La campagne une femme, un mois, une histoire : Violleta

Violetta

Roumaine, mère de 5 enfants, habitant en France depuis 2014

Je suis née dans les années 70 en Roumanie, je fais partie des enfants de l’ancien État soviétique. Dû à mon éloignement de la ville et de la vie politique, j’ai vécu le changement de régime d’une manière presque inaperçue. Issue d’une grande famille de la campagne de la Roumanie, j’ai toujours vécu dans la faim et dans la misère. Très proche de mes frères et sœurs, je me suis toujours attachée à ma famille pour vaincre les difficultés de notre situation. Habitant dans une caravane, j’ai appris à me débrouiller comme je pouvais. Sans espoir dans l’avenir, on vivait au jour le jour.

J’ai connu mon futur mari étant encore adolescente. Au début, son amabilité m’a séduite. Comme toutes les filles, je rêvais de faire une belle famille avec l’homme de ma vie, que je l’ai considéré à être. Finalement, on s’est marié et la vie en famille a commencé. Ensemble nous avons eu 5 enfants. Cependant, nos conditions de vie n’ont pas vraiment changé, à seule exception que maintenant je dois nourrir et assurer un futur à nos cinq enfants. Mère très jeune, j’ai dû faire des sacrifices pour subvenir aux besoins de ma famille. Mon mari, de son côté, essayait de maintenir son droit chemin mais il s’est fait vite détourné. Dans la recherche des moyens et sous l’influence d’amis, il s’est aventuré dans les chemins d’une vie malsaine. L’alcool, des magouilles et des petits vols sont peu à peu rentrés dans son quotidien.

Au début, ça nous semblait une solution car d’une manière ou d’autre, l’argent rentrait, mais cela a vite fini. Mon mari s’est fait attraper par la police et a fait plusieurs séjours en prison. S’agissant de petits délits, il sortait le lendemain, mais la violence a commencé à rentrer dans la réalité de ma famille. L’homme que j’aimais est devenu une menace et malheureusement une réalité pour moi et mes enfants.

J’avais peur de mon mari pour moi et pour mes enfants. Chaque nuit était pour nous une épreuve de survie, quand on espérait la passer sans affolement. Je mettais tous les efforts de mon côté pour éviter les crispations qui terminaient assez souvent en violence physique. Je me sentais prisonnière de mon propre mari et pour ne pas le contrarier, j’acceptais des choses qui allaient contre ma volonté et ma nature. Pendant des années je me suis oubliée. Mes envies, mes besoins, mes passions ont été laissées de côté.

Discuter et essayer de résoudre des questions d’une manière pacifique et constructive n’était pas une habitude dans notre famille. Je ne m’imposais que pour défendre mes enfants. Ne pouvant pas supporter l’agression envers mes enfants,  je suis souvent intervenue aux moments de violence pour les protéger de leur père et cela me coûtait de fortes représailles.

Ma vie ne m’apportait aucun espoir. Cependant, affamée de bonheur, d’amour, de compassion et d’appui, j’ai pris ma vie à bras le corps, j’ai fait mes valises et avec deux de mes cinq enfants, je me suis lancée dans un longue voyage de recherche de paix, de sérénité et du bonheur. Le moment le plus dur de tout mon parcours était de laisser derrière trois de mes enfants.

L’aube d’une nouvelle journée nous a ouvert les portes de Paris et cela a signifié pour moi le commencement d’une nouvelle vie. J’ai vite fait connaissance et étais accueillie par des personnes qui sont devenues aujourd’hui mes amis. Ils m’ont trouvé, à moi et à mes enfants, une place pour poser nos charges et nos espoirs, tout en espérant reprendre nos vies à zéro. Aujourd’hui, nous résidons dans une caravane à Sarcelles st Brice. Nous n’avons pas une maison en pierre, nous n’avons pas une maison en bois, mais nous avons notre coin où nous nous sentons en sécurité et que nous appelons aujourd’hui notre maison.Je les ai amenés chez mes parents sachant qu’ils s’occuperaient bien d’eux. C’était une décision difficile mais nécessaire car je n’avais pas de moyens de payer le voyage pour six personnes. Je me suis consolée avec l’idée que je viendrais les chercher plus tard mais ce jour n’est toujours pas arrivé. En 2014, nous sommes partis donc tous les trois dans un autocar en direction de la France. Le voyage a été long mais plein d’espoir d’une meilleure vie. 

L’intégration n’est pas facile, de plus, parlant peu français, je fais la manche pour subvenir à mes besoins et à ceux de mes enfants.  J’arrive à leur donner le plus nécessaire. Les gens sont très gentils ici, ils nous aident avec de l’argent, avec des produits. On ne manque de rien. J’arrive même à économiser et envoyer tous les mois un peu d’argent à mes parents pour les aider avec mes enfants.

Maintenant j’ai trouvé la paix, mais s’il me fallait résumer mon parcours dans un mot, ça serait la tristesse. La vie n’a pas été généreuse avec moi, j’essaie juste de donner une vie meilleure à mes petites et aussi aux petits que j’ai laissé dans mon pays d’origine. Un jour je viendrai les chercher et je les amènerai avec moi. Je serai enfin épanouie.