La campagne une femme, un mois, une histoire : Mme Adolé ANKRAH directrice de l’association Femmes inter Associations _ Inter Service Migrants (FIA-ISM)

Mme Adolé ANKRAH directrice de l’association Femmes inter Associations _ Inter Service Migrants  (FIA-ISM)

Née le 16 septembre 1955 à Lomé (Togo), je suis arrivée en France à l'âge de 13 ans pour  rejoindre ma mère qui y était dans le cadre de ses études. J’y suis restée depuis, ayant choisi la France pour faire ma vie.

C’est ici en France que j’ai donc fait mes études dans le domaine de la science économique à l’école des cadres en tant que boursière. Sensible et passionnée par les questions d’intégration, j'ai suivi le cours de gestion de collectivité car au final je voulais travailler dans le social. Je voyais des femmes immigrées arrivées en France assez désœuvrées, perdues dans un environnement mal connu et mal maîtrisé. Les questions d'intégration des femmes migrantes m'interpelaient réellement.

C’est grâce à cette passion que j’ai connu, en 1984, Yacine Diakité, aujourd’hui  Administratrice du FORIM[1]. Ensemble, nous  faisions du porte à porte pour inciter les femmes à suivre des cours d’alphabétisation et de couture, au sein du "CERFA" (Centre d'Echange et de Rencontre des Femmes Africaines),  où nous étions bénévoles. A mon avis, l’alphabétisation représente la clé de l’intégration. Nous encouragions les femmes migrantes, quelque ce soit leur pays et leur origine, à se battre car personne ne leur donnera quoi que ce soit sur un plateau d'argent. Elles doivent se prendre en main pour éviter l’assistanat, et pour se construire réellement en France. 

En 1986, j’ai été embauchée à Inter Service Migrants, dans le service dédié aux femmes (SIA). Ce service est devenu une association à part entière en 1987, en se rebaptisant FIA-ISM[2].

J’ai contribué avec des amies d’horizons divers à créer plusieurs associations dans l’Essonne : Génération  Femmes à Évry, Génération Femmes Rissoises, Coup de Pouce, Entraide et Culture, entre autre. Ces associations avaient comme objectifs d'encourager l'autonomie et l'émancipation des femmes, notamment immigrées, de les accompagner dans leurs parcours d'intégration, d'insertion sociale, etc…

Plus tard, je deviens directrice de FIA-ISM. Ma fonction en tant que directrice est de mettre en œuvre des actions concourant à la professionnalisation des associations, à la qualification des acteurs/trices et à la mise en réseau des associations entre elles et avec des différentes structures sur le territoire national. En plus, nous dispensons depuis 1992 des formations en "médiation sociale et culturelle". La formation comporte plusieurs modules : l'éthique de la médiation, le rôle du tiers, les principes déontologiques, et les domaines  d'exercice : l’école, le logement, la santé, domaine social. Dans nos formations, nous abordons également d'autres thématiques, telles que  les préjugés, les discriminations, les violences faites aux femmes, l'égalité femme-homme, l'interculturalité, le vivre ensemble, les valeurs de la République, la laïcité, etc… Certains sujets deviennent délicats, car il y a des crispations, des méconnaissances, des malentendus, et des idées fausses qui sont véhiculées. En discutant avec moins de passion et de manière apaisée, on finit par se comprendre.

Je suis d’origine togolaise de nationalité française. Je me considère moi-même interculturelle de fait,  car ce mélange m'a façonnée et c’est une grande richesse d'avoir deux cultures en interaction.   

Je suis d'ici et je suis d'ailleurs, "togolo- française".  J’ai un besoin vital de m'imprégner de cette double origine : retourner au Togo quand je peux et revenir ici, chez moi, dans mon pays, la France qui m'a accueillie à l'âge de 13 ans.  C’est aussi cela qui me permet de me réaliser personnellement et professionnellement.

Je fais des projets d'insertion ici et des projets de co-développement au Togo et dans d'autres pays d'Afrique. Selon moi, c'est indispensable de contribuer au développement de mon pays d’accueil et de mon pays d'origine. C’est pourquoi je trouve le dispositif PRA/OSIM important car il  permet  de mettre les compétences des migrant-e-s au service des pays émergents.

Tout ce travail associatif m’a encouragée à faire de la politique. J’ai été élue sur une liste «  divers gauche » auprès de Thierry MANDON, en 1981. Aujourd'hui, j'en suis à mon troisième mandat. J'ai été aussi conseillère régionale en Ile de France pendant deux ans, et conseillère d'agglomération Évry Sud. J'aime la politique et je trouve que cela complète l'engagement associatif. Dans les 2 cas, nous sommes au service de la population.

Je suis curieuse et boulimique dans mon engagement associatif et cela a été récompensé par deux médailles : chevalier de l’ordre de mérite et chevalier de la légion d’honneur. J'en suis très fière !

J’ai été par ailleurs, vice-présidente du FORIM. Malheureusement, des problèmes de santé m’ont empêchée de m'investir comme je le voulais. Néanmoins, je reste en tant qu’administratrice suppléante, et je pense que j’ai beaucoup à apporter sur mes sujets de prédilection. Cela se fera d’une manière ou d’une autre plus tard, parce que mes problèmes de santé se résolvent peu à peu. Le FORIM est une bonne plateforme qui rend plus visible l'engagement et l'investissement des  migrant-e-s aussi bien ici que dans leur pays d'origine.

Le mot  "gagnant" résumerait mon parcours parce que je me suis donnée les moyens d’arriver. Le courage et la persévérance sont nécessaires. La France sait reconnaître celles et ceux qui se battent et se donnent les moyens de réussir. Je ne dis pas qu’il n’y a pas de racisme, ni de discriminations, mais je pense qu'il ne faut pas être dans la victimisation. Comme disait le grand Monsieur Stéphane Hessel, "indignez-vous mais agissez". Je me suis indignée bien des fois mais j'ai réagi et agit et j'estime que j'ai gagné. D’où le mot gagnant que j'ai choisi. Cette campagne est formidable. Y participer est une bonne chose et c'est une forme de reconnaissance. C’est le rôle du FORIM de faire connaitre des parcours, de donner espoir, je ne peux que le féliciter et l’encourager à continuer. Je souhaite longue vie au FORIM.

 


[1] Forum des Organisations de Solidarité Internationale issue des Migrations

[2]  Femmes Inter Associations - Inter Service Migrants