La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Samia Khouaja

Samia Khouaja, fondatrice et directrice de l’OSIM « Jasmin d’Orient »  et membre du Bureau du COSIM Languedoc Roussillon

…Je suis fière de mes origines et de mes cultures

Je suis née à Mahdia, une très belle ville côtière de la Tunisie. Je suis issue d’une famille conservatrice, l’une des grandes familles Mahdoises. Mon père travaillait dans le social et l’humanitaire, ce qui lui a donné une grande notoriété dans la ville. Il était très sévère mais clément. Il ne nous permettait pas de sortir seules hors de la maison, excepté à l’école, ni de parler ou de jouer avec nos voisins ou de fêter nos anniversaires. J‘ai consacré beaucoup de temps et j’ai donné énormément d’énergie pour arriver là où je suis aujourd’hui. Arrivée en France très jeune, j’avais à peine 17 ans, j’ai dû lutter pour conquérir ma liberté et réussir ma vie.

Ça n’était qu’à l’âge de 16 ans que j’ai pu fêter mon anniversaire pour la première et la dernière fois dans mon pays. Avec l’aide de ma mère et de mon frère, nous avons profité de l’absence de mon père, appelé pour effectuer une mission à Tunis, pour célébrer cet évènement avant mon départ en France.  

Je me suis mariée très jeune, contre mon gré, à l’âge de 17 ans, pour venir entamer une nouvelle vie en France. C’était un départ forcé, j’avais vraiment beaucoup souffert. L’éloignement de ma ville natale d’une part, de ma famille d’autre  part, et surtout de ma mère, me faisait trop souffrir. Heureusement ma mère était toujours de mes côtés, elle me soutenait et m’accompagnait à distance.

Arrivée en France, je me trouvais dans un quartier populaire dit « sensible » où je ne connaissais personne. Je découvrais la ghettoïsation des migrant-e-s en France. Cette séparation entre les français-e-s et les migrant-e-s, m’avait beaucoup choquée. Elle ne favorisait guère l’intégration et accentuait l’isolement des migrants dans leur communautarisme.

C’était très dur de m’atterrir sur un autre continent, mais je m’adaptais avant tout au lieu où je vivais et j’embrassais la culture Française. Je partais alors à la conquête de ce nouveau territoire. J’avais envie de découvrir le pays où mon destin m’avait mise, de sortir, de voir les choses, de fréquenter les gens, d’être autonome mais cela ne m’était pas possible à cette époque.

J’avais arrêté mes études à l’âge de 14 ans ‘’pour aider à la maison’’. En France, j’éduquais mes trois enfants et je suivais leur scolarité avec beaucoup d’attention. J’avais dédié une grande partie de mon temps pour qu’ils réussissent leurs études supérieures.

Plus tard, quand mes enfants étaient déjà plus grands, j’ai repris mes études pour réaliser mon rêve de l’enfance c’est d’être professeur de gymnastique. Mais avant de me lancer dans mon rêve, j’ai voulu vivre d’autres expériences. J’ai fait un stage en mécanique, un stage en menuiserie. Je ne croyais pas que mon sexe pouvait déterminer mon métier ou bloquer mes connaissances. Apres quatre ans de travail dur et de sacrifices, j’avais obtenu mon Diplôme fédéral de gymnastique volontaire et devient prof. de gymnastique pour adultes et séniors. Cela m’a permis d’avoir un travail et de me sentir plus autonome.

De prof de gym à  la directrice d’une association. En  juillet 2005, je quittais Tours pour m’installer à Montpellier. J’y sentais un racisme ambiant comme jamais auparavant.

A Montpellier, j’ai connu beaucoup de  femmes qui vivaient en France depuis 20 ou 30 ans mais qui ne parlaient pas le Français. Mais je ne suis pas du genre à me laisser abattre. A l’occasion d’une fête de quartier réunissant plusieurs femmes issues des migrations, j’ai décidé de créer mon association. Son nom sera Jasmin d’Orient et ses principaux objectifs seront de rapprocher la femme orientale de la femme occidentale et d’éliminer les barrières culturelles.

Pour faire sortir ces femmes de leur isolement, j’avais  commencé à leur donner des cours de gymnastique. Avec le temps, nous avons mis en place d’autres activités : de cours d’alphabétisation et de FLI, de sorties culturelles, de cours préparatoires pour le code de la route et pour passer le Test de Connaissance de Français (TCF). Aujourd’hui l’association compte plus de 600 adhérents dont 80% des femmes. Membre administrateur du COSIM Languedoc-Roussillon, elle est administrée par un bureau composé de six membres, quatre salariés dont une directrice.

De 2008 à 2011, nous avons réussi  à mettre en place, un programme d’appui aux migrant-e-s pour le développement de leurs projets dans leurs pays d’origine, financé par le PNUD. Un deuxième projet a été mis en place, de 2012 à 2014 avec l’appui du  Ministère des affaires étrangers Français, intitulé, Mutualiser les compétences pour l’accompagnement des jeunes diplômés demandeurs d’emploi dans la région de Kasserine, une des régions les plus pauvres  et marginalisées de la Tunisie.

Je ferais de tout pour mon pays et pour la liberté des femmes qu’y vivent. Je suis tunisienne et je suis fière de mes origines et de mes cultures.

Je ne me sens pas une femme migrante, je suis une femme comme les autres une femme libre et indépendante, capable d’aller en avant. Une femme égale à l’homme. Je ne sais pas comment les autres me voient, s’ils me voient comme une femme migrante. Cela ne me préoccupe pas. Je garde toujours mon sourire, je vie dans le positif.

Le mot réussite résume mon parcours. Etre choisie parmi les « 200 femmes qui font Montpellier » pour moi c’est une réussite.

Mon conseil à la femme immigrée pour son intégration, elle doit s’investir dans l’apprentissage de la langue française, car la maitrise de la langue est la clé  de toute réussite …

Je suis contente d’être là aujourd’hui, de pouvoir partager mon histoire avec vous. Cette initiative me permet de transmettre mon message. Etre là est le résultat de mon combat. J’ai beaucoup travaillé et aujourd’hui je vois le résultat.