La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Liman Inoussa Zabbaou Consultante en montage de projets, Membre des pools d’experts de la plateforme ADEPT et d’Erasmus+ pour l’agence du service civique.

Je m’appelle Liman Inoussa Zabbaou. Je suis née le 11 juin 1985 à Reims. Après ma naissance, mes parents m’ont emmenée au Niger où j’ai passé cinq ans. A mon retour en France, je ne parlais pas du tout le français, n’étant pas scolarisée là-bas. J’ai donc appris le français avec une orthophoniste en six mois, en dernière année de maternelle. J’ai grandi dans la ville de Reims dans un quartier mixte où toutes les couches sociales se côtoyaient. J’y ai fait toutes mes études primaire et secondaire jusqu’à la licence. Ensuite j'ai intégré La Sorbonne. Mes deux parents sont originaires de Kantché et Magaria, dans la Région de Zinder. Toute mon enfance, j’ai vu de nombreuses personnes venir auprès de mon père pour des conseils, j’ai toujours baigné dans un climat international, atmosphère où de nombreuses personnes d’origines différentes se côtoyaient. Je rêvais de travailler dans une grande institution, pas de défendre, mais d'encourager la coopération, les rapprochements. C’est pour cette raison que j’ai fait des études en droit public à Reims, puis un master 1 et 2 spécialité droit international et droit africain à Paris Sorbonne.  Mon Master en poche, je me suis rendue compte petit à petit qu’il y a avait beaucoup de freins à l’embauche. A titre d’exemple, j’ai voulu effectuer un stage à l’Union Africaine, à Washington, et c’est 6 mois après que j’ai eu mon application. Je suis rentrée en France où j’ai cherché à travailler dans un ministère mais  ça n’a pas été possible. Je suis passée alors par le programme Eurodyssée  qui proposait de faire un stage en Suisse. J’ai été recrutée à la fin de mon stage où j’ai été missionnée pour créer une fondation. J’ai donc pu acquérir une certaine expérience à l’international en recherche de financements pendant une année.

De retour en France avec cette expérience, je pensais obtenir un travail mais malheureusement ce ne fût pas le cas. Du coup, je me suis rapprochée de l’Office Franco-Québécois pour la Jeunesse, grâce auquel j’ai pu décrocher une expérience au Ministère du développement économique sur le pupitre Afrique et Moyen Orient. Professionnellement, ce travail était enrichissant mais cela me posait un problème sur le plan moral, j’y suis donc restée 8 mois.

De retour en France, dans l’optique d’avoir un travail et aussi en parallèle,  je me suis mise au statut auto- entrepreneur et à rechercher des partenaires économiques en Amérique du nord et en Afrique  en espérant faire du conseil à destination de l’Afrique et de partenaires de l’Amérique du Nord. Je ne sais pas si le fait de n’avoir pas pu travailler pour le ministère est pour des raisons discriminatoires. Je crois, malheureusement, que c’est la pratique en France. Comme de nombreuses personnes ayant la double culture, il y a souvent ce sentiment d’être mal compris. En voyage au Niger, on me renvoie à la France, pareil en France, on me demande d’où je viens. Je ressens une incompréhension et un tiraillement entre deux ; je ne sais pas si un jour je me sentirai plus Française ou plus Nigérienne. J'aime mes deux pays tout autant.

Dans ma recherche d’emploi, j’ai répondu pour la première fois à une annonce de la ville de Marennes où j’ai été retenue pour monter un projet sur la francophonie. Ce qui m'a permis d'être, entre autre, programmatrice du festival les cultures Francophones. Le but de ce festival est de promouvoir la francophonie dans son ensemble, comme on l’entend en Afrique ou en Amérique du Nord, des cultures influencées par l'Histoire coloniale française. J’ai donc monté un projet sur demande et je l'ai monté sur plusieurs thématiques : Culture - Jeunesse - Économie - Politique. Cet emploi m’a permis de rester en lien avec le Québec et de me rapprocher de l’Afrique puisque j'ai ouvert le projet sur le Sénégal.

Pour ma part, je ne monte pas de projets au détriment du continent africain, je demande un minimum de réciprocité dans l’apport, c’est aussi cela faire de la solidarité. J’ai arrêté parce que je considérais avoir rempli ma mission, et, le maire de Marennes, aujourd'hui Président du groupe pays Sénégal à CUF pourra le confirmer.

Je suis donc retournée à mon auto entreprise qui consiste actuellement à répondre à des appels à projets. D’une part, à trouver des partenaires techniques et d'autre part en les alertant sur les fonds disponibles comme ceux des Ministères, des collectivités, de l’AFD, les dispositifs du FORIM (PRA/OSIM) ceux d'AFFORD, les FONJEP, etc… Mon cœur d’activité est de faire de la veille et de répondre aux appels à projets. Je suis actuellement plusieurs associations comme Agora Francophone, La Vue pour Tous ou encore La Boucherie, laboratoire des pratiques innovantes de Reims. Je suis ce que que font pas mal d’autres associations comme SOS Santé, Gassé Doro, mais je ne suis membre d’aucune malheureusement, et ce n'est pas par manque de volonté.

Je suis aussi experte Erasmus +. Actuellement j'échange avec la Région Grand Est, le CRIJ et l'association rémoise pour développer et favoriser la mobilité des jeunes en Europe et à l'international. Tout récemment membre des experts d’ADEPT, plus précisément depuis novembre, j'espère courant 2017 appuyer les associations issues de la diaspora africaine d'Europe, dans la rédaction de leurs réponses aux appels à projets.

Je résumerais mon parcours à une montagne russe. J’ai connu des hauts et des bas, ce n’est jamais plat, il y a toujours un rebondissement. Je n’ai jamais lâché mon rêve car, ce rêve, c’est mon livre de vie, ma littérature de l‘esprit.  A toutes celles qui ont fait un rêve, qu’elles n’hésitent pas à le mettre sur papier et à le concrétiser. Certes, ce n’est pas facile mais il y a toujours le moyen de le concrétiser. 

Cette campagne est le moyen de rappeler qu’on est tous issus d'une migration.

Pour déconstruire les stéréotypes autour des femmes migrantes j’incite tout le monde à venir participer à une manifestation et aux rencontres sur les femmes dans les quartiers, des forums ou les associations de quartier et dans les villes. La culture, le sport, l’évènementiel, sont des moyens de déconstruire les stéréotypes. Ouvrez-vous aux autres cultures « éteignez vos télés » c’est aussi un très bon moyen pour aller à la rencontre, il n'y a pas forcément besoin de voyager très loin. « Sortez de chez vous ! ».

J’ai accepté de participer à cette campagne du FORIM, car la valorisation des parcours des femmes migrantes me touche et m’intéresse, et aussi pour pouvoir rencontrer les acteurs de la diaspora. J’ai envie d’aider ces acteurs parce qu’il y a un vrai besoin et un vrai potentiel. Par exemple, nous sommes partis du constat que les nigériens sont peu visibles alors qu’il y a une diaspora hyper qualifiée et intéressante. Les membres du FORIM en région doivent être un appui à toute personne issue des migrations. Le FORIM doit être disséminé sur tout le territoire français et européen. Tout en renforçant sa visibilité parce que c’est un acteur utile. Je remercie le FORIM et je l’encourage à persévérer dans ces actions.