La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Ini Armande Ouattara, Consultante en Management de projet système d’information et Présidente de l’association Diaspora for Development (D4DEV)

Je me nomme Ini Armande OUATTARA. J’ai 27 ans et je suis de nationalité burkinabé. Je suis née en Côte d’Ivoire dans la ville de Cocody et j’ai grandi entre Dakar et Ouagadougou.

Je suis actuellement consultante en Management de projets systèmes d’information et présidente de l’association Diaspora for Development (D4DEV) qui appuie les porteurs de projets de la diaspora ayant à cœur d’apporter une valeur à leur pays d’origine grâce à la création d’entreprise.

Je suis arrivée en France en janvier 2011 dans le cadre d’un programme d’échange entre l’Institut de Management de Dakar (ISM) et Science Po Paris en master de Finance et Stratégie. Forte d’une nouvelle ouverture sur la responsabilité sociale d’entreprise (RSE) et le développement durable, j’ai décidé de changer d’orientation et poursuivi par un MBA en management du développement durable. Un dernier volet de ma formation supérieure en management de projet m’a permis de me doter des outils et méthodes nécessaires pour aborder mes fonctions actuelles de consultante en Gestion de projets.

Pour revenir sur les revirements de mon parcours académique, j’attribue ce changement au fait que les outils et mécanismes d’orientation des jeunes en Afrique de l’Ouest sont encore insuffisants et ne permettent pas à de jeunes esprits de prendre connaissance rapidement de leur(s) potentiel(s) et de leur(s) passion(s). Qui dit mauvaise orientation académique, dit mauvaise stratégie d’insertion professionnelle, ce qui mène bien souvent à la montée du chômage chez les jeunes. C’est pourquoi, je prends plaisir à inspirer les jeunes filles tant à travers mes activités associatives qu’à l’occasion de voyages personnels en Afrique.

En 2012, dans le cadre de mon MBA management du développement durable, j’ai participé avec succès au prix de l’entrepreneuriat migrant organisé par OXFAM et le FORIM (1er prix France, 4e prix Europe). Ce fut une expérience de premier plan qui m’a permis de confronter mon projet de création d’entreprise sur la responsabilité sociale mais aussi et surtout de rencontrer d’autres organisations de la diaspora comme le réseau FECODEV[1] dont je suis membre aujourd’hui. C’est aussi un moment charnière qui a motivé mes choix actuels d’intervenir au cœur de l’écosystème entrepreneurial pour donner le maximum de chance à des entrepreneurs dans l’âme comme moi, de mener à bien leur projet au pays.

J’ai intégré, en 2014, un cabinet de management en projet dans lequel j’ai effectué des missions de conseil autour du digital et des systèmes d’information au sein de grands groupes internationaux. En 2015, j’ai co-fondé l’association Diaspora for developement (D4DEV) en partant du constat que de plus en plus de jeunes et adultes de la migration ont à cœur de contribuer au développement du continent Africain via l’entreprenariat. Le défi principal était de réussir à identifier et contacter d’autres acteurs de la diaspora sur le même créneau et le second défi a été de trouver des partenaires pour co-construire le projet associatif.

Après deux ans d’activités nous faisons aujourd’hui partie d’un écosystème de plus de 20 associations intervenant en Afrique subsaharienne. Je peux dire que le chalenge du début est derrière nous même si de nombreux défis restent à relever. Nous pouvons nous féliciter d’avoir un noyau solide et d’avoir pu consolider notre axe d’intervention sur « migration et développement ». Sur ce point, j’aimerais encourager les organisations ou les individus qui veulent travailler sur cette thématique à rechercher les autres acteurs, prendre contact et adhérer à des réseaux. On ne gagne rien à être isolé, dans sa bulle ou en autarcie. C’est non seulement contraire à notre héritage culturel mais surtout contre-productif.

En tant que migrante, il est important que lorsque nous arrivons dans un pays autre, de savoir s’ouvrir à d’autres cultures et réalités sans se faire submerger ou assimiler. Pour ce faire, cela passe d’abord par garder des bases communes avec sa communauté en participant à des évènements ; tout en essayant de retourner souvent sur ses terres d’origine.

Personnellement, j’ai grandi dans une logique mondialisée. Je considère que ma terre d’origine est l’Afrique et que le monde est un grand terrain de jeu. Je pense qu’il n’y a de barrières que celles qu’on se fixe soi-même ; l’important c’est de savoir déceler l’opportunité qui s’offre à nous, dans quel pays que ce soit.

En tant que femme migrante, je suis optimiste mais consciente qu’il y a beaucoup de travail à faire pour l’amélioration de la position et de la condition de la femme (dans la migration ou dans les pays du monde). Je suis convaincue que chacune à son échelle peut jouer un rôle en sensibilisant nos juniors, en parlant de ce qu’on est et de ce qu’on fait aujourd’hui. En ayant une posture de « rôle modèle », on inscrit un schéma dans l’esprit de nos cadettes mais aussi dans l’histoire.

Je résumerais mon parcours par le mot PIVOT, car il a été ponctué de pivots face à l’adversité et à l’opportunité : pivot académique en passant de la finance au développement durable puis à la gestion de projets. Pivot professionnel en inscrivant une vie associative bien remplie en parallèle de mon activité salariée. Pivot personnel en faisant référence à mon parcours géographique continu à travers l’Afrique de l’Ouest et dans le monde.

Une institution comme le FORIM est un réel atout pour donner des repères à ces organisations de la migration qui luttent pour faire une différence dans le monde et pour leur terre d’origine. La campagne dix mythes est un beau moyen de mettre en lumière ce que font les populations migrantes ici et là-bas et une manière de déconstruire les idées reçues sur ce qu’on a le droit d’être ou pas.

 

 

 




[1] Femmes et Contributions au Développement

 

À télécharger: