La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Salwa L’Aouaji El Gharbi, Conférencière, consultante et technicienne supérieure en matière de migration et gestion de la diversité, organisatrice des rencontres, colloques et séminaires

Je suis Salwa L’Aouaji El Gharbi, née à Tanger en  juillet 1968. Je suis issue d’une famille de 4 enfants ayant vécu dans une famille nombreuse, entourée de mes grands-parents, tantes, cousines. J’ai beaucoup appris d’eux, surtout de ma grand-mère qui me transmettait son savoir par le biais des  contes au niveau de la spiritualité religieuse et des codes de la vie à travers le vivre ensemble. Il n’y avait pas ce concept de séparation entre les gens concernant la religion. Nous vivions en parfaite harmonie avec le voisinage.

J’ai fait des études de Droit à l’Université de Fès au Maroc. J’ai travaillé dans une société comme secrétaire de direction. Nous étions quelques jeunes de ma génération, critiques avec la situation des droits humains et plus encore préoccupés par la condition des femmes avec le poids de la tradition. Nous nous retrouvions à la maison des jeunes où j’écrivais de la poésie et quelques activités théâtrales. Nous parlions de notre démocratie, du futur de notre pays et de l’Afrique en général, des disparités sociales, de la colonisation et de l’impérialisme, de la situation de la femme.

En 1994, j’ai quitté ma ville natale pour m’installer à Barcelone. A mon arrivée, des contacts sur place m’ont permis d’obtenir des papiers administratifs. Au début les choses me paraissaient faciles puisque j’ai obtenu très rapidement mon changement de statut administratif. Cependant, la difficulté première fût de s’intégrer en trouvant un travail qui convienne à mes souhaits. Ayant fait des études, je ne m’attendais pas à vivre cette situation de précarité dans un pays de droits humains, et j’ignorais les préjugés qu’il y avait sur nos cultures et croyances. 

Au début, je travaillais comme volontaire dans la société civile. J’ai effectué une formation  sur le thème de la médiation, la résolution des conflits et la communication, dans les années 1995 à 1997. C’est au terme de cette formation que j’ai eu à travailler dans différentes municipalités de la Catalogne en tant que médiatrice sociale côtoyant ainsi la réalité et le vécu des migrant-e-s. Durant ce temps, en parallèle, je collaborais avec certaines fondations et universités dans des projets de recherche et formation sur le thème des femmes migrantes et de la migration pour une meilleure connaissance des autres cultures. Ce travail fût important, car, c’est l’école la base de l’apprentissage. J’ai aussi travaillé en tant qu’éducatrice avec des jeunes entre 12 ans et 18 ans.

A partir de 2000, nous avons commencé pour la première fois à travailler sur le thème de l’interculturalité avec un groupe de personne composé d’anthropologue, de sociologue et de philosophe.

Je suis et reste en relation avec mon pays d’origine, car dans le contexte d’immigration plus on s’éloigne de notre pays d’origine et plus on le garde dans nos cœurs. Quand on travaille sur la thématique de l’immigration, maintenir une relation avec le pays d’origine est importante, car cela permet de mieux connaitre la manière de penser et les habitudes et aussi permet de suivre de près les nouvelles dynamiques sociales et les changements. Connaissance primordiale pour une base de dialogue.  

En 2004, j’ai créé l’association TAMETTUT-  Association  des  femmes amazighes pour la culture et  le développement. Nous travaillons sur les thèmes d’égalité, des droits culturels avec la perspective du genre.

Avant de créer l’association, j’avais déjà commencé à travailler dans le centre UNESCO de la Catalogne au poste de directrice du Département des droits de l’homme et de la diversité culturelle et responsable de la  Division de gestion de la diversité , 2001-2012, et d’autres postes de responsabilité dans diverses Municipalités de la Catalogne et organismes de femmes. C’est dans cette instance que j’ai réalisé mon cheminement professionnel en participant à des initiatives européennes et internationales, spécialement avec l’UNESCO et les UUNN en coordonnant des projets sur les migrations et les femmes immigrées, diversité,  éducation interculturelle, Justice sociale, racisme, islamophobie dans différents pays entre autre le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, etc…

En 2010, j’ai participé au Programme des Visiteurs Internationaux aux Etats Unis des Amériques, qui inclut la formation sur l’immigration et sur la gestion de la diversité religieuse et culturelle à Washington, New York, Kentucky, Oregon et Texas. Actuellement, je suis responsable d’un Service d’Accueil à la Diversité dans une des Municipalités de la Catalogne, je suis aussi gérante d’AFKAR, une association de Formation et Consulting que j’ai crée avec un groupe d’expert en 2014 et membre consultative de différent Conseil du Gouvernement Catalan comme: la langue catalane, les femmes, l’audiovisuel et la diversité, la sécurité et la diversité religieuse.

Je suis auteure d’une série de poèmes, de publications et de recherche sur des sujets aussi diversifiés que « l’islam et les femmes dans la tradition musulmane », « le peuple amazigh », « immigration et intégration », « le discours médiatique sur l’immigration », « l’immigration et la crise économique », etc.

Je suis infiniment sensible aux questions du genre, des droits humains et de la diversité culturelle et j’ai fait de la médiation, l’interculturalité et la lutte contre le racisme et les discriminations mon cheval de bataille. Je sens que j’incarne l’image de la femme musulmane, amazigh, africaine et méditerranéenne. Au fil de mes plus de 20 ans d’expatriation en Europe, j’ai choisi de ne pas rester à l’écart des enjeux de la société d’accueil et de résidence.

A la lecture de mon Curriculum Vitae, je constate que mon parcours professionnel est très riche, on ne se rend pas forcement compte de tout ce que l’on fait. Comme femme, comme personne, je ressens une grande satisfaction à l’idée de me sentir écoutée. C’est une très belle réponse à tous les sacrifices que j’ai eus à consentir. Avec des préjugés, du fait de mon origine, en tant que marocaine et en tant que femme venant d’un pays en voie de développement. J’avais à cœur de déconstruire cette idée de femme soumise et incompétente. Il a fallu montrer que nous sommes compétentes qu il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises cultures, qu’elles sont juste différentes et riche.

Les stéréotypes et préjugés sont liés à l’ignorance. C’est important de travailler sur ces thèmes de stéréotypes dans l’éducation et la sensibilisation sociale car l’ignorance mène à la discrimination et cela engendre le racisme.

Généreuse, optimiste et positive résumeraient mon parcours quand on est généreuse on pardonne, on apprend des gens, on ne reste pas dans la négativité, c’est ce qui nous permet d’avancer et de lutter dans la vie. C’est l’échange, le partage, donner et recevoir.

Je demande aux femmes de continuer à lutter car la vie des femmes n’a jamais été simple, car, nous sommes vulnérables dans la société. Nous devons nous unir et travailler ensemble peu importe l’origine sociale. D’un pays à l’autre la cause des femmes est unique dans le monde. Il n’y a pas une femme dans le monde qui n’a pas souffert de discrimination.

Je remercie et j’encourage le FORIM dans ce travail, car les femmes ont besoin de cette visualisation. Ce cadre d’échange nous permet de partager nos expériences.