La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Lova Rajaoarinelina, Conseillère Spéciale - Conseillère Diplomatique

Je suis Lova Rajaoarinelina, née le 13 juin 1983 dans le 94 à Ivry sur seine. Je suis conseillère politique et mon dernier poste était conseillère à l’Assemblée nationale de Madagascar entre 2014 et 2017. Je viens de quitter ma fonction depuis fin avril 2017. Je suis mère célibataire de deux filles de 4 ans et de 21 mois. Je suis née et j’ai grandis en France dans une banlieue parisienne du 94 dans une cité où à l’époque la drogue ravageait les trottoirs. Mon père est né pendant la colonisation, j’ai donc la nationalité française par le droit du sang en tant que fille d’indigène et de droit du sol, car née sur le sol français. Mes parents sont issus de l’ethnie merina de Madagascar, mais j’ai reçu une éducation ancrée dans la culture républicaine française ou ni caste ni ethnie ne prime. Nous avons reçu avec mon petit frère une éducation protestante luthérienne ; on apprenait le solfège et la musique classique. Je suis diplômée en droit de la faculté de Paris 11 et de la Sorbonne et me suis spécialisée par la suite dans les droits de l’homme et lutte contre le crime organisé. A la fin de mes études, il était difficile de trouver un poste en adéquation avec ma spécialité, il a fallu que je tente ma chance à l’étranger.

Je suis ainsi arrivée à Madagascar en 2012, en tant que consultante pour la région Ile de France dans le cadre de la coopération décentralisée sur des questions de protection du patrimoine. Lors de mon travail de consulting, je fus repérée par le ministre du tourisme M. RAKOTOMAMONJY Jean Max qui m’a alors demandée d’intégrer son cabinet. Ma prise de fonction s’est faite juste avant la campagne électorale présidentielle et législative en mai 2014. Au premier tour, j’ai été la directrice de campagne de M. Sylvain RABETSAROANA et au second tour, l’assistante du candidat M. Jean Louis ROBINSON. Suite aux résultats de l’élection législative, le ministre du Tourisme fût élu président de l’Assemblée Nationale en 2014. Il m’a chargée d’établir la loi sur l’abolition de la peine de mort. J’étais aussi engagée sur l’intégration du droit de la nationalité à Madagascar. Jusqu’ en 2016, une femme ne pouvait pas transmettre la nationalité. Actuellement,  je suis en train de négocier avec des députés la loi pour la dépénalisation de l’homosexualité et de l’avortement.

Ensuite, j’ai intégrée en 2015, le comité d’organisation du sommet de la Francophonie en charge de l’organisation de la 42e session de l’APF[1] devant se dérouler à Madagascar jusqu’en 2016. Ce fût une mission très médiatique et diplomatique.

Mon expatriation à Madagascar est un pur hasard, même si j’ambitionnais de m’expatrier à la fin de mon cursus universitaire. Mon choix s’était porté en Asie du Sud-Est plus précisément au Laos. Ce qui est intéressant en étant binationale quand on arrive dans un pays classé comme l’un des plus pauvre du monde et en pleine crise politique c’est que l’engagement est plus viscéral peut-être plus qu’il ne peut l’être dans un pays où la misère est moins flagrante voire peu existante.  Je me suis retrouvée dans un pays où il n’y avait pas de gouvernance à l’opposé de la France.

Quand j’étais conseillère diplomatique j’ai essayé de mettre en place une loi pour la prise en compte des votes des malgaches de la diaspora et aussi des députés de l’étranger. C’est un autre combat.

Je suis aussi en train d’écrire un livre qui parle de la diaspora et de leur présence dans la vie politique en Afrique. La diaspora malgache est très discrète et elle souffre de manque de cohésion. Pour moi, tout l’intérêt est que le gouvernement se saisisse du cas de la diaspora et de son organisation en apportant une vision plus ouverte.

L’une des raisons pour lesquelles j’ai arrêté ma mission à Madagascar est que j’étais arrivée à la fin de mes convictions dans ce que je pouvais apporter au pays, et la France, mon autre pays me manquait. Cinq années étaient pour moi un temps non négligeable. Avec le président de l’Assemblée Nationale, on avait alors fait voter (difficilement) l’abolition de la peine de mort et conduit ensemble le sommet de la Francophonie, j’avais le sentiment d’avoir accompli deux belles missions et qu’il était temps pour moi de prendre du recul.

Après avoir donné 5 ans de ma vie à Madagascar, je reviens en France dans mon pays natal pour aussi m’engager ;  surtout quand on voit la montée de Marine LEPEN au second tour. J’ai eu  la chance d’accompagner la Ministre chargée des affaires européennes, Marielle DE SARNEZ, dans  sa campagne législative.

Mon engagement politique date depuis la période de ma jeunesse. Tout  d’abord en tant que jeune démocrate au modem et ensuite comme fondatrice des jeunes avec Dominique STRAUSS KHAN où j’étais en charge de m’occuper de la campagne pour le Parti Socialiste (PS). C’était la première fois que le PS organisait sa primaire. J’ai toujours été relativement du centre, et d’ailleurs mon premier engagement fut en 2007 au Modem.

 Il faut savoir que Conseiller politique est un poste transfuge et la mission  fondamentale est de gérer les problèmes, surtout trouver des solutions ce qui passe par l’exécution des tâches. Il arrive souvent où ses convictions sont secouées, mais ils nous arrivent plus souvent de secouer celles des autres et parfois, quand la chance nous sourit après l’avoir moult fois provoquer, d’obtenir gain de cause sur des sujets majeurs.

Je suis aussi ambassadrice auprès du CRAN qui est le Conseil représentatif des associations noires de France.

Mon sentiment en tant que femme ayant la double culture est un sentiment trouble, car étant partagée entre ces deux cultures. Ce fût difficile parce qu’il a fallu gérer la problématique en tant que femme d’abord et ensuite en tant que femme noire, diplômée, mère célibataire avec des questions de justifications qu’on retrouve plus en France. En réalité, la double nationalité est une richesse et impose une capacité d’adaptation et de compréhension humaine, qualités hautement demandées en politique. Cela m’a permise de me faire une place dans le monde très prisé de la politique.

Le mot aventure résumerait mon parcours. Un conseiller n’a pas la sérénité ni de certitude. Nous sommes des intermittents de la vie politique dont la présence est vitale pour les premiers rôles. Alors, ces responsables politiques ils nous secouent, nous changent, nous trahissent et nous utilisent ; mais aussi nous récompensent et nous écoutent, ils sont aussi capables de remettre entre nos mains l’avenir de centaines voire de milliers de personnes sur la simple rédaction d’une note qui changera pour un long moment la vie de la société.  C’est un métier précaire, c’est un métier hasardeux et ingrat, mais c’est un beau métier, qui nous pousse toujours à mieux faire, pas pour nous mais pour les autres. C’est pour cela qu’il y a tant « d’accrocs » à ces fonctions.

Aux femmes migrantes, je veux dire de ne rien lâcher car le mélange et la diversité représentent de la richesse. Aux femmes africaines qui viennent dans les pays occidentaux, notre culture, notre féminité est une richesse. Nous devons assumer ce que nous sommes en trouvant un compromis. Et surtout, il faut toujours visée  l’excellence ; il n’y a pas de place pour la médiocrité pour les personnes issues de la diversité. On en voit, mais elles ne durent pas ; celles qui marquent sont les insurpassables. Une carrière se construit dans le temps et la cohérence.

Réussir, ne pas se taire et être solidaire représente, là, la clé et cela s’applique à toutes les femmes, peu importe l’origine. 

Cette campagne « Une femme, un mois, une histoire » est une très belle action car les femmes manquent de modèle. C’est bien d’encourager et de participer à cette campagne pour dire que tout est possible, partout.  C’est une question de persévérance. Il faut que les femmes ne lâchent rien et faire plus d’action pour inciter les jeunes filles à ce combat.

 


[1] 'Assemblée parlementaire de la Francophonie