La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Philo Makiese SITINA, Présidente de l’Association Radio Afrique France, web radio

Philo Makiese SITINA, est d’origine congolaise. Elle est Diplômée depuis 2006 en communication de la vingt-huitième promotion de l’Institut Facultaire des Sciences de l’Information et de la Communication(IFASIC) et d’une double maîtrise en communication, l’une à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences de l’Information et de la Communication (CELSA) et l’autre à l’université Paris Sorbonne IV. Elle est également titulaire d’un Master en management des projets, option vision stratégique, du Centre des Etudes Supérieures Industrielles.

Aujourd’hui, Philo Makiese SITINA a dix-huit ans d’expérience professionnelle dans différents métiers de la communication : journalisme, communication, management, gestion des processus électoraux, entrepreneuriat.

En France, où elle s’est installée, elle a investi dans le secteur des médias. Elle a fondé l’Association Radio Afrique France, web radio qui a pour mission d’établir un pont fonctionnel entre l’Afrique et la France. Cet engagement lui a valu de recevoir, en Juin 2018, le prix Jeunesse et Migration subventionné par l’Agence française de développement.  Les retombées de ce prix ont été affectées au financement d’un documentaire sur la valorisation des actions des diasporas africaines de la région de Normandie.

Philo Makiese aura été successivement : journaliste au quotidien kinois Le Phare, experte au sein du système des Nations Unies en RDC (PNUD, UNFPA, UNOPS, MONUC) et en Côte d’Ivoire (MONUCI), animatrice et productrice d’émissions à Radio HDR (France), Agent-conseil en communication et Relations Publiques (France).

Jusqu’à ce jour, Philo Makiese allie son statut de femme au foyer avec une carrière professionnelle exemplaire. En sa qualité de femme leader, elle réfléchit sur la manière dont elle pourrait impacter positivement sur la bonne marche de son pays la République Démocratique du Congo. Pour cela, elle caresse le rêve de briguer la magistrature suprême en 2023.

Pourquoi ton engagement dans la politique et la campagne présidentielle ?

Mon engagement politique résulte de l’observation que j’ai faite depuis quelques années de la vie quotidienne de mes compatriotes et de la gestion du pays par les hommes politiques depuis 59 ans d’indépendance de la RDC, mon pays. La souffrance sans nom des congolais, qui vivent pourtant sur un des sols les plus riches de la planète et pourvu de toutes les ressources matérielles et humaines, est un véritable scandale que je ne peux plus supporter.

Il n’existe presque pas une seule ressource matérielle sur le sol ou le sous-sol de la planète que l’on ne retrouve au Congo. Depuis trois décennies, les congolais fuient leur pays pour s’établir ailleurs. Cette fuite des cerveaux appauvrit mon pays et laisse libre cours aux dictatures les plus funestes qui s’enrichissent au détriment de l’ensemble de la population. Pendant ce temps, le pays manque d’infrastructures de base, de routes, d’eau potable, d’électricité, d’installations sanitaires, sans compter l’éducation de la jeunesse qui a régressé à un niveau inimaginable et la corruption à grande échelle qui mine l’avenir du pays.

C’est tout cela qui m’a poussée à me jeter dans l’arène politique et me positionner pour 2023, à la magistrature suprême. Cette campagne, au-delà de la révolte que j’éprouve en voyant la situation socioéconomique de mon pays, je la vois aussi et surtout comme un appel à toutes les femmes de s’impliquer réellement et davantage dans la politique en Afrique. Il s’agit de casser les stéréotypes et d’appliquer réellement la parité dans les institutions de mon pays, faire en sorte que les droits des femmes ne restent pas dans les discours et soient appliqués et vécus. Je voudrais que les femmes fassent confiance en leur pouvoir de faire changer les choses, après l’échec des hommes de construire une Afrique moderne et forte, capable d’assurer le bien-être à ses populations

Que peux-tu dire pour déconstruire les idées reçues sur les femmes migrantes ?

Les femmes migrantes sont aussi actives que les autres et autant que les hommes. Comme dans leurs pays d’origine, elles participent à la résolution des problèmes dans leurs foyers, à travers notamment l’éducation des enfants, en travaillant selon leurs compétences et en créant au besoin de l’emploi là où c’est nécessaire, comme c’est le cas dans bon nombre d’associations. Il existe des idées négatives selon lesquelles les femmes migrantes sont oisives et ne se soucient que de mettre au monde des enfants pour percevoir les allocations familiales. Ceci n’est pas vrai. Si vous observez bien, vous constaterez que beaucoup des associations issues des migrations sont tenues par des femmes, qui ont gardé des valeurs de solidarité et d’altruisme qu’elles véhiculent dans leurs activités au sein de leurs associations. Loin d’être oisives, ces femmes ont gardé le réflexe de travailler pour subvenir aux besoins de leurs familles. On les retrouve partout, dans tous les corps de métier.

As-tu des conseils à donner aux femmes migrantes ?

Un seul conseil, avoir confiance en elles-mêmes et ne pas oublier d’où elles viennent, et rester solidaires avec leur pays d’origine. Garder en tête que partout en Afrique, le rôle de la femme dans l’économie des pays est déterminant, même si dans la majeure partie des cas, elles interviennent dans l’informel.  C’est d’ailleurs le secteur informel qui est le plus dynamique en Afrique.

J’invite également les femmes migrantes à mettre à profit leur séjour dans les pays développés pour poursuivre leurs études et acquérir suffisamment des connaissances intellectuelles et des compétences qui leur permettront de comprendre les grands enjeux du monde, de mieux s’affirmer et mener efficacement des projets de développement pour leur pays d’origine. Elles doivent également transmettre ces connaissances aux jeunes générations, afin d’assurer un meilleur avenir à l’Afrique et aux autres pays peu développés.

Quel mot résumerait ton parcours ?

Combative.

Que peux-tu dire sur cette campagne une femme, un mois, une histoire ?

La campagne « une femme, un mois, une histoire » est une initiative très louable qui permet d'enrichir la documentation existante sur le rôle de la femme, en montrant son apport permanente à l’essor économique et social mondial. J’apprécie particulièrement cette campagne du fait qu’elle met gracieusement à la disposition des femmes migrantes des outils pour valoriser leurs différents parcours et leur travail. C’est un apport non négligeable pour leurs stratégies de communication, considérant la notoriété dont leur fait bénéficier le FORIM en France et à l’international. Elles pourront ainsi faire connaître leurs aspirations dans le monde entier, et pourquoi ne pas décrocher des partenariats ? C’est une excellente chose.