La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Ini Armande Ouattara, Consultante en Management de projet système d’information et Présidente de l’association Diaspora for Development (D4DEV)

Je me nomme Ini Armande OUATTARA. J’ai 27 ans et je suis de nationalité burkinabé. Je suis née en Côte d’Ivoire dans la ville de Cocody et j’ai grandi entre Dakar et Ouagadougou.

Je suis actuellement consultante en Management de projets systèmes d’information et présidente de l’association Diaspora for Development (D4DEV) qui appuie les porteurs de projets de la diaspora ayant à cœur d’apporter une valeur à leur pays d’origine grâce à la création d’entreprise.

Je suis arrivée en France en janvier 2011 dans le cadre d’un programme d’échange entre l’Institut de Management de Dakar (ISM) et Science Po Paris en master de Finance et Stratégie. Forte d’une nouvelle ouverture sur la responsabilité sociale d’entreprise (RSE) et le développement durable, j’ai décidé de changer d’orientation et poursuivi par un MBA en management du développement durable. Un dernier volet de ma formation supérieure en management de projet m’a permis de me doter des outils et méthodes nécessaires pour aborder mes fonctions actuelles de consultante en Gestion de projets.

Pour revenir sur les revirements de mon parcours académique, j’attribue ce changement au fait que les outils et mécanismes d’orientation des jeunes en Afrique de l’Ouest sont encore insuffisants et ne permettent pas à de jeunes esprits de prendre connaissance rapidement de leur(s) potentiel(s) et de leur(s) passion(s). Qui dit mauvaise orientation académique, dit mauvaise stratégie d’insertion professionnelle, ce qui mène bien souvent à la montée du chômage chez les jeunes. C’est pourquoi, je prends plaisir à inspirer les jeunes filles tant à travers mes activités associatives qu’à l’occasion de voyages personnels en Afrique.

En 2012, dans le cadre de mon MBA management du développement durable, j’ai participé avec succès au prix de l’entrepreneuriat migrant organisé par OXFAM et le FORIM (1er prix France, 4e prix Europe). Ce fut une expérience de premier plan qui m’a permis de confronter mon projet de création d’entreprise sur la responsabilité sociale mais aussi et surtout de rencontrer d’autres organisations de la diaspora comme le réseau FECODEV[1] dont je suis membre aujourd’hui. C’est aussi un moment charnière qui a motivé mes choix actuels d’intervenir au cœur de l’écosystème entrepreneurial pour donner le maximum de chance à des entrepreneurs dans l’âme comme moi, de mener à bien leur projet au pays.

J’ai intégré, en 2014, un cabinet de management en projet dans lequel j’ai effectué des missions de conseil autour du digital et des systèmes d’information au sein de grands groupes internationaux. En 2015, j’ai co-fondé l’association Diaspora for developement (D4DEV) en partant du constat que de plus en plus de jeunes et adultes de la migration ont à cœur de contribuer au développement du continent Africain via l’entreprenariat. Le défi principal était de réussir à identifier et contacter d’autres acteurs de la diaspora sur le même créneau et le second défi a été de trouver des partenaires pour co-construire le projet associatif.

Après deux ans d’activités nous faisons aujourd’hui partie d’un écosystème de plus de 20 associations intervenant en Afrique subsaharienne. Je peux dire que le chalenge du début est derrière nous même si de nombreux défis restent à relever. Nous pouvons nous féliciter d’avoir un noyau solide et d’avoir pu consolider notre axe d’intervention sur « migration et développement ». Sur ce point, j’aimerais encourager les organisations ou les individus qui veulent travailler sur cette thématique à rechercher les autres acteurs, prendre contact et adhérer à des réseaux. On ne gagne rien à être isolé, dans sa bulle ou en autarcie. C’est non seulement contraire à notre héritage culturel mais surtout contre-productif.

En tant que migrante, il est important que lorsque nous arrivons dans un pays autre, de savoir s’ouvrir à d’autres cultures et réalités sans se faire submerger ou assimiler. Pour ce faire, cela passe d’abord par garder des bases communes avec sa communauté en participant à des évènements ; tout en essayant de retourner souvent sur ses terres d’origine.

Personnellement, j’ai grandi dans une logique mondialisée. Je considère que ma terre d’origine est l’Afrique et que le monde est un grand terrain de jeu. Je pense qu’il n’y a de barrières que celles qu’on se fixe soi-même ; l’important c’est de savoir déceler l’opportunité qui s’offre à nous, dans quel pays que ce soit.

En tant que femme migrante, je suis optimiste mais consciente qu’il y a beaucoup de travail à faire pour l’amélioration de la position et de la condition de la femme (dans la migration ou dans les pays du monde). Je suis convaincue que chacune à son échelle peut jouer un rôle en sensibilisant nos juniors, en parlant de ce qu’on est et de ce qu’on fait aujourd’hui. En ayant une posture de « rôle modèle », on inscrit un schéma dans l’esprit de nos cadettes mais aussi dans l’histoire.

Je résumerais mon parcours par le mot PIVOT, car il a été ponctué de pivots face à l’adversité et à l’opportunité : pivot académique en passant de la finance au développement durable puis à la gestion de projets. Pivot professionnel en inscrivant une vie associative bien remplie en parallèle de mon activité salariée. Pivot personnel en faisant référence à mon parcours géographique continu à travers l’Afrique de l’Ouest et dans le monde.

Une institution comme le FORIM est un réel atout pour donner des repères à ces organisations de la migration qui luttent pour faire une différence dans le monde et pour leur terre d’origine. La campagne dix mythes est un beau moyen de mettre en lumière ce que font les populations migrantes ici et là-bas et une manière de déconstruire les idées reçues sur ce qu’on a le droit d’être ou pas.

 

 

 




[1] Femmes et Contributions au Développement

 

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La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Liman Inoussa Zabbaou Consultante en montage de projets, Membre des pools d’experts de la plateforme ADEPT et d’Erasmus+ pour l’agence du service civique.

Je m’appelle Liman Inoussa Zabbaou. Je suis née le 11 juin 1985 à Reims. Après ma naissance, mes parents m’ont emmenée au Niger où j’ai passé cinq ans. A mon retour en France, je ne parlais pas du tout le français, n’étant pas scolarisée là-bas. J’ai donc appris le français avec une orthophoniste en six mois, en dernière année de maternelle. J’ai grandi dans la ville de Reims dans un quartier mixte où toutes les couches sociales se côtoyaient. J’y ai fait toutes mes études primaire et secondaire jusqu’à la licence. Ensuite j'ai intégré La Sorbonne. Mes deux parents sont originaires de Kantché et Magaria, dans la Région de Zinder. Toute mon enfance, j’ai vu de nombreuses personnes venir auprès de mon père pour des conseils, j’ai toujours baigné dans un climat international, atmosphère où de nombreuses personnes d’origines différentes se côtoyaient. Je rêvais de travailler dans une grande institution, pas de défendre, mais d'encourager la coopération, les rapprochements. C’est pour cette raison que j’ai fait des études en droit public à Reims, puis un master 1 et 2 spécialité droit international et droit africain à Paris Sorbonne.  Mon Master en poche, je me suis rendue compte petit à petit qu’il y a avait beaucoup de freins à l’embauche. A titre d’exemple, j’ai voulu effectuer un stage à l’Union Africaine, à Washington, et c’est 6 mois après que j’ai eu mon application. Je suis rentrée en France où j’ai cherché à travailler dans un ministère mais  ça n’a pas été possible. Je suis passée alors par le programme Eurodyssée  qui proposait de faire un stage en Suisse. J’ai été recrutée à la fin de mon stage où j’ai été missionnée pour créer une fondation. J’ai donc pu acquérir une certaine expérience à l’international en recherche de financements pendant une année.

De retour en France avec cette expérience, je pensais obtenir un travail mais malheureusement ce ne fût pas le cas. Du coup, je me suis rapprochée de l’Office Franco-Québécois pour la Jeunesse, grâce auquel j’ai pu décrocher une expérience au Ministère du développement économique sur le pupitre Afrique et Moyen Orient. Professionnellement, ce travail était enrichissant mais cela me posait un problème sur le plan moral, j’y suis donc restée 8 mois.

De retour en France, dans l’optique d’avoir un travail et aussi en parallèle,  je me suis mise au statut auto- entrepreneur et à rechercher des partenaires économiques en Amérique du nord et en Afrique  en espérant faire du conseil à destination de l’Afrique et de partenaires de l’Amérique du Nord. Je ne sais pas si le fait de n’avoir pas pu travailler pour le ministère est pour des raisons discriminatoires. Je crois, malheureusement, que c’est la pratique en France. Comme de nombreuses personnes ayant la double culture, il y a souvent ce sentiment d’être mal compris. En voyage au Niger, on me renvoie à la France, pareil en France, on me demande d’où je viens. Je ressens une incompréhension et un tiraillement entre deux ; je ne sais pas si un jour je me sentirai plus Française ou plus Nigérienne. J'aime mes deux pays tout autant.

Dans ma recherche d’emploi, j’ai répondu pour la première fois à une annonce de la ville de Marennes où j’ai été retenue pour monter un projet sur la francophonie. Ce qui m'a permis d'être, entre autre, programmatrice du festival les cultures Francophones. Le but de ce festival est de promouvoir la francophonie dans son ensemble, comme on l’entend en Afrique ou en Amérique du Nord, des cultures influencées par l'Histoire coloniale française. J’ai donc monté un projet sur demande et je l'ai monté sur plusieurs thématiques : Culture - Jeunesse - Économie - Politique. Cet emploi m’a permis de rester en lien avec le Québec et de me rapprocher de l’Afrique puisque j'ai ouvert le projet sur le Sénégal.

Pour ma part, je ne monte pas de projets au détriment du continent africain, je demande un minimum de réciprocité dans l’apport, c’est aussi cela faire de la solidarité. J’ai arrêté parce que je considérais avoir rempli ma mission, et, le maire de Marennes, aujourd'hui Président du groupe pays Sénégal à CUF pourra le confirmer.

Je suis donc retournée à mon auto entreprise qui consiste actuellement à répondre à des appels à projets. D’une part, à trouver des partenaires techniques et d'autre part en les alertant sur les fonds disponibles comme ceux des Ministères, des collectivités, de l’AFD, les dispositifs du FORIM (PRA/OSIM) ceux d'AFFORD, les FONJEP, etc… Mon cœur d’activité est de faire de la veille et de répondre aux appels à projets. Je suis actuellement plusieurs associations comme Agora Francophone, La Vue pour Tous ou encore La Boucherie, laboratoire des pratiques innovantes de Reims. Je suis ce que que font pas mal d’autres associations comme SOS Santé, Gassé Doro, mais je ne suis membre d’aucune malheureusement, et ce n'est pas par manque de volonté.

Je suis aussi experte Erasmus +. Actuellement j'échange avec la Région Grand Est, le CRIJ et l'association rémoise pour développer et favoriser la mobilité des jeunes en Europe et à l'international. Tout récemment membre des experts d’ADEPT, plus précisément depuis novembre, j'espère courant 2017 appuyer les associations issues de la diaspora africaine d'Europe, dans la rédaction de leurs réponses aux appels à projets.

Je résumerais mon parcours à une montagne russe. J’ai connu des hauts et des bas, ce n’est jamais plat, il y a toujours un rebondissement. Je n’ai jamais lâché mon rêve car, ce rêve, c’est mon livre de vie, ma littérature de l‘esprit.  A toutes celles qui ont fait un rêve, qu’elles n’hésitent pas à le mettre sur papier et à le concrétiser. Certes, ce n’est pas facile mais il y a toujours le moyen de le concrétiser. 

Cette campagne est le moyen de rappeler qu’on est tous issus d'une migration.

Pour déconstruire les stéréotypes autour des femmes migrantes j’incite tout le monde à venir participer à une manifestation et aux rencontres sur les femmes dans les quartiers, des forums ou les associations de quartier et dans les villes. La culture, le sport, l’évènementiel, sont des moyens de déconstruire les stéréotypes. Ouvrez-vous aux autres cultures « éteignez vos télés » c’est aussi un très bon moyen pour aller à la rencontre, il n'y a pas forcément besoin de voyager très loin. « Sortez de chez vous ! ».

J’ai accepté de participer à cette campagne du FORIM, car la valorisation des parcours des femmes migrantes me touche et m’intéresse, et aussi pour pouvoir rencontrer les acteurs de la diaspora. J’ai envie d’aider ces acteurs parce qu’il y a un vrai besoin et un vrai potentiel. Par exemple, nous sommes partis du constat que les nigériens sont peu visibles alors qu’il y a une diaspora hyper qualifiée et intéressante. Les membres du FORIM en région doivent être un appui à toute personne issue des migrations. Le FORIM doit être disséminé sur tout le territoire français et européen. Tout en renforçant sa visibilité parce que c’est un acteur utile. Je remercie le FORIM et je l’encourage à persévérer dans ces actions. 

La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Rachel KONE, Journaliste et spécialiste en communication

Je me nomme Rachel KONE et mon nom de femme de média est Médina. Soninké, native de Saint-Denis en France, j'entre dans la quarantaine. J’ai grandi dans le 93 dans une ville qui a souvent fait la une des journaux à cause de tensions avec les jeunes. J’aurais pu dévier en tournant le dos à ma scolarité et bien d’autres choses mais avec l'éducation des parents, la force des enseignants et un service jeunesse qui boostait les jeunes, il n’en a rien été. Je suis une fille de migrants ! Mon père GONGO Soumboulou Koné est arrivé en France dans les années 60 au début de la migration africaine. Ce sont les parcours de mes parents qui ont forgé mon caractère et donc ma vie.

Je n’ai jamais eu comme  idole les stars. Pour moi, mes parents et mes grandes mères sont mes célébrités, mes modèles. J’ai pu observer qu'ils ont tous avancé avec des valeurs fortes. La vie c’est savoir avancer, fixer des objectifs et tenir contre vents et marée cela est mon leitmotiv. Fille ainée d’une famille de 6 enfants je n'oublierai jamais la patience et la fermeté de ma mère  Astou N'Diaye qui  nous inculquait des valeurs comme la droiture, le droit d’ainesse, le respect des anciens, l'amour de Dieu avec pudeur, la dignité et nous transmettait à sa manière la culture qu’elle a reçue. Mon père lui se levait très tôt et rentrait tôt. Cela lui permettait de nous aider dans nos devoirs scolaires, causer, nous réconforter ou nous motiver quand ça n'allait pas. Nos parents ont placé la transmission des valeurs de nos origines au cœur de notre éducation. Puisque nous avons grandi en France, ils nous poussaient à comprendre la terre où nous sommes nés. On parlait beaucoup, j'ai eu une enfance heureuse. La question de l’excision  a été abordée puisqu’à l’époque en début d’année 80, il y avait des familles qui pratiquaient et d'autres non. Mes parents comme bien d'autres partaient du principe que cette pratique était culturelle et non religieuse. Pour ma part, j'ai compris par la suite combien ce sujet a blessé des parents qui pensaient bien faire. Parler, discuter de ce sujet est important. Par ailleurs, notre culture et sa survie vont au-delà de cet unique sujet... 

A 11 ans, avec la famille, je me suis rendu au Sénégal, ce fût une révélation : la famille, Dakar, Diawara, Gorée, Thiaroye, le multiculturalisme à la sénégalaise, la Teranga...j'ai appris que nous venions en fait du Mali au 19e siècle et que mon ancêtre paternel Fa Koné était bambara. J'ai découvert que la migration de ma lignée avait commencé bien avant la France sur le continent africain. Nul ne peut prétendre que les Africains ne rêvent que d'Europe ou d États-Unis. Non ce qu'ils veulent c'est s'épanouir dans des territoires accueillants... migrer c'est laisser derrière soi une partie de son être c'est être courageux avancer en territoire inconnu. J'admire donc ceux qui ont suivi ce chemin !

En grandissant, en France nous avons des critères de référence qui sont différents de ceux qui sont né en Afrique. J'ai compris que je serai une femme plurielle.

A l’âge de 16, 17 ans j’ai été plus dans la recherche des racines car, même étant née en France nous sommes toujours renvoyés à nos origines. Alors, je demande aux personnes d'occident ou d'Afrique de m’accepter comme je suis.

Je me suis lancée dans le journalisme dans les années 90 dans un secteur très mal connu. Il y avait seulement un prisme caucasien et dès le départ j’ai reçu l’encouragement de mes parents à condition de ne pas faire n’importe quoi. Soutien important et nécessaire car, à l’époque les jeunes filles de mon âge se faisaient marier ou fuguaient...Je peux dire que mes parents étaient modernes dans le sens où même si la culture dominait cela n’était pas au détriment de mes choix et de mon avis. Des prétendants m'ont demandé ma main. Ça m'a beaucoup touchée car c'était respectueux. Ils étaient bien élevés. Seulement, allaient-ils accepter que je travaille dans des domaines si mystérieux pour nous à l'époque ? Les commerçantes voyageuses étaient mieux tolérées... je n’ai pas voulu faire de concessions sur mes choix professionnels (rire). J’ai été toujours à l’écoute des mariages coutumiers, ils solidifient les familles...Les soninkés ont beaucoup changé dans leur vision des rôles hommes-femmes, j’ai aujourd’hui le plaisir de voir le soupçon de modernité dans la vie des couples et des personnes qu’on pourrait traiter de traditionnels. Il y a un changement de réflexion.  Pour moi le plus important dans la vie  d’un couple c’est le dialogue. L'Homme est fort, la Femme est une complice forte dans un monde de plus en plus complexe. Ils se complètent... Je ne suis pas déracinée culturellement parlant. Je travaille dans un monde multiculturel, j’essaie de faire la part des choses entre le monde traditionnel ou on prend beaucoup de temps pour les visites familiales, les fêtes, les conciliabules et plein d’autres choses. Ça change de monde citadin en occident où l’on vit dans l'individualité. 

Je conjugue ces deux univers pour pouvoir travailler. Cette double culture me donne de l’espoir et de la vitalité. Etant petite, c’était douloureux à cause du rejet des deux côtés mais en grandissant, je me sens riche culturellement et plus sereine.

J’aimerais adresser un message d’encouragement pour toutes ces personnes qui sont immigré-e-s qu’elles ne doutent pas de l’importance de la transmission. Ils sèment une graine dans les cœurs. Lorsqu’elle est transmise avec douceur les enfants continuent notablement le chemin.

Comme de nombreuses personnes j’ai aussi vécu le racisme dans le milieu professionnel et aussi dans la rue. Des phrases type « vous les africains on ne peut pas vous confier une mission. Vous ne savez pas travailler... » ne m'ont jamais astreintes. J'ai travaillé en réponse, gravi les échelons et appris de mes obstacles sans jamais me concentrer sur ma « race ». Les non racistes sont majoritaires alors pourquoi s'arrêter ? Je suis une descendante de «kassaaoura» (briseurs d'os. Petit nom donné aux Koné).

Le mot qui pourrait résumer mon parcours serait tradi-moderne. Je me sens forte ainsi. 

Pour déconstruire les stéréotypes sur les femmes migrantes, il faut rester digne et ne pas s’arrêter sur les tracas présents. Il faut lutter, être persévérant. Dans certains domaines, être très bons. On nous reproche souvent d'être  incontrôlables alors évitez de perdre patience en privilégiant le dialogue. En usant de ce qui est à votre portée pour vous aider associations, syndicats, conseillers, confiez-vous à des professionnels quand c’est nécessaire. On peut être ferme en plaçant le bon mot au bon moment et au bon endroit évitant ainsi de se ridiculiser.

J'apprécie les actions du FORIM depuis des années. Feu mon père m'en parlait et je comprenais l'utilité de cette organisation. A quand les médailles et les prix internationaux pour l'équipe entière ? Bravo pour vos actions. J’ai une affection particulière pour Madame Khady Sakho Niang qui ne manque pas de courage, ténacité et implication. Votre campagne pour les femmes souligne l'importance des mères, épouses, femmes qui portent démultiplient les rôles et sont en première ligne pour l'éducation, la transmission de la culture, le soutien dans le couple. Je remercie le FORIM pour cette interview. Merci de m'avoir donné la parole.

 

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La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait Mme FRIKECH CHAOUIH Souad Chargée de mission ONG Mariée, 4 filles

Fille de directeur d’école, de mère au foyer et ainée d’une fratrie de 7 enfants,  je suis née au Maroc en 1959. J’ai eu une éducation conservatrice. Beaucoup de règles m’étaient imposées avec l’exigence de l’excellence et de bons résultats scolaires par les parents. J’ai obtenu ma maitrise à l’université de Fés au Maroc, en 1984.

En1985, à 24 ans, je suis arrivée seule en France, pour poursuivre mes études supérieures. Ce choix de partir était lié à mon ambition de femme, pour atteindre en priorité mon indépendance. Je crois que c’est cet esprit des Lumières, de l’humanisme français et du pays des droits humains, de l’égalité femme homme qui m’a le plus guidée, loin de chercher à faire fortune.

Je suis aussi partie pour me confronter aux problèmes de la vie quotidienne,  me forger et me préparer pour mieux affronter la vie dans la société marocaine à la fin de mes études. Rester en France n’était pas mon objectif.

Je suis arrivée dans un autre pays sans aucun repère réel, à part l’imaginaire et le rêve que nous procure la littérature française. J’ai été admise à la Sorbonne où j’ai eu mon DEA [1] en « Aménagement de l’espace urbain », j’ai donc entamé une thèse de doctorat sur « Les investissements des capitaux immigrés au Maroc » en mettant l’accent sur la valorisation de l’apport des femmes migrantes dans le développement.

Ma vie d’étudiante loin de ma famille et sans beaucoup de ressources m’a obligée à travailler pour vivre, ce qui a réorienté l’ensemble de mon parcours de vie.

J’ai dû alterner des petits boulots et mes études dans une même journée. L’engagement dans la vie active ne laissait pas le temps nécessaire aux longues études. Un des obstacles rencontré et qui a compliqué mon parcours d’études supérieures, fût la maitrise de la langue française lorsqu’il s’agissait de rédiger des rapports de recherche d’un niveau universitaire alors que j’avais effectué tous mon parcours scolaire en arabe.

Le second obstacle a été de trouver un travail dans le domaine de ma spécialité sans avoir la nationalité française. J’ai envoyé des centaines de CV[2] sans obtenir de réponse favorable. Faute de mieux, je me suis retrouvée à exercer des petits boulots pour vivre.

Après un long combat de plus de 10 ans dans le domaine professionnel, j’ai occupé des postes précaires qui n’avaient aucun lien avec ma formation initiale. Ce combat pour mon insertion professionnelle m’a interpelée  pendant très longtemps.

 Autour de moi des personnes migrantes subissaient le même sort que moi et étaient également dans des situations de grande  précarité cherchant un emploi, je vous laisse deviner le parcours et le quotidien de ces personnes.

Mon engagement et mon évolution dans le milieu associatif, m’ont permis de me réorientée vers des postes de chargée de mission dans des ONG[3]. Jusqu’à ce jour, je suis restée sur ce même type de poste.

Mon engagement politique et associatif a commencé au Maroc au sein de l’UNEM Union syndicale des Etudiants au Maroc) où j’étais engagée dans le même  combat que menaient  les étudiants marocains au niveau national. On luttait  contre le régime de Hassan II, pour la démocratie, l’état de droit et pour le respect des droits humains.

Je me suis engagée auprès de l’association AMEJ (Association de l’Education de la Jeunesse) une association d’éducation populaire visant le progrès social, l’émancipation de la jeunesse et la transformation d’une société conservatrice. Arrivée en France, à coté de mes études, j’ai consacré une grande partie de mon temps libre au militantisme associatif comme continuité de mes engagements au Maroc.

J’ai occupé, à plusieurs reprises, des postes de membre du bureau fédéral de l’AMF[4] et j’ai aussi été à l’initiative de la création d’un centre d’intérêt culturel en 1991. L’objectif de ce centre était  de valoriser l’apport culturel des migrant-e-s et favoriser les échanges interculturels visant la connaissance des cultures africaines à travers des conférences, des expositions et des événements culturels à dimension internationale.

Mon engagement associatif m’a permis de prendre conscience de l’écart qui existe entre la théorie de l’égalité des droits et la réalité du terrain. Cet écart est plus flagrant pour les personnes étrangères et vulnérables. Les discriminations, le racisme, l’injustice sociale et économique dans les quartiers populaires, la situation des migrant-e-s, les violences faites aux femmes… ce sont des réalités de tous les jours. Mais aussi sur les questions de l’égalité homme-femme, l’émancipation et la parité … Ce sont là tous les leviers de mon engagement associatif.

Accéder au poste de Secrétaire Générale du FORIM est un honneur pour moi, je le considère comme un signe de confiance de mes partenaires. Je suis et reste consciente du travail qui nous attend en tant que responsable associatif engagée et de la situation précaire des migrant-e-s. La bataille politique est de rigueur.

Je garde une relation très forte avec mon pays d’origine tout d’abord parce que mes parents et toute ma famille y résident mais aussi pour  garder un lien avec les luttes de la société civile  cela fait partie de mon engagement. Au Maroc, nous sommes loin de nos aspirations. En tant que militant-e-s des droits humains de la société marocaine, je reste assez préoccupée par l’évolution de la démocratie et du respect des droits humains dans ce pays. Pour tous ces motifs je continue mon engagement avec des organisations marocaines  pour développer des projets associatifs et politiques.

 Je suis et reste fière de ma double culture, elle m’apporte un équilibre dans ma vie de femme, entre les valeurs de l’égalité, de la liberté et de l’engagement citoyen ; et les valeurs familiales, de solidarité, d’hospitalité et d’entraide.

 Le mot Combatif résumerait mon parcours : combatif car l’illusion de l’égalité des droits ; de l’égalité femme-homme, de la question genre et tant d’autres problématiques restent à résoudre non seulement dans nos pays d’origine mais aussi dans les pays d’accueil. Il nous faut être éveillés et prêts au combat !

Croire à un combat c’est avoir la conviction et l’espoir d’un changement.

La migration économique considérée d'emblée comme un phénomène masculin a dominé les thèmes et a contribué à occulter la présence des femmes. De plus, l'intérêt récent qu'on porte aux migrantes s'est accompagné d'une perception stéréotypée et réductrice qui les envisage comme passives.

En tant que militante de terrain au service de la condition féminine, je ne peux que faire le constat suivant : les femmes migrantes ont du courage à revendre et de la volonté pour s’en sortir, en situation et niveau égal, elles trouvent plus facilement un travail que les hommes migrants. Elles assument des responsabilités insupportables et réussissent à atteindre leurs objectifs contres vents et marées. Le conseil que je peux donner aux femmes c’est de sortir de la victimisation et de l’ombre, prendre son destin en main, et dénoncer les violences en tous genres. Cette campagne est un excellent projet du FORIM, qui valorise les différents parcours de femmes migrantes combattantes, militantes et résistantes pour déconstruire les stéréotypes dans l’imaginaire occidental. Cela fait partie de nos missions au sein du FORIM.

 


[1] Diplôme d'Etudes Approfondies

[2] Curriculum vitae

[3] Organisation Non Gouvernemental

[4] Association des Marocains en France

 

La campagne une femme, un mois, une histoire : Mme Mariam THIAM, Médiatrice socio-culturelle.

Je suis Mariam THIAM, j’ai 49 ans et suis mère de deux enfants, âgés de 14 et 8 ans. Je suis née au Mali, j’ai grandi entre le Sénégal et le Mali. Je suis arrivée en France en 1991, en provenance de la Mauritanie. Actuellement, je travaille à la création de mon entreprise ; une Agence de Conseil en médiation sociale et en communication interculturelle. Ce projet, je l’ai construit avec les équipes de Résonnances Nord-Sud, un espace qui accueille et accompagne les projets de création d’entreprises.

J’ai choisi l’entrepreneuriat pour réaliser mon rêve. Il me tient à cœur de valoriser et de partager une riche expérience de 20 années de médiatrice socio-culturelle dans la Région Ile-de-France, dont 10 ans le Département de Seine Saint-Denis. J’ai beaucoup aimé mon travail d’écoute, de conseil et d’accompagnement de femmes et hommes de La Courneuve pour l’accès au logement, à une formation, à un emploi, à un titre de séjour ou une carte nationale d’identité. J’ai été heureuse de mener un travail de médiation auprès d’Institutions de la République, d’administrations, et d’élu-e-s pour trouver des réponses qui favorisent l’exercice de la citoyenneté et le vivre ensemble.

Aujourd’hui, je suis heureuse de pouvoir proposer, à partir de 2017, mes services auprès d’institutions, d’administrations, d’associations et d’entreprises qui souhaitent trouver dans la médiation et dans les ressources de la communication interculturelle des réponses aux tensions qui peuvent exister sur les discriminations, d’exercice de la parentalité, le vécu de la laïcité…  

J’ai toujours été une femme engagée. Avant mon arrivée en France, en 1988, j’avais participé aux mouvements de la jeunesse estudiantine au Sénégal  en 1988 pour l’alternance démocratique et au Mali en 1991, pour le multipartisme et la démocratie. J’ai aussi toujours été également attirée par le monde de l’entreprise. Arrivée en France, après une formation en Comptabilité et Gestion, j’ai travaillé dans le secteur des assurances, du tourisme et de l’évènementiel.

Mon sens de l’engagement et ma connaissance de la région parisienne m’ont conduit à travailler pour l’Association des Ressortissants de la Boucle du Niger en France (ARBNF). Médiatrice sociale au sein de cette Association, j’ai développé, sur ce territoire qui compte plus de 110 nationalités, l’écoute, la négociation, la recherche de réponses justes pour les citoyennes, pour les citoyens, pour la République. Plus tard, dans le même département, avec une collègue de l’association "Synergie Plus », nous avons créé un groupe de parole : « La Voix des Femmes ». Ce projet permettait aux femmes de rompre leur isolement face au problème scolaire, au problème de l’emploi et autres : c’était un espace où chaque femme décidait !

Avec l’association "Les yeux de l’ouïe" nous avons permis aux femmes d’affronter le regard des autres pour s’approprier l’espace public. Même si ce combat pour l’occupation des femmes de l’espace public paraît évident, cela ne fût pas forcément aisé !

Je suis de la lignée du Fondateur de l’Empire Toucouleur, Umar Foutiyou TALL, une famille installée au Mali et dans une grande partie de l’Afrique de l’Ouest. Ma grand-mère maternelle est une Arabo-berbère de Tombouctou. J’ai été aussi bercée par l’histoire familiale de cette grand-mère d’Araouane, Oualata, Néma, Chinguitti qui se confondait avec le commerce transsaharien entre le Maroc, l’Algérie, le Sénégal, le Mali et le Soudan. J’ai en héritage la diversité culturelle. Cette diversité est empreinte aussi de complexités. Elle invite à la tolérance et à la sagesse. Amadou Hampathé Ba, le grand écrivain et humaniste africain a écrit ceci dans sa lettre ouverte à la Jeunesse en 1985 : «....De même que la beauté d’un tapis tient à la variété de ses couleurs, la diversité des hommes, des cultures et des civilisations fait la beauté et la richesse du monde … »

L’accès des femmes à l’Education, les Droits des femmes et des migrant.e.s motivent mes engagements.

J’ai été invitée à participer aux travaux des Nations-Unies pour l’Afrique de l’Ouest à Dakar sur le thème « Femmes, Paix et Sécurité ». J’ai également contribué aux travaux du forum de Bamako sur « le rôle de la femme dans la réconciliation et la résolution des conflits ; l’apport de la diaspora au développement de l’Afrique». en 2013 J’ai pris part au colloque de la Fédération Mères pour la Paix sur le thème « Mali, Sahel, Maghreb… et les Femmes », ainsi qu’au congrès international qui s’est tenu, en 2014, lors de son Congrès International pour ses 20 ans qui s’est tenu à l’Assemblée Nationale et à Villeneuve d’Ascq sur le thème « Les Femmes déclarent la Paix »

Le mois de septembre dernier, j’ai été choisie comme l’une des ambassadrices du plan d’actions et de mobilisation contre le sexisme lancé du 8 Septembre 2016 au 8 Mars 2017 par Mme Laurence ROSSIGNOL, Ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes. Je suis l’heureuse Marraine, qui a comme filleule l’Association Ame (Alliance pour la Mixité en Entreprise) qui regroupe à présent plus de dix-sept réseaux d’entreprise ; elle agit en faveur de l’égalité et la mixité dans les grandes entreprises.

Le mot qui résume mon parcours serait l’engagement pour les droits humains, la citoyenneté et le vivre ensemble. C’est pourquoi, l’Agence que je crée interviendra, avec les ressources de la médiation et de la communication interculturelle, à la fois pour aider les grandes entreprises dans la relation avec l’environnement de leur territoire et aider le développement en France d’entreprises créées par les femmes et les hommes issues de l’immigration.

Cette campagne est une très belle vitrine pour toutes ces femmes battantes qui sont pas visibles dans les médias. Je ne peux qu’encourager le FORIM dans cette démarche ; il joue bien son rôle en mettant en lumière les différents parcours et les engagements des femmes. C’est donc un honneur pour moi de participer à cette campagne.

La campagne une femme, un mois, une histoire : Mme Aida KA, Sénégalaise, chef d’entreprise dans la restauration

Je m’appelle Aida KA. Je suis née le 04  avril 1937 au Sénégal. Je suis venue en France en 1968 afin de rejoindre mon mari qui était à l’époque directeur d’un foyer. À mon arrivée, j’ai dû vivre au sein de ce foyer. C’était une situation très pénible pour moi car pendant deux mois je n’avais ni douches, ni toilettes.

Je n’avais suivi aucune formation à un métier et le responsable de mon mari, qui était un prêtre catholique, avait décidé de me confier l’ameublement du foyer. Pendant 2 ans, je cousais les rideaux. Suite à une maladie, j’étais obligée d’arrêter ce travail, car le métier de couture n’était pas compatible avec mon état de santé. Je me retrouvais donc sans emploi. En tant que femme mariée en France, ma fierté ne me permettait pas de demander de l’aide à ma famille. Il me fallait trouver une solution. C’est ainsi que je me décidais à faire du commerce, à vendre des beignets et des pastels dans les milieux africains. Grâce à ce commerce, j’ai pu constituer un capital. Cependant, l’annonce soudain du décès de mon père fût un tel choc que je dû retourner au Sénégal.

Mon père m’avait légué une maison dans son testament, mais cela ne fut pas accepté par les membres de ma famille puisque je vivais en France. J’ai donc laissé ce bien au pays pour revenir travailler ici. De retour en terre française, le prêtre était devenu un confident, un ami, il m’a permis d’être en charge de la restauration des résidents du foyer. Cette commercialisation de plats africains m’a permis d’avoir un petit capital et d’être autonome. Mais, je ne pouvais pas ouvrir de compte bancaire sans l’autorisation de mon mari et mon capital épargné était utilisé par la personne à qui je le confiais. J’ai donc préféré garder mon argent avec moi. Un jour, j’ai fait la rencontre d’un notaire qui, après avoir dégusté ma cuisine au foyer, me conseilla d’ouvrir un restaurant. Ce fut donc un déclic pour moi. En 1974, j’ai décidé d’ouvrir un restaurant africain au 46, Rue Polonceau dans le 18éme arrondissement de Paris. Étant une femme africaine dans un quartier français, sans immigrés, j’ai connu le racisme. Les voisins n’acceptaient pas de voir autant d’africains regroupés et fréquentant mon restaurant. J’ai donc été convoquée plusieurs fois au Commissariat pour fermeture. Mais, mon commerce était déclaré et était licite, la justice me donna donc raison. Cela m’a démontré que la France est un pays où la loi est suprême. Ce fut une procédure judiciaire qui dura deux ans, toutefois, à la fin de celle-ci, je suis restée en bon terme avec mes accusateurs.

Je n’ai jamais abandonné parce que je savais ce que je valais, je savais d’où je venais et petit à petit j’ai gagné le respect de mes voisins. Issue d’une famille peule noble, traditionnelle et nombreuse, je me souviens d’avoir été très heureuse auprès de mes parents. Ils m’ont inculqué les valeurs familiales. C’est pour cela que la famille est très importante pour moi. J’essaie de transmettre ces valeurs à mes enfants et à mes petits-enfants. 

Le constat que je fais de la femme migrante est que la souffrance ne se partage pas. Nous avons toutes cette capacité à garder notre souffrance pour nous et le pouvoir d’avancer par nous-même.   

Le mot qui résumerait mon parcours est le mot combativité, pour la seule et bonne raison que la vie est un combat qu’on mène tant qu’on est vivant.

Mon conseil aux femmes est le suivant : la jeunesse et la beauté ne doivent pas faire oublier le combat pour leur autonomie et leur indépendance financière. Je ne remercierai jamais assez mon père qui m’a   encouragée, à mon arrivée en France, à suivre des cours de français. Instruction qui me permet de lire et écrire aujourd’hui sans dépendance.

Je remercie Mariam THIAM qui a permis cette rencontre et j’espère qu’à la lecture de mon portrait les femmes où les personnes qui liront cet article réaliseront la chance qu’elles ont de vivre dans une époque où la femme est libre de ses actions et peut entreprendre sans dépendre d’un homme.

Merci au FORIM de me donner cette possibilité de m’ouvrir et de partager mon expérience.

 

La campagne une femme, un mois, une histoire : Mme Adolé ANKRAH directrice de l’association Femmes inter Associations _ Inter Service Migrants (FIA-ISM)

Mme Adolé ANKRAH directrice de l’association Femmes inter Associations _ Inter Service Migrants  (FIA-ISM)

Née le 16 septembre 1955 à Lomé (Togo), je suis arrivée en France à l'âge de 13 ans pour  rejoindre ma mère qui y était dans le cadre de ses études. J’y suis restée depuis, ayant choisi la France pour faire ma vie.

C’est ici en France que j’ai donc fait mes études dans le domaine de la science économique à l’école des cadres en tant que boursière. Sensible et passionnée par les questions d’intégration, j'ai suivi le cours de gestion de collectivité car au final je voulais travailler dans le social. Je voyais des femmes immigrées arrivées en France assez désœuvrées, perdues dans un environnement mal connu et mal maîtrisé. Les questions d'intégration des femmes migrantes m'interpelaient réellement.

C’est grâce à cette passion que j’ai connu, en 1984, Yacine Diakité, aujourd’hui  Administratrice du FORIM[1]. Ensemble, nous  faisions du porte à porte pour inciter les femmes à suivre des cours d’alphabétisation et de couture, au sein du "CERFA" (Centre d'Echange et de Rencontre des Femmes Africaines),  où nous étions bénévoles. A mon avis, l’alphabétisation représente la clé de l’intégration. Nous encouragions les femmes migrantes, quelque ce soit leur pays et leur origine, à se battre car personne ne leur donnera quoi que ce soit sur un plateau d'argent. Elles doivent se prendre en main pour éviter l’assistanat, et pour se construire réellement en France. 

En 1986, j’ai été embauchée à Inter Service Migrants, dans le service dédié aux femmes (SIA). Ce service est devenu une association à part entière en 1987, en se rebaptisant FIA-ISM[2].

J’ai contribué avec des amies d’horizons divers à créer plusieurs associations dans l’Essonne : Génération  Femmes à Évry, Génération Femmes Rissoises, Coup de Pouce, Entraide et Culture, entre autre. Ces associations avaient comme objectifs d'encourager l'autonomie et l'émancipation des femmes, notamment immigrées, de les accompagner dans leurs parcours d'intégration, d'insertion sociale, etc…

Plus tard, je deviens directrice de FIA-ISM. Ma fonction en tant que directrice est de mettre en œuvre des actions concourant à la professionnalisation des associations, à la qualification des acteurs/trices et à la mise en réseau des associations entre elles et avec des différentes structures sur le territoire national. En plus, nous dispensons depuis 1992 des formations en "médiation sociale et culturelle". La formation comporte plusieurs modules : l'éthique de la médiation, le rôle du tiers, les principes déontologiques, et les domaines  d'exercice : l’école, le logement, la santé, domaine social. Dans nos formations, nous abordons également d'autres thématiques, telles que  les préjugés, les discriminations, les violences faites aux femmes, l'égalité femme-homme, l'interculturalité, le vivre ensemble, les valeurs de la République, la laïcité, etc… Certains sujets deviennent délicats, car il y a des crispations, des méconnaissances, des malentendus, et des idées fausses qui sont véhiculées. En discutant avec moins de passion et de manière apaisée, on finit par se comprendre.

Je suis d’origine togolaise de nationalité française. Je me considère moi-même interculturelle de fait,  car ce mélange m'a façonnée et c’est une grande richesse d'avoir deux cultures en interaction.   

Je suis d'ici et je suis d'ailleurs, "togolo- française".  J’ai un besoin vital de m'imprégner de cette double origine : retourner au Togo quand je peux et revenir ici, chez moi, dans mon pays, la France qui m'a accueillie à l'âge de 13 ans.  C’est aussi cela qui me permet de me réaliser personnellement et professionnellement.

Je fais des projets d'insertion ici et des projets de co-développement au Togo et dans d'autres pays d'Afrique. Selon moi, c'est indispensable de contribuer au développement de mon pays d’accueil et de mon pays d'origine. C’est pourquoi je trouve le dispositif PRA/OSIM important car il  permet  de mettre les compétences des migrant-e-s au service des pays émergents.

Tout ce travail associatif m’a encouragée à faire de la politique. J’ai été élue sur une liste «  divers gauche » auprès de Thierry MANDON, en 1981. Aujourd'hui, j'en suis à mon troisième mandat. J'ai été aussi conseillère régionale en Ile de France pendant deux ans, et conseillère d'agglomération Évry Sud. J'aime la politique et je trouve que cela complète l'engagement associatif. Dans les 2 cas, nous sommes au service de la population.

Je suis curieuse et boulimique dans mon engagement associatif et cela a été récompensé par deux médailles : chevalier de l’ordre de mérite et chevalier de la légion d’honneur. J'en suis très fière !

J’ai été par ailleurs, vice-présidente du FORIM. Malheureusement, des problèmes de santé m’ont empêchée de m'investir comme je le voulais. Néanmoins, je reste en tant qu’administratrice suppléante, et je pense que j’ai beaucoup à apporter sur mes sujets de prédilection. Cela se fera d’une manière ou d’une autre plus tard, parce que mes problèmes de santé se résolvent peu à peu. Le FORIM est une bonne plateforme qui rend plus visible l'engagement et l'investissement des  migrant-e-s aussi bien ici que dans leur pays d'origine.

Le mot  "gagnant" résumerait mon parcours parce que je me suis donnée les moyens d’arriver. Le courage et la persévérance sont nécessaires. La France sait reconnaître celles et ceux qui se battent et se donnent les moyens de réussir. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de racisme, ni de discriminations, mais je pense qu'il ne faut pas être dans la victimisation. Comme disait le grand Monsieur Stéphane Hessel, "indignez-vous mais agissez". Je me suis indignée bien des fois mais j'ai réagi et agit et j'estime que j'ai gagné. D’où le mot gagnant que j'ai choisi. Cette campagne est formidable. Y participer est une bonne chose et c'est une forme de reconnaissance. C’est le rôle du FORIM de faire connaitre des parcours, de donner espoir, je ne peux que le féliciter et l’encourager à continuer. Je souhaite longue vie au FORIM.

 


[1] Forum des Organisations de Solidarité Internationale issue des Migrations

[2]  Femmes Inter Associations - Inter Service Migrants 

 

 

La campagne une femme, un mois, une histoire : DEBORAH MOKABATIO

Deborah MOKABATIO, Entrepreneure consultante freelance en communication et médias sociaux

 

Je suis Déborah Mokabatio, congolaise (République Démocratique du Congo). J’ai une dizaine d’années d’expérience en tant que journaliste et dans mon parcours journalistique, j’ai débuté dans  l’audiovisuel en tant que reporter et ensuite présentatrice du journal, TV et radio. J’ai eu l’opportunité d’évoluer également dans la presse papier et en ligne. Devenir journaliste était un rêve d’enfant que j’ai réalisé.

Cela fait moins de 10 ans que je suis en France. Prendre ses repères dans un pays étranger et trouver un juste équilibre entre adaptation à un environnement différent et conservation de son identité d’origine n’est pas forcément évident. Mais mon intégration en France a été assez facile, je reconnais avoir été au bon endroit, au bon moment et je suis tombée sur des bonnes personnes qui m’ont accompagnée dans mon parcours d’intégration.

Les premiers actes bons ou mauvais que nous posons dans un pays d’accueil ainsi que notre entourage sont très déterminants pour la réussite ou non de notre séjour. Pour ma part, je ne me suis pas contentée de fréquenter seulement ma communauté. J’ai plutôt élargi mon champ relationnel à d’autres communautés, car j’estime que cette ouverture à d’autres cultures est extrêmement importante.

Lorsque je suis arrivée en France, j’ai fait face à certains préjugés tant auprès de la diaspora qu’auprès de français. Il y a toujours cette peur d’aller vers l’autre. On se prive parfois de la diversité culturelle, qui est en soi une richesse et un moteur de la créativité et de l’innovation. Pour pouvoir s’épanouir, il faut briser les barrières.

J’ai intégré en 2011 la rédaction de France 3 Télévision en tant que reporter. Quelques semaines après la fin de mon contrat, une autre opportunité s’est présentée à moi pour exercer mon métier de journaliste reporter à AITV[1].Passionnée par les réseaux sociaux en particulier et le digital en général j’ai décidé d’intégrer la rédaction de L’œil de l’exilé [2] en tant que rédactrice web.

Il y a quatre ans j’ai décidé de faire de ma passion un métier. Et, de ce fait, j’ai fait une formation en Community management. Mon diplôme en poche, j’ai travaillé dans différente structures en Île de France en tant que chargée de communication digitale. Ma double compétence journalistique et digitale a été un point fort dans ma recherche d’emploi. Néanmoins trouver un emploi n’a pas été chose facile. Il m’a fallu parfois envoyer plus de 1000 candidatures pour espérer avoir trois ou quatre entretiens. J’avoue que lorsqu’on cherche un emploi, il faut s’armer de patience, de détermination et d’auto motivation. Et quand la discrimination raciale prend place, il faut se dire que chaque obstacle dans la vie est un défi qu’il faut relever. C’est aussi important d’être bien entouré. J’ai eu le privilège d’avoir des proches qui m’ont soutenue dans les moments difficiles.

Je m’attache à croire que le succès vient de la capacité a toujours croire, rester persévérante, disciplinée et soi-même malgré l’adversité. Garder les yeux fixés sur la vision et sur l’objectif que l’on s’est fixé, est déterminant pour arriver à ses fins. Cette persévérance m’a été transmise par mes parents très tôt. Issue d’une famille de 4 enfants dont  un garçon et trois filles, nous sommes très proches, car la famille est très importante.

Ma mère nous répétait très souvent : « qu’un gagnant ne lâche jamais et un lâcheur ne gagne jamais ». Dans la vie rien n’est facile et rien n’est acquis. Mais notre persévérance et détermination nous permettront d’atteindre nos objectifs.

Le leadership féminin s’impose de plus en plus dans l’entrepreneuriat. Et promouvoir l’entrepreneuriat au féminin est mon cheval de bataille. C’est dans ce cadre que j’ai créé, en mai 2015, www.femmesdimpact.com  qui est un espace dédié à la femme entrepreneure. L’idée est de mettre en lumière les parcours des femmes entrepreneures et pourquoi pas donner envie à d’autres de pouvoir se lancer dans l’entrepreneuriat.

Toujours dans cette optique de promouvoir l’entrepreneuriat au féminin, et en tant que consultante freelance en communication et en médias sociaux j’accorde certains privilèges aux entrepreneures. Ma clientèle ne se limite pas qu’aux femmes  entrepreneures, mais à travers mes prestations j’accorde  un  prix spécial aux entrepreneures. Ce n’est pas de la discrimination faites aux hommes, mais la réalité est telle que les femmes entrepreneures ont moins accès aux financements extérieurs pour développer leur entreprise. Et cette réduction de prix, c’est ma façon de contribuer à l’expansion du leadership féminin.

En plus, je suis bénévole au sein de l’organisation des femmes africaines de la diaspora (OFAD), quand je peux j'aide l'équipe de communication dans l'élaboration de sa stratégie et je fais également de l'animation sur les réseaux sociaux, les prises de vue, le montage vidéo, etc. Dans mes temps libres, je fais encore du bénévolat au sein de la croix rouge française où je participe à la distribution alimentaire.

Mon parcours se résume en un mot : « persévérance ». Oui j’ai connu certes des échecs et des obstacles mais, je sais une chose qu’il ne faut jamais songer à laisser tomber ses rêves devant les difficultés ou les échecs. Et c’est très important de se fixer des objectifs valables et accessibles pour pouvoir les réaliser.

Les conseils que je peux donner aujourd’hui aux femmes issues de la diaspora, je le résume en quatre mots «  sortez de chez vous ». Allez à la rencontre des autres. Pour pouvoir s’intégrer dans un pays il est primordial de connaitre les valeurs de sa société et la meilleure façon d’y arriver c’est à travers la communication et l’échange avec autrui. Et pourquoi ne pas adopter le mode de vie local tout en gardant son identité d’origine ? J’encourage cette louable initiative du FORIM de pouvoir lancer cette campagne. Elle permet  de montrer et de faire connaître les différentes facettes et parcours des personnes de la diaspora au grand public.

 

 


[1] L’agence d'images spécialisée sur l'actualité africaine

[2] Magazine en ligne

 

La campagne une femme, un mois, une histoire : Mme GOUGOUNGA Thérèse épouse KAFANDO

Mme GOUGOUNGA Thérèse épouse  KAFANDO, Retraitée conductrice de taxi

Je suis arrivée sans contrainte de passeport ni de visa en février 1972 à Paris. Je suis venue pour rejoindre mon mari qui y vivait depuis 1966, suite à l’affectation de la société SOLIBRA pour laquelle il travaillait en Côte d’Ivoire. Arrivée en France, je n’ai pas eu de problème d’intégration parce que mon éducation m’a appris à observer et à m’adapter. Cependant, j’ai dû m’ajuster au sein de la communauté burkinabé en France. J’étais une citadine en Haute-Volta pendant que les épouses des amis de mon mari étaient provinciales et nos éducations différaient.

A mon arrivée à Paris,  j’ai été automatiquement dirigée vers l’Office d’Immigration (LOMI) qui était un service de renseignement et d’orientation aux personnes nouvellement arrivées. C’est à la suite d’un premier accueil que j’ai décidé de prendre des cours du soir pour me familiariser avec la langue et la culture françaises. Je travaillais dans une cantine d’école primaire privée parallèlement à mes études. A l’époque, nous n’avions pas droit à la sécurité sociale. J’ai aussi travaillé dans les cantines de Jacques Borel pendant 3 ans. J’ai assisté pendant cette période au changement de propriétaire EUREX COLLECTIVITE.

J’ai eu ma première fille en 1973 et la seconde en 1976. Juste après l’arrivée de notre seconde fille, notre famille a dû quitter la région parisienne pour la province, car  mon mari avait obtenu un travail dans cette région. Ce changement de lieu d’habitation m’a obligée à abandonner mon travail à Paris. Je m’occupais de mes filles et je faisais du travail saisonnier. Cela m’a permis d’avoir une vie sociale en dehors de ma famille. Nous y avons vécu pendant trois ans. En 1981, 2 ans après la naissance de ma troisième fille, nous sommes revenus dans la région parisienne, à Suresnes. J’ai suivi une formation professionnelle de mise à niveau pour adultes (FPA). J’ai été formée au métier de câblage et à l’électronique. Malheureusement, à la fin de ma formation ce fût la période de délocalisation. J’ai donc été obligée de suivre une autre formation pour les nouvelles technologies mais je n’ai pas pu aller jusqu’au bout. Pendant cinq ans, j’ai dû faire tout ce qui me tombait sous la main, mais parfois les horaires n’étaient pas compatibles avec ceux des enfants et je devais abandonner. En effet, l’éducation de nos enfants était notre priorité, j’étais toujours présente dans les réunions et activités.

En 1980, avec des amies, nous avons créé l’Amicale des Femmes Burkinabés pour permettre de nous retrouver afin d’évoquer nos vécus quotidiens et parler de notre implication dans la vie scolaire de nos enfants. Cette entraide permettait aux mères illettrées de pouvoir suivre la scolarité de leurs enfants.

C’est en 1990, pendant la guerre du Golfe, que je me suis inscrite à l’école de taxi. En 1992,  j’ai obtenu  mon  examen de Conductrice de Taxi et j’ai commencé à exercer mon métier. Avec les burkinabés, professionnels du taxi, nous avons créé cette même année l’Association des Taxis Burkinabés Parisiens. A l’époque, ce n’était pas bien vu pour une femme d’être chauffeur de taxi, j’ai eu beaucoup des remarques négatives. L’entourage familiale me critiquait notamment car je travaillais la nuit lorsque mon mari rentrait à la maison. Ce n’est pas ce qui était attendu d’une épouse burkinabé. En effet, à l’époque, dans ma communauté, les femmes restaient à la maison le soir pour s’occuper de leur foyer. Alors, on parlait de moi. Mais cela ne représentait pas un problème pour nous. L’entourage occupe une place importante dans la vie des couples. Leurs propos peuvent faire et défaire des relations. Je ne tenais pas beaucoup compte de ces remarques, et mon mari non plus.

Le réconfort, le soutien et la confiance que mon mari m’accordait étaient très importants. Sans cela,  nous ne serions pas encore mariés aujourd’hui. La communication a été le facteur clé de notre vie de couple. En effet, nous avions un objectif à atteindre dans notre projet familial : la scolarité de nos filles. La réussite de nos enfants était pour nous plus importante que les méchancetés des personnes extérieures. Malgré un emploi du temps chargé j’étais présente dans tout ce qui touchait à la vie éducative de nos filles.

Les conditions de travail d’un chauffeur de taxi n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui et le métier n’était pas aussi valorisé. Ce métier est prenant, les heures de travail sont très longues. Au début, comme mère de famille, ce ne fût pas du tout évident parce qu’il fallait avoir un planning cohérent avec celui de mon mari pour pouvoir assurer la garde des enfants.

Je suis issue d’une famille de cinq sœurs. A l’époque de mon enfance, l’éducation des filles n’était pas une priorité pour les familles. Cependant, pour ma famille, notre éducation était une priorité. Mon éducation m’a permis de construire une confiance en moi.  Je discutais sans barrière avec les hommes et ce caractère m’a toujours été reproché.

A cette époque, dans les familles où la femme pratiquait un métier, les couples n’ont pas pu résister. Ceci est lié aux facteurs culturels et à l’entourage. Dans les associations avec les hommes, les femmes sont mises en avant tout en gardant des rôles bien précis même si dans les discussions et débats nous ne prenons pas les décisions, nous sommes consultées en amont.

Le mot accomplissement résumerait mon parcours parce que tout au long de ma vie mes choix ont été basés sur la réussite de mes enfants et cela s’est concrétisé pour mes trois filles qui ont toutes réalisé des études universitaires. En effet, l’ainée après des études en sciences à Paris et en Angleterre a obtenu un Master en Business à la Sorbonne. La seconde a effectué des études de droit et s’est spécialisée dans la gestion des projets de développement international. Quant à la benjamine après des études scientifiques, elle s’est spécialisée en finance et a obtenu un master en Banque, finance et gestion des risques.

Aujourd’hui, j’ai une petite fille de 7 ans de ma deuxième fille et cela représente ma réussite. Je regrette un petit peu le fait que ma fille ainée n’ait pas eu la possibilité d’évoluer ici dans son pays de naissance et que ce soit en Angleterre qu’elle soit reconnue. Je suis très bien intégrée en France, même si je me sens toujours une immigrée africaine.

Le conseil que je peux donner aux femmes migrantes c’est de tirer le meilleur des deux cultures en ne reniant pas la sienne : s’intéresser à tout ce qui concerne leurs enfants en intégrant les structures, s’il le faut. Avoir de la détermination et de la patience pour pourvoir atteindre ses objectifs, même si tout n’est pas forcément facile. Nous devons en tant que femmes et mères inciter nos enfants à s’impliquer dans la vie d’ici parce qu’ils sont chez eux. La France est un pays qui dispose de nombreux moyens pour permettre à toute personne qui a la volonté de s’instruire, de le faire.

Je suis très heureuse et fière de faire partie de cette campagne. Le fait de mettre en avant le parcours des femmes migrantes nous valorise en montrant un aperçu de notre parcours de vie et cela nous permet de faire une rétrospective de notre vie en nous mettant en lumière.

 

La campagne une femme, un mois, une histoire : Talía OLVERA MARTÍNEZ

 

Talía OLVERA MARTÍNEZ , Entrepreneure en audio-visuel, politologue et linguiste

 

Je suis d’origine mexicaine, née à Mexico. J’ai 32 ans et cela fait dix ans que je vis en France. Sœur ainée d’une petite famille composée de ma mère, de mon frère et moi, j’ai été très vite confrontée à des responsabilités d’adulte. L’image que j’ai de ma famille est celle d’une table qui tient à trois pattes, et dont l’équilibre serait compromis s’il arrivait à en manquer une ; cette situation nous a beaucoup soudé comme famille.

Je me souviens tout particulièrement de ma mère très fatiguée et qui s’endormait partout, elle faisait des doubles journées ; épidémiologiste, la journée elle travaillait dans un hôpital et trois fois par semaine elle travaillait de nuit. J’ai compris avec le temps qu’il y avait un élément manquant, car mon père n’a jamais été là. 

J’ai toujours été une très bonne élève ; réussir c’était une réponse positive aux efforts que ma mère faisait pour nous ; mon frère faisait de même. J’avais même une année d’avance à l’école, ce qui m’a rendu difficile par la suite l’entrée aux écoles de cinéma au Mexique, car il fallait avoir la majorité. Mais cela ne m’a pas empêché d’investir toutes mes économies dans des cours de direction de comédiens, d’écriture de scénario, entre autres ; c’était mon rêve. Des grèves universitaires ont marqué et changé ma vie. La première a duré neuf mois ; j’étais au lycée dans un établissement qui dépendait de l’université, et un professeur m’a motivée à profiter de ce temps de pause pour apprendre une langue. J’avais 16 ans et me suis inscrite à l’Alliance Française. C’est en partie grâce à cette inscription que je suis en France aujourd’hui, car ensuite, j’ai fait des études de Lettres modernes françaises. Après, j’ai commencé à donner des cours de français dans une université, mais je ressentais le besoin d’en connaître plus sur la culture francophone pour améliorer mon travail d’enseignante. À l’époque, il y avait un programme de l’Ambassade de France au Mexique qui s’appelait « Découverte de la France », encore une fois motivée par une professeure, j’ai envoyé ma candidature et obtenu la bourse. Et je voulais tant partir, qu’en même temps je me suis inscrite pour être volontaire dans un programme de l’UNESCO, pour reconstruire un château Cathare dans le sud de la France. Je me suis ainsi retrouvée avec un marteaux-piqueur dans les mains pendant deux semaines à Lézignan-Corbières.

C’est dans le cadre de cet échange que je suis arrivée le 31 mai 2005 à Paris, accueillie par une compatriote qui logeait temporairement dans une colocation de jeunes ingénieurs. J’ai donc fait la connaissance de ces colocataires, puis suis partie pour le sud. Mais le destin a voulu que je revienne. Pendant ce séjour en Europe, je suis allée à Barcelone où j’ai eu un problème avec ma carte bancaire qui a été avalée par un distributeur ; ce moment a aussi changé ma vie, car j’ai écrit un mail aux garçons de la colocation dans l’espoir de pouvoir être logée pendant quelques jours avant le début du programme de l’Ambassade de France. J’ai eu la réponse de l’un d’entre eux qui m’a invitée à venir chez eux. Je ne suis jamais repartie. Ce garçon est aujourd’hui mon mari. À l’époque, il parlait déjà un peu l’espagnol ; dans le cadre d’un échange universitaire il avait effectué un séjour au Mexique, cela nous a permis de pouvoir communiquer à la fois en français et en espagnol.

Après cette heureuse rencontre, pendant un an j’ai fait des allers-retours entre le Mexique et la France et mon futur mari a aussi fait des voyages au Mexique pour rencontrer ma famille. De sorte qu’en 2006, en Bretagne, nous avons célébré notre mariage en petit comité, et après de nombreuses démarches administratives. A la suite de mon mariage les démarches administratives ont continué.

En 2006 je suis  venue habiter à Paris.  La première année a été pour moi la plus difficile. Tout d’abord mon espace physique s’était réduit, au Mexique j’avais de l’espace tandis qu’ici on a aménagé dans un tout petit deux pièces.

J’apprenais la guitare et la musique mais je ne pouvais pas pratiquer chez moi car les voisins ne toléraient aucun bruit, même celui des pas dans l’appartement. Ce silence m’a perturbé. Sans généraliser, au Mexique, les gens parlent plus, il y a souvent de la musique dans la rue, chez un voisin, dans les transports publics. Pendant mes premiers mois en France j’ai eu l’impression d’être toujours dans un énorme silence.

Je me rappelle que la première fois que je suis allée déjeuner chez mes beaux-parents, j’ai beaucoup mangé au début du repas ; après j’ai compris qu’il y avait l’entrée, le plat, le fromage et le dessert, mais malheureusement c’était trop tard.

Aujourd’hui j’apprécie le silence et un bon long repas. Et j’ai l’impression que la famille de mon mari, qui était plus réservée au début, s’est ouverte à moi et à ma famille. J’ai même intégré la piñata pour les fêtes de Noël et adopté les crêpes.

Cette première année en France a été aussi celle de l’école de musique ; depuis le lycée et parallèlement à mes études, j’ai toujours eu une activité artistique, principalement le chant, que j’exerçais professionnellement au Mexique, je faisais aussi du doublage de voix pour le cinéma et la télévision. Finies mes études en littérature, j’ai voulu me former pour avoir un diplôme de chanteuse, ce que j’ai fait en arrivant en France ; mais alors que je m’attendais à rencontrer des personnes ouvertes à l’école de musique, je me suis heurtée à de nombreux murs, des clichés qui m’ont fait découvrir l’altérité. Le fait que je sois latino-américaine faisait souvent que les gens s’attendaient à ce que je sois d’une certaine manière ; ils s’attendaient à ce que je chante forcément de la salsa par exemple, alors que ce n’était pas du tout mon univers musical.

J’ai fini l’école de musique et il a été difficile de trouver un travail comme chanteuse, j’ai donc décidé de mettre entre parenthèse cette carrière pour reprendre mes études ; j’ai ainsi fait des études en Sciences du langage, en Sciences politiques et en Sciences de la communication.

Durant ma formation, je me suis sentie parfois infantilisée par le fait de venir d’ailleurs. J’ai eu des expériences qui me renvoyaient à mes origines ou vécu des moments qui renvoyaient aux origines de mes collègues, origines qui semblaient avoir plus d’importance que les connaissances qu’ils pouvaient avoir. Heureusement ces situations n’ont pas été récurrentes, mais elles m’ont tout de même marquée.

À ce rappel aux origines, s’est souvent ajouté un autre préjugé, la sexualisation de la femme latino-américaine ; un cumul de préjugés liés cette fois-ci au fait d’être une femme. Je me souviens d’un casting où l’on m’a dit : « Mais tu n’es pas mexicaine ? », j’ai répondu « Si », et j’ai eu comme réponse : « On vous attendait en minijupe et décolleté ». Depuis je me bats contre ces idées reçues.

Un troisième obstacle pour moi a été la reconnaissance de mon diplôme obtenu au Mexique, au moment de chercher un travail ; j’ai dû refaire quelques années d’études supplémentaires pour obtenir un niveau équivalent en France.

Par expérience propre et par les témoignages obtenus pour un film documentaire sur la migration mexicaine en France que je suis en train de réaliser, j’ai découvert que dans certains cas, l’évolution professionnelle est difficile en tant que migrant, notamment pour les femmes. Les connaissances et expériences sont plus difficilement reconnues, particulièrement quand elles ont été obtenues à l’étranger. Cela me préoccupe que certaines minorités soient parfois limitées à travailler dans des métiers liés à la migration, au service à la personne ou dans l’enseignement des langues, pour ne donner que quelques exemples ; comme si c’étaient les seuls métiers qui leur soient ouverts. Il y a un travail de sensibilisation à faire auprès de la société et des entreprises. Je considère que le vivre ensemble passe par une intégration dans le monde du travail ; c’est en partie à travers le travail que l’on voit notre contribution à la société qui nous accueille.

Toutefois, pouvoir se développer personnellement et professionnellement dans certains pays d’origine, demeure également un combat, pour que la décision de migrer reste un choix.

Comme beaucoup, je suis aussi passée par les cours à domicile, les « petits boulots », les stages, le bénévolat, entre autres, en vue de trouver un emploi qui se rapproche de mon niveau d’études et de mon expérience professionnelle ; et pendant plusieurs années j’ai eu l’impression d’être en retard professionnellement, car j’ai dû tout recommencer en France, mais, cela m’a motivé à fonder l’entreprise de production audiovisuelle que je dirige actuellement. Avec mon mari, nous avons beaucoup investi dans ce projet. Pendant quatre ans je ne suis pas rentrée au Mexique car tout notre argent était investi dans l’achat de matériel de tournage et en formations. Cela fait un peu plus de trois ans que nous avons lancé officiellement notre entreprise.

J’ai toujours eu cette passion pour le cinéma, et tout au long de mon parcours universitaire, j’ai suivi des cours de production et réalisation de films, de montage vidéo, d’écriture de scénarios, d’histoire de l’art, de cinéma ; et l’année dernière j’ai fait un Mastère spécialisé en création d’entreprises dans la communication et les médias. J’ai un parcours pluridisciplinaire nourri des sciences sociales et humaines, de littérature et même de droit. Et aujourd’hui, je trouve du droit, de la linguistique, des sciences politiques, de la littérature et de la création d’entreprise dans tout ce que je fais.

Par ailleurs, ma petite famille s’est élargie, j’ai trouvé dans la famille de mon mari un grand soutien, ils sont pour moi une vraie belle famille. La table à trois pieds dont je parlais au début a désormais plusieurs appuis.

Je ne sais pas si ma vie aurait été différente si je n’avais pas été migrante. La vie de tout le monde est pleine de détours. Je ne sais pas si cela aurait été plus facile si j’étais restée au Mexique, je ne me pose pas ces questions-là. Mais la migration m’a appris à être courageuse. Je ne vis pas comme étrangère, en tant que mexicaine en France, ni comme française d’origine mexicaine, je ne me reconnais pas dans ces termes. Je suis tous simplement une femme.

Le mot convivencia, difficile à traduire en français, est pour moi un beau mot pour parler de la présence des migrant-e-s dans un pays. On pourrait le traduire comme quelque chose entre le vivre ensemble et le partage. J’espère qu’un jour au lieu de parler d’intégration, on parlera de « vivre ensemble ».

Un message que je voudrais faire passer aux femmes migrantes est : prépare toi, apprends la langue, la culture, sois ouverte, sois aussi dans le partage, essaye d’apprendre des autres mais donne aussi aux autres, garde ton identité et enrichis-la avec ce que le pays pourra t’apporter, apporte toi aussi ta richesse culturelle. Garde ta dignité.

Si l’on me demande de choisir un mot pour résumer mon parcours, je choisirais « volonté ». C’est la conviction de pouvoir atteindre mes objectifs et la conscience de l’effort que cela nécessite, ce qui m’a fait arriver là où je suis actuellement.

Finalement, je voudrais dire que la vie d’un-e migrant-e ne commence pas à l’arrivée dans la terre d’accueil ; cette arrivée est la continuité de sa vie. C’est pour cela que j’ai souhaité partager mon histoire, je trouve que c’est important pour contribuer à lutter contre la solitude que certaines d’entre nous peuvent ressentir ; pour s’encourager et dire que c’est possible d’aller en avant, non sans obstacles, non sans problèmes, mais c’est possible. Dans mon histoire j’ai toujours rencontré de bonnes personnes qui m’ont accompagnée, qui m’ont accueillie comme l’une des leurs.

 

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