La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Mme Bintou SISSOKO, Citoyenne d’honneur du 20eme arrondissement de Paris, Présidente de l’association Benkadi Afema 20

  

Mme Bintou SISSOKO, Citoyenne d’honneur du 20eme     arrondissement de Paris, Présidente de l’association Benkadi Afema 20

Pouvez-vous-vous présenter ?

Je  suis Bintou SISSOKO, Malienne née au Sénégal et j’ai plus de 61 ans. Comme vous le constatez nous sommes dans la cuisine du centre social d’Annam où je viens de donner des cours de cuisine. Aujourd’hui, au menu de ce cours c’était la préparation de beignets salés.

Je suis issue d’une famille nombreuse. Mon père était un tirailleur sénégalais qui a reçu une décoration à ce titre. Après la guerre, il est rentré au Sénégal où il travaillait comme policier au près du gouvernement Malien. À l’époque, le Mali et le Sénégal ne formaient qu’un seul territoire,  le Soudan Français.

Pouvez-vous nous dire un peu plus sur vos souvenirs d’enfance ?

Le souvenir d’enfance que je garde c’est le bonheur et la joie d’être en famille. J’ai été adoptée par ma tante à l’âge de 3 ans à notre arrivée au Mali. Je suis restée avec elle jusqu’à mon mariage à 22 ans. Cette séparation avec ma mère fût difficile pendant les premières années mais j’ai finalement fini par m’y faire, car ma tante était une dame formidable. J’ai beaucoup appris auprès d’elle, ma mère adoptive. J’ai donc eu deux mères qui m’aimaient énormément.

Parlez-nous  de votre arrivée et de votre parcours en France ?

Je suis venue à Paris rejoindre mon mari après notre mariage qui s’est fait en 1978 sans difficulté particulière. Avant mon arrivée en France, je travaillais comme Secrétaire au gouvernorat du district de Bamako.

La première impression que j’ai eu à mon arrivée ce fût le changement climatique, ce froid, puisque je suis arrivée dans la période hivernale. Et aussi la solitude d’être loin de sa famille même si j’avais déjà quelques membres installés en France. J’ai constaté que personne ne se saluait dans la rue, pas de bonjour, chose marquante parce que je n’étais pas habituée à voir cette indifférence. Je remarque de nos jours une amélioration dans les relations.

Je vis dans le 20e arrondissement de Paris depuis 1979. Je n’ai pas eu de problème à m’intégrer, car je savais lire et écrire ; je me promenais et visitais les endroits en tricotant.

Après l’accouchement de mon dernier enfant, j’ai fait de nombreuses formations entres autres, des formations de mise à niveau en langue française, en mathématique et j’ai aussi fait quelques formations en couture.  J’ai fait beaucoup de formations et ensuite j’ai travaillé.

Par la suite, j’ai été médiatrice sociale et culturelle à Antinéa[1] en 1995. En 1996, Antinéa est devenue l’association Femme Relaie XXe où j’ai exercé jusqu’en 2013. J’ai été ensuite licenciée pour problème économique.

En étant à Femme Relais, j’ai créé l’association  BENKADI AFEMA 20 en 1996 qui a pour but de mieux vivre ensemble dans le quartier. C’est une association qui est multiculturelle puisqu’elle est composée de femmes de différentes nationalités. Le partage et la solidarité résonnent particulièrement dans les valeurs culturelles et d’échanges que nous voulons transmettre. Nous proposons au sein de l’association de nombreuses activités artistiques à la population du quartier (jeunes et moins jeunes), telles que des cours de danse Hip-Hop, de danse africaine pour les adultes , ainsi que des cours de cuisine, de couture et de la tenture Bogolan. Nous organisons depuis 7 ans  la fête des griots de l'Afrique de l'ouest et la fête de la musique depuis 2001. Nous jouons aujourd’hui un rôle prépondérant dans la découverte et la connaissance de la culture africaine. Aussi, nous avions organisé un voyage de découverte et d’échange  pendant plusieurs années au Mali, séjour itinérant et humanitaire avec les jeunes de quartier et des personnes de différentes cultures et lors de ces différents séjours nous avons eu le soutien de la Caisse d’Allocation familiale, du secours catholique, de l’INPS, de la délégation Malienne de l’extérieur, de la mairie d’arrondissement ainsi que des habitants avec une grande participation des jeunes.

  Benkadi participe à des projets de codéveloppement en partenariat avec de nombreuses associations et c’est dans le même cadre que nous participons aussi à la caravane des femmes d’ici et de là-bas qui a lieu entre le Mali et la France par des professionnels sur l’échange et leurs savoir-faire, l’éducation de nos enfants et toutes sortes de violences faites aux femmes de la naissance jusqu’au mariage. Ce travail doit continuer entre les associations féminines et BENKADI. L’association a un agrément jeunesse et éducation populaire. 

Nous travaillons avec le centre social « Annam », ainsi que les écoles Vitruve, du centre étincelle, Lesseps et beaucoup d’autres associations et structures de l’arrondissement.

En 2006, nous avons été  1er lauréat du Label Paris Codéveloppement Sud pour la construction à Sansanding dans la région Ségou au Mali de la maison des jeunes dont l’inauguration a été faite en 2008. La maison des jeunes fonctionne toujours.

Nous venons de finir la réhabilitation d’une dizaine de toilettes du groupe scolaire Banankagougou à Bamako et nous sommes sur un projet pour la construction d’une école dans le village de Sambagoré dans la région de Kayes. Nous sommes beaucoup impliqués au Mali, ce qui ne nous empêche pas de nous ouvrir à d’autres pays.

Quels conseils voudrais-tu donner aux femmes migrantes ?

Mon conseil aux femmes migrantes, c’est d’être solidaire, de s’entraider, d’être active, de ne pas rester les bras croisés,  d’aller à la source de l’information, de partager et surtout de s’ouvrir au monde extérieur qui les entoure.

Par quel mot résumerait vous votre parcours ?

 J’aime bien ce que je fais, malgré la fatigue morale et physique. Je me dois de continuer à aider. Il faut surtout de la persévérance. J’ai vécu des situations très difficiles en France. N’eut été la  solidarité de quelques personnes, je ne serai pas où j’en suis aujourd’hui et c’est cette solidarité qui m’a faite évoluer d’où le mot solidarité qui résume mon parcours. Je suis en présence aujourd’hui d’un couple d’amis qui a participé à la rédaction des statuts de Benkadi il y’a 21 ans.

Les  femmes font beaucoup de choses en Afrique et/ou ici en France. Une aide doit leur être apportée dans cet appui des actions menées et un soutien pour déconstruire les idées reçues. Je remercie le FORIM pour cette campagne. Nous tenions à remercier tous les services administratifs d’ici et là-bas qui nous ont soutenus pendant nos 21 années d’existences.

 


[1] Association intermédiaire du 20éme arrondissement de Paris, emploie des femmes en majorité d’origine immigrée