre association sont en cohérence avec les objectifs du mouvement.

Depuis l’année dernière, nous travaillons beaucoup sur l’autonomisation des femmes au Sénégal dans le cadre de la dimension genre que nous mettons au centre de nos actions.  

Nous aurons cette année, à la fin du mois d’octobre, la 3e édition de notre forum sur le thème de l’engagement et l’insertion des jeunes par la solidarité internationale. Nous avons également pour projet phare de créer une promotion de jeunes issus de la diaspora sénégalaise qui souhaitent s’investir dans le développement économique de leur pays en leur permettant de créer une activité génératrice de revenus.

Depuis 2016, je suis membre du bureau et du conseil d’administration du  RACIVS (Réseau des Associations de Coopération Internationale du Val de Seine) qui est un réseau qui réunit 80 associations que nous accompagnons dans la création et la mise en place de projets, par l’organisation de conférences citoyennes sur le thème du vivre ensemble ou l’organisation de formations pour la montée en compétences des bénévoles de ces associations de solidarités.

Je suis également représentante de parents d’élèves et participe aux conseils d’administration, aux conseils de classe, aux conseils de discipline et aux commissions spécifiques.

A la lecture de mon parcours, on pourrait croire que je n’ai pas vécu des moments difficiles. Pourtant, cela n’a pas toujours été facile pour les concours de la fonction publique où lorsque j’échouais, je me motivais pour le repasser l’année suivante. C’est par l’obtention de ces concours et de diplômes que j’ai pu obtenir des postes à responsabilités, ce n’est pas toujours simple, surtout lorsque l’on est une femme.

Conjuguer la vie familiale, professionnelle et extra professionnelle n’a pas toujours été simple. Je remercie mes parents de nous avoir transmis les valeurs du travail, de l’amour et de la persévérance. Dans la vie quand on veut quelque chose, il faut s’en donner les moyens. Et ce sont ces valeurs qui ont été mon leitmotiv.

 Je considère ma double culture comme une richesse. Sénégalaise de par mes parents et française parce que j’ai grandi, étudié et travaille ici en France. Mon équilibre se trouve dans le respect de ces deux cultures.  J’ai toujours gardé les liens forts avec la famille en Afrique avec les cousins, oncles et tantes. J’y vais tous les deux ans avec mes enfants.

 Nos parents nous ont toujours poussés dans notre parcours, parce qu’il était important d’avoir une place dans la société, car ils n’ont pas eu cette chance. Soutien, qui s’est traduit dans le parcours d’étude de mes frères et sœurs qui ont tous poursuivis de grandes études. Mon père était ouvrier spécialisé chez Renault et ma mère femme au foyer. Ils aspiraient que nous ayons un meilleur vécu.

Le mot persévérance résume bien mon parcours parce qu’à un moment de ma vie, j’ai eu des périodes de doute en ayant une année blanche ou une année de réflexion sur moi-même. Je me suis raccrochée dans les valeurs de la famille.

Comme on peut le voir dans le monde, nous avons des femmes leader et, dans la société africaine, la femme à toute sa place, mieux elle est la base de la société africaine.

Je trouve cette campagne très importante parce qu’elle permet la valorisation des femmes et l’encouragement par des parcours qui peuvent être une vitrine pour d’autres. Je remercie donc le FORIM pour cette initiative.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Ini Armande Ouattara, Consultante en Management de projet système d’information et Présidente de l’association Diaspora for Development (D4DEV)

Je me nomme Ini Armande OUATTARA. J’ai 27 ans et je suis de nationalité burkinabé. Je suis née en Côte d’Ivoire dans la ville de Cocody et j’ai grandi entre Dakar et Ouagadougou.

Je suis actuellement consultante en Management de projets systèmes d’information et présidente de l’association Diaspora for Development (D4DEV) qui appuie les porteurs de projets de la diaspora ayant à cœur d’apporter une valeur à leur pays d’origine grâce à la création d’entreprise.

Je suis arrivée en France en janvier 2011 dans le cadre d’un programme d’échange entre l’Institut de Management de Dakar (ISM) et Science Po Paris en master de Finance et Stratégie. Forte d’une nouvelle ouverture sur la responsabilité sociale d’entreprise (RSE) et le développement durable, j’ai décidé de changer d’orientation et poursuivi par un MBA en management du développement durable. Un dernier volet de ma formation supérieure en management de projet m’a permis de me doter des outils et méthodes nécessaires pour aborder mes fonctions actuelles de consultante en Gestion de projets.

Pour revenir sur les revirements de mon parcours académique, j’attribue ce changement au fait que les outils et mécanismes d’orientation des jeunes en Afrique de l’Ouest sont encore insuffisants et ne permettent pas à de jeunes esprits de prendre connaissance rapidement de leur(s) potentiel(s) et de leur(s) passion(s). Qui dit mauvaise orientation académique, dit mauvaise stratégie d’insertion professionnelle, ce qui mène bien souvent à la montée du chômage chez les jeunes. C’est pourquoi, je prends plaisir à inspirer les jeunes filles tant à travers mes activités associatives qu’à l’occasion de voyages personnels en Afrique.

En 2012, dans le cadre de mon MBA management du développement durable, j’ai participé avec succès au prix de l’entrepreneuriat migrant organisé par OXFAM et le FORIM (1er prix France, 4e prix Europe). Ce fut une expérience de premier plan qui m’a permis de confronter mon projet de création d’entreprise sur la responsabilité sociale mais aussi et surtout de rencontrer d’autres organisations de la diaspora comme le réseau FECODEV[1] dont je suis membre aujourd’hui. C’est aussi un moment charnière qui a motivé mes choix actuels d’intervenir au cœur de l’écosystème entrepreneurial pour donner le maximum de chance à des entrepreneurs dans l’âme comme moi, de mener à bien leur projet au pays.

J’ai intégré, en 2014, un cabinet de management en projet dans lequel j’ai effectué des missions de conseil autour du digital et des systèmes d’information au sein de grands groupes internationaux. En 2015, j’ai co-fondé l’association Diaspora for developement (D4DEV) en partant du constat que de plus en plus de jeunes et adultes de la migration ont à cœur de contribuer au développement du continent Africain via l’entreprenariat. Le défi principal était de réussir à identifier et contacter d’autres acteurs de la diaspora sur le même créneau et le second défi a été de trouver des partenaires pour co-construire le projet associatif.

Après deux ans d’activités nous faisons aujourd’hui partie d’un écosystème de plus de 20 associations intervenant en Afrique subsaharienne. Je peux dire que le chalenge du début est derrière nous même si de nombreux défis restent à relever. Nous pouvons nous féliciter d’avoir un noyau solide et d’avoir pu consolider notre axe d’intervention sur « migration et développement ». Sur ce point, j’aimerais encourager les organisations ou les individus qui veulent travailler sur cette thématique à rechercher les autres acteurs, prendre contact et adhérer à des réseaux. On ne gagne rien à être isolé, dans sa bulle ou en autarcie. C’est non seulement contraire à notre héritage culturel mais surtout contre-productif.

En tant que migrante, il est important que lorsque nous arrivons dans un pays autre, de savoir s’ouvrir à d’autres cultures et réalités sans se faire submerger ou assimiler. Pour ce faire, cela passe d’abord par garder des bases communes avec sa communauté en participant à des évènements ; tout en essayant de retourner souvent sur ses terres d’origine.

Personnellement, j’ai grandi dans une logique mondialisée. Je considère que ma terre d’origine est l’Afrique et que le monde est un grand terrain de jeu. Je pense qu’il n’y a de barrières que celles qu’on se fixe soi-même ; l’important c’est de savoir déceler l’opportunité qui s’offre à nous, dans quel pays que ce soit.

En tant que femme migrante, je suis optimiste mais consciente qu’il y a beaucoup de travail à faire pour l’amélioration de la position et de la condition de la femme (dans la migration ou dans les pays du monde). Je suis convaincue que chacune à son échelle peut jouer un rôle en sensibilisant nos juniors, en parlant de ce qu’on est et de ce qu’on fait aujourd’hui. En ayant une posture de « rôle modèle », on inscrit un schéma dans l’esprit de nos cadettes mais aussi dans l’histoire.

Je résumerais mon parcours par le mot PIVOT, car il a été ponctué de pivots face à l’adversité et à l’opportunité : pivot académique en passant de la finance au développement durable puis à la gestion de projets. Pivot professionnel en inscrivant une vie associative bien remplie en parallèle de mon activité salariée. Pivot personnel en faisant référence à mon parcours géographique continu à travers l’Afrique de l’Ouest et dans le monde.

Une institution comme le FORIM est un réel atout pour donner des repères à ces organisations de la migration qui luttent pour faire une différence dans le monde et pour leur terre d’origine. La campagne dix mythes est un beau moyen de mettre en lumière ce que font les populations migrantes ici et là-bas et une manière de déconstruire les idées reçues sur ce qu’on a le droit d’être ou pas.

 

 

 




[1] Femmes et Contributions au Développement

 

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La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Liman Inoussa Zabbaou Consultante en montage de projets, Membre des pools d’experts de la plateforme ADEPT et d’Erasmus+ pour l’agence du service civique.

Je m’appelle Liman Inoussa Zabbaou. Je suis née le 11 juin 1985 à Reims. Après ma naissance, mes parents m’ont emmenée au Niger où j’ai passé cinq ans. A mon retour en France, je ne parlais pas du tout le français, n’étant pas scolarisée là-bas. J’ai donc appris le français avec une orthophoniste en six mois, en dernière année de maternelle. J’ai grandi dans la ville de Reims dans un quartier mixte où toutes les couches sociales se côtoyaient. J’y ai fait toutes mes études primaire et secondaire jusqu’à la licence. Ensuite j'ai intégré La Sorbonne. Mes deux parents sont originaires de Kantché et Magaria, dans la Région de Zinder. Toute mon enfance, j’ai vu de nombreuses personnes venir auprès de mon père pour des conseils, j’ai toujours baigné dans un climat international, atmosphère où de nombreuses personnes d’origines différentes se côtoyaient. Je rêvais de travailler dans une grande institution, pas de défendre, mais d'encourager la coopération, les rapprochements. C’est pour cette raison que j’ai fait des études en droit public à Reims, puis un master 1 et 2 spécialité droit international et droit africain à Paris Sorbonne.  Mon Master en poche, je me suis rendue compte petit à petit qu’il y a avait beaucoup de freins à l’embauche. A titre d’exemple, j’ai voulu effectuer un stage à l’Union Africaine, à Washington, et c’est 6 mois après que j’ai eu mon application. Je suis rentrée en France où j’ai cherché à travailler dans un ministère mais  ça n’a pas été possible. Je suis passée alors par le programme Eurodyssée  qui proposait de faire un stage en Suisse. J’ai été recrutée à la fin de mon stage où j’ai été missionnée pour créer une fondation. J’ai donc pu acquérir une certaine expérience à l’international en recherche de financements pendant une année.

De retour en France avec cette expérience, je pensais obtenir un travail mais malheureusement ce ne fût pas le cas. Du coup, je me suis rapprochée de l’Office Franco-Québécois pour la Jeunesse, grâce auquel j’ai pu décrocher une expérience au Ministère du développement économique sur le pupitre Afrique et Moyen Orient. Professionnellement, ce travail était enrichissant mais cela me posait un problème sur le plan moral, j’y suis donc restée 8 mois.

De retour en France, dans l’optique d’avoir un travail et aussi en parallèle,  je me suis mise au statut auto- entrepreneur et à rechercher des partenaires économiques en Amérique du nord et en Afrique  en espérant faire du conseil à destination de l’Afrique et de partenaires de l’Amérique du Nord. Je ne sais pas si le fait de n’avoir pas pu travailler pour le ministère est pour des raisons discriminatoires. Je crois, malheureusement, que c’est la pratique en France. Comme de nombreuses personnes ayant la double culture, il y a souvent ce sentiment d’être mal compris. En voyage au Niger, on me renvoie à la France, pareil en France, on me demande d’où je viens. Je ressens une incompréhension et un tiraillement entre deux ; je ne sais pas si un jour je me sentirai plus Française ou plus Nigérienne. J'aime mes deux pays tout autant.

Dans ma recherche d’emploi, j’ai répondu pour la première fois à une annonce de la ville de Marennes où j’ai été retenue pour monter un projet sur la francophonie. Ce qui m'a permis d'être, entre autre, programmatrice du festival les cultures Francophones. Le but de ce festival est de promouvoir la francophonie dans son ensemble, comme on l’entend en Afrique ou en Amérique du Nord, des cultures influencées par l'Histoire coloniale française. J’ai donc monté un projet sur demande et je l'ai monté sur plusieurs thématiques : Culture - Jeunesse - Économie - Politique. Cet emploi m’a permis de rester en lien avec le Québec et de me rapprocher de l’Afrique puisque j'ai ouvert le projet sur le Sénégal.

Pour ma part, je ne monte pas de projets au détriment du continent africain, je demande un minimum de réciprocité dans l’apport, c’est aussi cela faire de la solidarité. J’ai arrêté parce que je considérais avoir rempli ma mission, et, le maire de Marennes, aujourd'hui Président du groupe pays Sénégal à CUF pourra le confirmer.

Je suis donc retournée à mon auto entreprise qui consiste actuellement à répondre à des appels à projets. D’une part, à trouver des partenaires techniques et d'autre part en les alertant sur les fonds disponibles comme ceux des Ministères, des collectivités, de l’AFD, les dispositifs du FORIM (PRA/OSIM) ceux d'AFFORD, les FONJEP, etc… Mon cœur d’activité est de faire de la veille et de répondre aux appels à projets. Je suis actuellement plusieurs associations comme Agora Francophone, La Vue pour Tous ou encore La Boucherie, laboratoire des pratiques innovantes de Reims. Je suis ce que que font pas mal d’autres associations comme SOS Santé, Gassé Doro, mais je ne suis membre d’aucune malheureusement, et ce n'est pas par manque de volonté.

Je suis aussi experte Erasmus +. Actuellement j'échange avec la Région Grand Est, le CRIJ et l'association rémoise pour développer et favoriser la mobilité des jeunes en Europe et à l'international. Tout récemment membre des experts d’ADEPT, plus précisément depuis novembre, j'espère courant 2017 appuyer les associations issues de la diaspora africaine d'Europe, dans la rédaction de leurs réponses aux appels à projets.

Je résumerais mon parcours à une montagne russe. J’ai connu des hauts et des bas, ce n’est jamais plat, il y a toujours un rebondissement. Je n’ai jamais lâché mon rêve car, ce rêve, c’est mon livre de vie, ma littérature de l‘esprit.  A toutes celles qui ont fait un rêve, qu’elles n’hésitent pas à le mettre sur papier et à le concrétiser. Certes, ce n’est pas facile mais il y a toujours le moyen de le concrétiser. 

Cette campagne est le moyen de rappeler qu’on est tous issus d'une migration.

Pour déconstruire les stéréotypes autour des femmes migrantes j’incite tout le monde à venir participer à une manifestation et aux rencontres sur les femmes dans les quartiers, des forums ou les associations de quartier et dans les villes. La culture, le sport, l’évènementiel, sont des moyens de déconstruire les stéréotypes. Ouvrez-vous aux autres cultures « éteignez vos télés » c’est aussi un très bon moyen pour aller à la rencontre, il n'y a pas forcément besoin de voyager très loin. « Sortez de chez vous ! ».

J’ai accepté de participer à cette campagne du FORIM, car la valorisation des parcours des femmes migrantes me touche et m’intéresse, et aussi pour pouvoir rencontrer les acteurs de la diaspora. J’ai envie d’aider ces acteurs parce qu’il y a un vrai besoin et un vrai potentiel. Par exemple, nous sommes partis du constat que les nigériens sont peu visibles alors qu’il y a une diaspora hyper qualifiée et intéressante. Les membres du FORIM en région doivent être un appui à toute personne issue des migrations. Le FORIM doit être disséminé sur tout le territoire français et européen. Tout en renforçant sa visibilité parce que c’est un acteur utile. Je remercie le FORIM et je l’encourage à persévérer dans ces actions. 

La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Rachel KONE, Journaliste et spécialiste en communication

Je me nomme Rachel KONE et mon nom de femme de média est Médina. Soninké, native de Saint-Denis en France, j'entre dans la quarantaine. J’ai grandi dans le 93 dans une ville qui a souvent fait la une des journaux à cause de tensions avec les jeunes. J’aurais pu dévier en tournant le dos à ma scolarité et bien d’autres choses mais avec l'éducation des parents, la force des enseignants et un service jeunesse qui boostait les jeunes, il n’en a rien été. Je suis une fille de migrants ! Mon père GONGO Soumboulou Koné est arrivé en France dans les années 60 au début de la migration africaine. Ce sont les parcours de mes parents qui ont forgé mon caractère et donc ma vie.

Je n’ai jamais eu comme  idole les stars. Pour moi, mes parents et mes grandes mères sont mes célébrités, mes modèles. J’ai pu observer qu'ils ont tous avancé avec des valeurs fortes. La vie c’est savoir avancer, fixer des objectifs et tenir contre vents et marée cela est mon leitmotiv. Fille ainée d’une famille de 6 enfants je n'oublierai jamais la patience et la fermeté de ma mère  Astou N'Diaye qui  nous inculquait des valeurs comme la droiture, le droit d’ainesse, le respect des anciens, l'amour de Dieu avec pudeur, la dignité et nous transmettait à sa manière la culture qu’elle a reçue. Mon père lui se levait très tôt et rentrait tôt. Cela lui permettait de nous aider dans nos devoirs scolaires, causer, nous réconforter ou nous motiver quand ça n'allait pas. Nos parents ont placé la transmission des valeurs de nos origines au cœur de notre éducation. Puisque nous avons grandi en France, ils nous poussaient à comprendre la terre où nous sommes nés. On parlait beaucoup, j'ai eu une enfance heureuse. La question de l’excision  a été abordée puisqu’à l’époque en début d’année 80, il y avait des familles qui pratiquaient et d'autres non. Mes parents comme bien d'autres partaient du principe que cette pratique était culturelle et non religieuse. Pour ma part, j'ai compris par la suite combien ce sujet a blessé des parents qui pensaient bien faire. Parler, discuter de ce sujet est important. Par ailleurs, notre culture et sa survie vont au-delà de cet unique sujet... 

A 11 ans, avec la famille, je me suis rendu au Sénégal, ce fût une révélation : la famille, Dakar, Diawara, Gorée, Thiaroye, le multiculturalisme à la sénégalaise, la Teranga...j'ai appris que nous venions en fait du Mali au 19e siècle et que mon ancêtre paternel Fa Koné était bambara. J'ai découvert que la migration de ma lignée avait commencé bien avant la France sur le continent africain. Nul ne peut prétendre que les Africains ne rêvent que d'Europe ou d États-Unis. Non ce qu'ils veulent c'est s'épanouir dans des territoires accueillants... migrer c'est laisser derrière soi une partie de son être c'est être courageux avancer en territoire inconnu. J'admire donc ceux qui ont suivi ce chemin !

En grandissant, en France nous avons des critères de référence qui sont différents de ceux qui sont né en Afrique. J'ai compris que je serai une femme plurielle.

A l’âge de 16, 17 ans j’ai été plus dans la recherche des racines car, même étant née en France nous sommes toujours renvoyés à nos origines. Alors, je demande aux personnes d'occident ou d'Afrique de m’accepter comme je suis.

Je me suis lancée dans le journalisme dans les années 90 dans un secteur très mal connu. Il y avait seulement un prisme caucasien et dès le départ j’ai reçu l’encouragement de mes parents à condition de ne pas faire n’importe quoi. Soutien important et nécessaire car, à l’époque les jeunes filles de mon âge se faisaient marier ou fuguaient...Je peux dire que mes parents étaient modernes dans le sens où même si la culture dominait cela n’était pas au détriment de mes choix et de mon avis. Des prétendants m'ont demandé ma main. Ça m'a beaucoup touchée car c'était respectueux. Ils étaient bien élevés. Seulement, allaient-ils accepter que je travaille dans des domaines si mystérieux pour nous à l'époque ? Les commerçantes voyageuses étaient mieux tolérées... je n’ai pas voulu faire de concessions sur mes choix professionnels (rire). J’ai été toujours à l’écoute des mariages coutumiers, ils solidifient les familles...Les soninkés ont beaucoup changé dans leur vision des rôles hommes-femmes, j’ai aujourd’hui le plaisir de voir le soupçon de modernité dans la vie des couples et des personnes qu’on pourrait traiter de traditionnels. Il y a un changement de réflexion.  Pour moi le plus important dans la vie  d’un couple c’est le dialogue. L'Homme est fort, la Femme est une complice forte dans un monde de plus en plus complexe. Ils se complètent... Je ne suis pas déracinée culturellement parlant. Je travaille dans un monde multiculturel, j’essaie de faire la part des choses entre le monde traditionnel ou on prend beaucoup de temps pour les visites familiales, les fêtes, les conciliabules et plein d’autres choses. Ça change de monde citadin en occident où l’on vit dans l'individualité. 

Je conjugue ces deux univers pour pouvoir travailler. Cette double culture me donne de l’espoir et de la vitalité. Etant petite, c’était douloureux à cause du rejet des deux côtés mais en grandissant, je me sens riche culturellement et plus sereine.

J’aimerais adresser un message d’encouragement pour toutes ces personnes qui sont immigré-e-s qu’elles ne doutent pas de l’importance de la transmission. Ils sèment une graine dans les cœurs. Lorsqu’elle est transmise avec douceur les enfants continuent notablement le chemin.

Comme de nombreuses personnes j’ai aussi vécu le racisme dans le milieu professionnel et aussi dans la rue. Des phrases type « vous les africains on ne peut pas vous confier une mission. Vous ne savez pas travailler... » ne m'ont jamais astreintes. J'ai travaillé en réponse, gravi les échelons et appris de mes obstacles sans jamais me concentrer sur ma « race ». Les non racistes sont majoritaires alors pourquoi s'arrêter ? Je suis une descendante de «kassaaoura» (briseurs d'os. Petit nom donné aux Koné).

Le mot qui pourrait résumer mon parcours serait tradi-moderne. Je me sens forte ainsi. 

Pour déconstruire les stéréotypes sur les femmes migrantes, il faut rester digne et ne pas s’arrêter sur les tracas présents. Il faut lutter, être persévérant. Dans certains domaines, être très bons. On nous reproche souvent d'être  incontrôlables alors évitez de perdre patience en privilégiant le dialogue. En usant de ce qui est à votre portée pour vous aider associations, syndicats, conseillers, confiez-vous à des professionnels quand c’est nécessaire. On peut être ferme en plaçant le bon mot au bon moment et au bon endroit évitant ainsi de se ridiculiser.

J'apprécie les actions du FORIM depuis des années. Feu mon père m'en parlait et je comprenais l'utilité de cette organisation. A quand les médailles et les prix internationaux pour l'équipe entière ? Bravo pour vos actions. J’ai une affection particulière pour Madame Khady Sakho Niang qui ne manque pas de courage, ténacité et implication. Votre campagne pour les femmes souligne l'importance des mères, épouses, femmes qui portent démultiplient les rôles et sont en première ligne pour l'éducation, la transmission de la culture, le soutien dans le couple. Je remercie le FORIM pour cette interview. Merci de m'avoir donné la parole.

 

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La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait Mme FRIKECH CHAOUIH Souad Chargée de mission ONG Mariée, 4 filles

Fille de directeur d’école, de mère au foyer et ainée d’une fratrie de 7 enfants,  je suis née au Maroc en 1959. J’ai eu une éducation conservatrice. Beaucoup de règles m’étaient imposées avec l’exigence de l’excellence et de bons résultats scolaires par les parents. J’ai obtenu ma maitrise à l’université de Fés au Maroc, en 1984.

En1985, à 24 ans, je suis arrivée seule en France, pour poursuivre mes études supérieures. Ce choix de partir était lié à mon ambition de femme, pour atteindre en priorité mon indépendance. Je crois que c’est cet esprit des Lumières, de l’humanisme français et du pays des droits humains, de l’égalité femme homme qui m’a le plus guidée, loin de chercher à faire fortune.

Je suis aussi partie pour me confronter aux problèmes de la vie quotidienne,  me forger et me préparer pour mieux affronter la vie dans la société marocaine à la fin de mes études. Rester en France n’était pas mon objectif.

Je suis arrivée dans un autre pays sans aucun repère réel, à part l’imaginaire et le rêve que nous procure la littérature française. J’ai été admise à la Sorbonne où j’ai eu mon DEA [1] en « Aménagement de l’espace urbain », j’ai donc entamé une thèse de doctorat sur « Les investissements des capitaux immigrés au Maroc » en mettant l’accent sur la valorisation de l’apport des femmes migrantes dans le développement.

Ma vie d’étudiante loin de ma famille et sans beaucoup de ressources m’a obligée à travailler pour vivre, ce qui a réorienté l’ensemble de mon parcours de vie.

J’ai dû alterner des petits boulots et mes études dans une même journée. L’engagement dans la vie active ne laissait pas le temps nécessaire aux longues études. Un des obstacles rencontré et qui a compliqué mon parcours d’études supérieures, fût la maitrise de la langue française lorsqu’il s’agissait de rédiger des rapports de recherche d’un niveau universitaire alors que j’avais effectué tous mon parcours scolaire en arabe.

Le second obstacle a été de trouver un travail dans le domaine de ma spécialité sans avoir la nationalité française. J’ai envoyé des centaines de CV[2] sans obtenir de réponse favorable. Faute de mieux, je me suis retrouvée à exercer des petits boulots pour vivre.

Après un long combat de plus de 10 ans dans le domaine professionnel, j’ai occupé des postes précaires qui n’avaient aucun lien avec ma formation initiale. Ce combat pour mon insertion professionnelle m’a interpelée  pendant très longtemps.

 Autour de moi des personnes migrantes subissaient le même sort que moi et étaient également dans des situations de grande  précarité cherchant un emploi, je vous laisse deviner le parcours et le quotidien de ces personnes.

Mon engagement et mon évolution dans le milieu associatif, m’ont permis de me réorientée vers des postes de chargée de mission dans des ONG[3]. Jusqu’à ce jour, je suis restée sur ce même type de poste.

Mon engagement politique et associatif a commencé au Maroc au sein de l’UNEM Union syndicale des Etudiants au Maroc) où j’étais engagée dans le même  combat que menaient  les étudiants marocains au niveau national. On luttait  contre le régime de Hassan II, pour la démocratie, l’état de droit et pour le respect des droits humains.

Je me suis engagée auprès de l’association AMEJ (Association de l’Education de la Jeunesse) une association d’éducation populaire visant le progrès social, l’émancipation de la jeunesse et la transformation d’une société conservatrice. Arrivée en France, à coté de mes études, j’ai consacré une grande partie de mon temps libre au militantisme associatif comme continuité de mes engagements au Maroc.

J’ai occupé, à plusieurs reprises, des postes de membre du bureau fédéral de l’AMF[4] et j’ai aussi été à l’initiative de la création d’un centre d’intérêt culturel en 1991. L’objectif de ce centre était  de valoriser l’apport culturel des migrant-e-s et favoriser les échanges interculturels visant la connaissance des cultures africaines à travers des conférences, des expositions et des événements culturels à dimension internationale.

Mon engagement associatif m’a permis de prendre conscience de l’écart qui existe entre la théorie de l’égalité des droits et la réalité du terrain. Cet écart est plus flagrant pour les personnes étrangères et vulnérables. Les discriminations, le racisme, l’injustice sociale et économique dans les quartiers populaires, la situation des migrant-e-s, les violences faites aux femmes… ce sont des réalités de tous les jours. Mais aussi sur les questions de l’égalité homme-femme, l’émancipation et la parité … Ce sont là tous les leviers de mon engagement associatif.

Accéder au poste de Secrétaire Générale du FORIM est un honneur pour moi, je le considère comme un signe de confiance de mes partenaires. Je suis et reste consciente du travail qui nous attend en tant que responsable associatif engagée et de la situation précaire des migrant-e-s. La bataille politique est de rigueur.

Je garde une relation très forte avec mon pays d’origine tout d’abord parce que mes parents et toute ma famille y résident mais aussi pour  garder un lien avec les luttes de la société civile  cela fait partie de mon engagement. Au Maroc, nous sommes loin de nos aspirations. En tant que militant-e-s des droits humains de la société marocaine, je reste assez préoccupée par l’évolution de la démocratie et du respect des droits humains dans ce pays. Pour tous ces motifs je continue mon engagement avec des organisations marocaines  pour développer des projets associatifs et politiques.

 Je suis et reste fière de ma double culture, elle m’apporte un équilibre dans ma vie de femme, entre les valeurs de l’égalité, de la liberté et de l’engagement citoyen ; et les valeurs familiales, de solidarité, d’hospitalité et d’entraide.

 Le mot Combatif résumerait mon parcours : combatif car l’illusion de l’égalité des droits ; de l’égalité femme-homme, de la question genre et tant d’autres problématiques restent à résoudre non seulement dans nos pays d’origine mais aussi dans les pays d’accueil. Il nous faut être éveillés et prêts au combat !

Croire à un combat c’est avoir la conviction et l’espoir d’un changement.

La migration économique considérée d'emblée comme un phénomène masculin a dominé les thèmes et a contribué à occulter la présence des femmes. De plus, l'intérêt récent qu'on porte aux migrantes s'est accompagné d'une perception stéréotypée et réductrice qui les envisage comme passives.

En tant que militante de terrain au service de la condition féminine, je ne peux que faire le constat suivant : les femmes migrantes ont du courage à revendre et de la volonté pour s’en sortir, en situation et niveau égal, elles trouvent plus facilement un travail que les hommes migrants. Elles assument des responsabilités insupportables et réussissent à atteindre leurs objectifs contres vents et marées. Le conseil que je peux donner aux femmes c’est de sortir de la victimisation et de l’ombre, prendre son destin en main, et dénoncer les violences en tous genres. Cette campagne est un excellent projet du FORIM, qui valorise les différents parcours de femmes migrantes combattantes, militantes et résistantes pour déconstruire les stéréotypes dans l’imaginaire occidental. Cela fait partie de nos missions au sein du FORIM.

 


[1] Diplôme d'Etudes Approfondies

[2] Curriculum vitae

[3] Organisation Non Gouvernemental

[4] Association des Marocains en France

 

La campagne une femme, un mois, une histoire : Mme Mariam THIAM, Médiatrice socio-culturelle.

Je suis Mariam THIAM, j’ai 49 ans et suis mère de deux enfants, âgés de 14 et 8 ans. Je suis née au Mali, j’ai grandi entre le Sénégal et le Mali. Je suis arrivée en France en 1991, en provenance de la Mauritanie. Actuellement, je travaille à la création de mon entreprise ; une Agence de Conseil en médiation sociale et en communication interculturelle. Ce projet, je l’ai construit avec les équipes de Résonnances Nord-Sud, un espace qui accueille et accompagne les projets de création d’entreprises.

J’ai choisi l’entrepreneuriat pour réaliser mon rêve. Il me tient à cœur de valoriser et de partager une riche expérience de 20 années de médiatrice socio-culturelle dans la Région Ile-de-France, dont 10 ans le Département de Seine Saint-Denis. J’ai beaucoup aimé mon travail d’écoute, de conseil et d’accompagnement de femmes et hommes de La Courneuve pour l’accès au logement, à une formation, à un emploi, à un titre de séjour ou une carte nationale d’identité. J’ai été heureuse de mener un travail de médiation auprès d’Institutions de la République, d’administrations, et d’élu-e-s pour trouver des réponses qui favorisent l’exercice de la citoyenneté et le vivre ensemble.

Aujourd’hui, je suis heureuse de pouvoir proposer, à partir de 2017, mes services auprès d’institutions, d’administrations, d’associations et d’entreprises qui souhaitent trouver dans la médiation et dans les ressources de la communication interculturelle des réponses aux tensions qui peuvent exister sur les discriminations, d’exercice de la parentalité, le vécu de la laïcité…  

J’ai toujours été une femme engagée. Avant mon arrivée en France, en 1988, j’avais participé aux mouvements de la jeunesse estudiantine au Sénégal  en 1988 pour l’alternance démocratique et au Mali en 1991, pour le multipartisme et la démocratie. J’ai aussi toujours été également attirée par le monde de l’entreprise. Arrivée en France, après une formation en Comptabilité et Gestion, j’ai travaillé dans le secteur des assurances, du tourisme et de l’évènementiel.

Mon sens de l’engagement et ma connaissance de la région parisienne m’ont conduit à travailler pour l’Association des Ressortissants de la Boucle du Niger en France (ARBNF). Médiatrice sociale au sein de cette Association, j’ai développé, sur ce territoire qui compte plus de 110 nationalités, l’écoute, la négociation, la recherche de réponses justes pour les citoyennes, pour les citoyens, pour la République. Plus tard, dans le même département, avec une collègue de l’association "Synergie Plus », nous avons créé un groupe de parole : « La Voix des Femmes ». Ce projet permettait aux femmes de rompre leur isolement face au problème scolaire, au problème de l’emploi et autres : c’était un espace où chaque femme décidait !

Avec l’association "Les yeux de l’ouïe" nous avons permis aux femmes d’affronter le regard des autres pour s’approprier l’espace public. Même si ce combat pour l’occupation des femmes de l’espace public paraît évident, cela ne fût pas forcément aisé !

Je suis de la lignée du Fondateur de l’Empire Toucouleur, Umar Foutiyou TALL, une famille installée au Mali et dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. Ma grand-mère maternelle est une Arabo-berbère de Tombouctou. J’ai été aussi bercée par l’histoire familiale de cette grand-mère d’Araouane, Oualata, Néma, Chinguitti qui se confondait avec le commerce transsaharien entre le Maroc, l’Algérie, le Sénégal, le Mali et le Soudan. J’ai en héritage la diversité culturelle. Cette diversité est empreinte aussi de complexités. Elle invite à la tolérance et à la sagesse. Amadou Hampathé Ba, le grand écrivain et humaniste africain a écrit ceci dans sa lettre ouverte à la Jeunesse en 1985 : «....De même que la beauté d’un tapis tient à la variété de ses couleurs, la diversité des hommes, des cultures et des civilisations fait la beauté et la richesse du monde … »

L’accès des femmes à l’Education, les Droits des femmes et des migrant.e.s motivent mes engagements.

J’ai été invitée à participer aux travaux des Nations-Unies pour l’Afrique de l’Ouest à Dakar sur le thème « Femmes, Paix et Sécurité ». J’ai également contribué aux travaux du forum de Bamako sur « le rôle de la femme dans la réconciliation et la résolution des conflits ; l’apport de la diaspora au développement de l’Afrique». en 2013 J’ai pris part au colloque de la Fédération Mères pour la Paix sur le thème « Mali, Sahel, Maghreb… et les Femmes », ainsi qu’au congrès international qui s’est tenu, en 2014, lors de son Congrès International pour ses 20 ans qui s’est tenu à l’Assemblée Nationale et à Villeneuve d’Ascq sur le thème « Les Femmes déclarent la Paix »

Le mois de septembre dernier, j’ai été choisie comme l’une des ambassadrices du plan d’actions et de mobilisation contre le sexisme lancé du 8 Septembre 2016 au 8 Mars 2017 par Mme Laurence ROSSIGNOL, Ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes. Je suis l’heureuse Marraine, qui a comme filleule l’Association Ame (Alliance pour la Mixité en Entreprise) qui regroupe à présent plus de dix-sept réseaux d’entreprise ; elle agit en faveur de l’égalité et la mixité dans les grandes entreprises.

Le mot qui résume mon parcours serait l’engagement pour les droits humains, la citoyenneté et le vivre ensemble. C’est pourquoi, l’Agence que je crée interviendra, avec les ressources de la médiation et de la communication interculturelle, à la fois pour aider les grandes entreprises dans la relation avec l’environnement de leur territoire et aider le développement en France d’entreprises créées par les femmes et les hommes issues de l’immigration.

Cette campagne est une très belle vitrine pour toutes ces femmes battantes qui sont pas visibles dans les médias. Je ne peux qu’encourager le FORIM dans cette démarche ; il joue bien son rôle en mettant en lumière les différents parcours et les engagements des femmes. C’est donc un honneur pour moi de participer à cette campagne.

La campagne une femme, un mois, une histoire : Mme Aida KA, Sénégalaise, chef d’entreprise dans la restauration

Je m’appelle Aida KA. Je suis née le 04  avril 1937 au Sénégal. Je suis venue en France en 1968 afin de rejoindre mon mari qui était à l’époque directeur d’un foyer. À mon arrivée, j’ai dû vivre au sein de ce foyer. C’était une situation très pénible pour moi car pendant deux mois je n’avais ni douches, ni toilettes.

Je n’avais suivi aucune formation à un métier et le responsable de mon mari, qui était un prêtre catholique, avait décidé de me confier l’ameublement du foyer. Pendant 2 ans, je cousais les rideaux. Suite à une maladie, j’étais obligée d’arrêter ce travail, car le métier de couture n’était pas compatible avec mon état de santé. Je me retrouvais donc sans emploi. En tant que femme mariée en France, ma fierté ne me permettait pas de demander de l’aide à ma famille. Il me fallait trouver une solution. C’est ainsi que je me décidais à faire du commerce, à vendre des beignets et des pastels dans les milieux africains. Grâce à ce commerce, j’ai pu constituer un capital. Cependant, l’annonce soudain du décès de mon père fût un tel choc que je dû retourner au Sénégal.

Mon père m’avait légué une maison dans son testament, mais cela ne fut pas accepté par les membres de ma famille puisque je vivais en France. J’ai donc laissé ce bien au pays pour revenir travailler ici. De retour en terre française, le prêtre était devenu un confident, un ami, il m’a permis d’être en charge de la restauration des résidents du foyer. Cette commercialisation de plats africains m’a permis d’avoir un petit capital et d’être autonome. Mais, je ne pouvais pas ouvrir de compte bancaire sans l’autorisation de mon mari et mon capital épargné était utilisé par la personne à qui je le confiais. J’ai donc préféré garder mon argent avec moi. Un jour, j’ai fait la rencontre d’un notaire qui, après avoir dégusté ma cuisine au foyer, me conseilla d’ouvrir un restaurant. Ce fut donc un déclic pour moi. En 1974, j’ai décidé d’ouvrir un restaurant africain au 46, Rue Polonceau dans le 18éme arrondissement de Paris. Étant une femme africaine dans un quartier français, sans immigrés, j’ai connu le racisme. Les voisins n’acceptaient pas de voir autant d’africains regroupés et fréquentant mon restaurant. J’ai donc été convoquée plusieurs fois au Commissariat pour fermeture. Mais, mon commerce était déclaré et était licite, la justice me donna donc raison. Cela m’a démontré que la France est un pays où la loi est suprême. Ce fut une procédure judiciaire qui dura deux ans, toutefois, à la fin de celle-ci, je suis restée en bon terme avec mes accusateurs.

Je n’ai jamais abandonné parce que je savais ce que je valais, je savais d’où je venais et petit à petit j’ai gagné le respect de mes voisins. Issue d’une famille peule noble, traditionnelle et nombreuse, je me souviens d’avoir été très heureuse auprès de mes parents. Ils m’ont inculqué les valeurs familiales. C’est pour cela que la famille est très importante pour moi. J’essaie de transmettre ces valeurs à mes enfants et à mes petits-enfants. 

Le constat que je fais de la femme migrante est que la souffrance ne se partage pas. Nous avons toutes cette capacité à garder notre souffrance pour nous et le pouvoir d’avancer par nous-même.   

Le mot qui résumerait mon parcours est le mot combativité, pour la seule et bonne raison que la vie est un combat qu’on mène tant qu’on est vivant.

Mon conseil aux femmes est le suivant : la jeunesse et la beauté ne doivent pas faire oublier le combat pour leur autonomie et leur indépendance financière. Je ne remercierai jamais assez mon père qui m’a   encouragée, à mon arrivée en France, à suivre des cours de français. Instruction qui me permet de lire et écrire aujourd’hui sans dépendance.

Je remercie Mariam THIAM qui a permis cette rencontre et j’espère qu’à la lecture de mon portrait les femmes où les personnes qui liront cet article réaliseront la chance qu’elles ont de vivre dans une époque où la femme est libre de ses actions et peut entreprendre sans dépendre d’un homme.

Merci au FORIM de me donner cette possibilité de m’ouvrir et de partager mon expérience.

 

La campagne une femme, un mois, une histoire : Mme Adolé ANKRAH directrice de l’association Femmes inter Associations _ Inter Service Migrants (FIA-ISM)

Mme Adolé ANKRAH directrice de l’association Femmes inter Associations _ Inter Service Migrants  (FIA-ISM)

Née le 16 septembre 1955 à Lomé (Togo), je suis arrivée en France à l'âge de 13 ans pour  rejoindre ma mère qui y était dans le cadre de ses études. J’y suis restée depuis, ayant choisi la France pour faire ma vie.

C’est ici en France que j’ai donc fait mes études dans le domaine de la science économique à l’école des cadres en tant que boursière. Sensible et passionnée par les questions d’intégration, j'ai suivi le cours de gestion de collectivité car au final je voulais travailler dans le social. Je voyais des femmes immigrées arrivées en France assez désœuvrées, perdues dans un environnement mal connu et mal maîtrisé. Les questions d'intégration des femmes migrantes m'interpelaient réellement.

C’est grâce à cette passion que j’ai connu, en 1984, Yacine Diakité, aujourd’hui  Administratrice du FORIM[1]. Ensemble, nous  faisions du porte à porte pour inciter les femmes à suivre des cours d’alphabétisation et de couture, au sein du "CERFA" (Centre d'Echange et de Rencontre des Femmes Africaines),  où nous étions bénévoles. A mon avis, l’alphabétisation représente la clé de l’intégration. Nous encouragions les femmes migrantes, quelque ce soit leur pays et leur origine, à se battre car personne ne leur donnera quoi que ce soit sur un plateau d'argent. Elles doivent se prendre en main pour éviter l’assistanat, et pour se construire réellement en France. 

En 1986, j’ai été embauchée à Inter Service Migrants, dans le service dédié aux femmes (SIA). Ce service est devenu une association à part entière en 1987, en se rebaptisant FIA-ISM[2].

J’ai contribué avec des amies d’horizons divers à créer plusieurs associations dans l’Essonne : Génération  Femmes à Évry, Génération Femmes Rissoises, Coup de Pouce, Entraide et Culture, entre autre. Ces associations avaient comme objectifs d'encourager l'autonomie et l'émancipation des femmes, notamment immigrées, de les accompagner dans leurs parcours d'intégration, d'insertion sociale, etc…

Plus tard, je deviens directrice de FIA-ISM. Ma fonction en tant que directrice est de mettre en œuvre des actions concourant à la professionnalisation des associations, à la qualification des acteurs/trices et à la mise en réseau des associations entre elles et avec des différentes structures sur le territoire national. En plus, nous dispensons depuis 1992 des formations en "médiation sociale et culturelle". La formation comporte plusieurs modules : l'éthique de la médiation, le rôle du tiers, les principes déontologiques, et les domaines  d'exercice : l’école, le logement, la santé, domaine social. Dans nos formations, nous abordons également d'autres thématiques, telles que  les préjugés, les discriminations, les violences faites aux femmes, l'égalité femme-homme, l'interculturalité, le vivre ensemble, les valeurs de la République, la laïcité, etc… Certains sujets deviennent délicats, car il y a des crispations, des méconnaissances, des malentendus, et des idées fausses qui sont véhiculées. En discutant avec moins de passion et de manière apaisée, on finit par se comprendre.

Je suis d’origine togolaise de nationalité française. Je me considère moi-même interculturelle de fait,  car ce mélange m'a façonnée et c’est une grande richesse d'avoir deux cultures en interaction.   

Je suis d'ici et je suis d'ailleurs, "togolo- française".  J’ai un besoin vital de m'imprégner de cette double origine : retourner au Togo quand je peux et revenir ici, chez moi, dans mon pays, la France qui m'a accueillie à l'âge de 13 ans.  C’est aussi cela qui me permet de me réaliser personnellement et professionnellement.

Je fais des projets d'insertion ici et des projets de co-développement au Togo et dans d'autres pays d'Afrique. Selon moi, c'est indispensable de contribuer au développement de mon pays d’accueil et de mon pays d'origine. C’est pourquoi je trouve le dispositif PRA/OSIM important car il  permet  de mettre les compétences des migrant-e-s au service des pays émergents.

Tout ce travail associatif m’a encouragée à faire de la politique. J’ai été élue sur une liste «  divers gauche » auprès de Thierry MANDON, en 1981. Aujourd'hui, j'en suis à mon troisième mandat. J'ai été aussi conseillère régionale en Ile de France pendant deux ans, et conseillère d'agglomération Évry Sud. J'aime la politique et je trouve que cela complète l'engagement associatif. Dans les 2 cas, nous sommes au service de la population.

Je suis curieuse et boulimique dans mon engagement associatif et cela a été récompensé par deux médailles : chevalier de l’ordre de mérite et chevalier de la légion d’honneur. J'en suis très fière !

J’ai été par ailleurs, vice-présidente du FORIM. Malheureusement, des problèmes de santé m’ont empêchée de m'investir comme je le voulais. Néanmoins, je reste en tant qu’administratrice suppléante, et je pense que j’ai beaucoup à apporter sur mes sujets de prédilection. Cela se fera d’une manière ou d’une autre plus tard, parce que mes problèmes de santé se résolvent peu à peu. Le FORIM est une bonne plateforme qui rend plus visible l'engagement et l'investissement des  migrant-e-s aussi bien ici que dans leur pays d'origine.

Le mot  "gagnant" résumerait mon parcours parce que je me suis donnée les moyens d’arriver. Le courage et la persévérance sont nécessaires. La France sait reconnaître celles et ceux qui se battent et se donnent les moyens de réussir. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de racisme, ni de discriminations, mais je pense qu'il ne faut pas être dans la victimisation. Comme disait le grand Monsieur Stéphane Hessel, "indignez-vous mais agissez". Je me suis indignée bien des fois mais j'ai réagi et agit et j'estime que j'ai gagné. D’où le mot gagnant que j'ai choisi. Cette campagne est formidable. Y participer est une bonne chose et c'est une forme de reconnaissance. C’est le rôle du FORIM de faire connaitre des parcours, de donner espoir, je ne peux que le féliciter et l’encourager à continuer. Je souhaite longue vie au FORIM.

 


[1] Forum des Organisations de Solidarité Internationale issue des Migrations

[2]  Femmes Inter Associations - Inter Service Migrants 

 

 

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