La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait d'Anette NTIGNOI

Annette NTIGNOI

Directrice du Collectif des Femmes Africaines du Hainaut (C.F.A.H.) ; experte  en coopération technique belge ; Femme de paix 2014 par le sénat belge.

 

Je suis arrivée en Belgique en 1999 avec une licence en informatique de gestion obtenue au Cameroun. Malheureusement, venant de l’étranger mon diplôme n’était pas reconnu en Belgique. Je devrais donc suivre 2 années d’études complémentaires pour avoir cette reconnaissance. Ce fut l’élément déclencheur de mon travail aujourd’hui. J’ai décidé de réunir des personnes, notamment des femmes, qui avaient de problèmes avec la reconnaissance de leurs compétences, comme moi. Nous avons ainsi crée le Collectif des Femmes Africaines du Hainaut. L’objectif du collectif est à la fois de favoriser et faciliter l’intégration des femmes africaines en Belgique et d’influencer les politiques publiques pour que leurs compétences soient reconnues.

Etant  toujours une femme active dans mon pays d’origine, il m’a été difficile d’arrêter mon métier dès mon arrivée en Belgique. Agée à peine de 23 ans j’étais à la tête d’une petite entreprise. Mon père a toujours poussé ses enfants à faire des études. Il voulait que ses filles soient indépendantes financièrement. Dans notre famille c’était mon père qui prenait les décisions. Les valeurs religieuses occupaient également beaucoup de place. Nous n’avons pas été favorisé-e-s financièrement mais les valeurs de solidarité forgeaient nos relations.  

Je suis partie à la capitale pour faire mes études. Malgré les difficultés que j’ai rencontré lors de mon parcours universitaire, je ne me suis jamais découragée. J’ai rencontré d’autres étudiantes mais la plupart d’entre elles a abandonné  leurs études. Cela a été dû aux nombreux stéréotypes qui occultaient la société de l’époque, parmi lesquels celui d’une femme épouse, mère et non d’une femme épanoui professionnellement. En subissant constamment des insultes et préjugés, beaucoup de filles renonçaient à leurs études. A l’époque, les garçons n’acceptaient pas de partager la place avec une fille à l’université. Nous avons été peu à résister jusqu’à la fin.

Je proviens d’un foyer polygamique avec beaucoup d’enfants. On était 16 enfants plus quelques enfants adoptés. J’ai perdu ma maman très tôt, à l’âge de 10 ans. J’étais donc élevée par la 2e épouse de mon père. La polygamie ne me choquait pas à l’époque. Cela était normal dans la tribu d’où je viens. Après avoir vécu d’autres expériences, lu des bouquins, je comprends à quel degré cette situation puisse être dégradante et compliquée pour une femme.

Dès mon premier mariage j’ai compris que je ne pourrais pas vivre dans une telle réalité. Mon mari croyait que les femmes étaient au service des hommes. J’ai eu du mal à me voir dans cette relation à long terme. Je ne supportais pas de ne pas pouvoir être égale à mon mari. J’ai eu deux enfants de ce mariage mais, malgré le désaccord de ma famille, j’ai divorcé. Il m’a été très difficile de prendre cette décision car il m’a fallu rompre avec la tradition. Au niveau du droit une femme pouvait demander le divorce mais au niveau de la tradition- non. Même pour une femme indépendante comme moi, cela n’a pas été évident.

Lors d’une de mes missions au Cameroun j’ai connu mon second mari. Il était belge. Cette fois-ci c’était le sentiment que m’approchait d’un homme.  C’était notre relation et non pas la famille ou les traditions qui nous ont uni. Vite j’ai fait mon premier voyage en Europe. Cette décision n’était pas difficile à prendre, j’étais déterminée de refaire ma vie. J’ai rejoint mon mari par le regroupement familial. Mes enfants m’ont rejoint ensuite. Le départ n’était pas difficile contrairement à l’arrivée. Le choc culturel m’a ébranlé. Quand on quitte son pays, on perd tout son réseau social. Il me fallait construire un nouveau réseau, refaire mes connaissances.

La chose qui m’a plus choqué concernait les liens sociaux, dont la construction était complètement différente de celle au Cameroun. Les personnes étaient plus individualistes. Cet isolement social était très dur pour moi au début. Nous avons été  toujours entouré-e-s au Cameroun. Nous avons grandi dans une culture de tribu où la solidarité était très importante. J’ai dû laisser tout ça de côté. Au début je voulais m’intégrer dans la nouvelle société et donc je n’ai pas imposé ma personnalité et ma culture. Pourtant à un moment donné je me suis imposée pour pouvoir exister avec tous les composants de ma personnalité. Je ne pouvais plus vivre en faisant semblant d’être une autre personne. Il fallait que j’assume ma culture.

C’est alors que j’ai compris que les deux cultures (la mienne et celle de mon mari) ne pouvaient pas cohabiter dans un même foyer. Dans ce contexte, ma culture était la culture secondaire. Pour que je sauve mon mariage, il fallait que je fasse profil bas. Mais j’ai une personnalité forte, pour la deuxième fois je prends la décision de divorcer. J’ai eu un enfant de cette union.

J’ai créé le CFAH en 2008. Au début je voulais voir les résultats rapidement, ce n’est qu’avec le temps que j’ai pris conscience que les résultats ne venaient pas toute de suite mais à long terme. Notre association est aujourd’hui reconnue en tant qu’interlocuteur national et international sur l’insertion des femmes migrantes en Belgique. Nous faisons à la fois le travail de terrain avec des femmes et des actions de plaidoyer. Les politiques publiques pour le migrant-e-s en Belgique sont basées sur de cours d’alphabétisation. Alors que les femmes migrantes n’ont pas toujours besoin d’être alphabétisées mais d’avoir leurs diplômes ainsi que leurs compétences reconnu-e-s.

La migration a changé et la Belgique n’a pas une politique d’intégration pour les migrant-e-s qualifié-e-s. Par ailleurs, la politique d’intégration actuelle veut le refus de la culture d’origine. C’est ça le modèle européen d’intégration. Or, nous sommes dans une société multiculturelle, les migrant-e-s peuvent intégrer la culture du pays d’accueil tout en affirmant leur propre culture. Les migrant-e-s souhaitent participer au développement de leurs pays d’origine et d’accueil. Nous avons les deux cultures, nous connaissons les valeurs de nos pays d’origine et d’accueil et nous voulons travailler pour faire avancer les choses.

Pour les femmes migrantes la situation est encore difficile. Au niveau de prise des décisions les femmes sont toujours laissées de côté. En tant que femmes migrantes nous souffrons d’une double peine, pour le fait d’être une femme et une migrante. Nous sommes ainsi écartées des processus de prise de décision. Il faut que les femmes migrantes luttent contre la résignation, le fatalisme. La plupart se décourage. Que ça soit au milieu universitaire où professionnel, nous devons nous battre pour la reconnaissance. 

Si je devais résumer mon parcours en un mot, ça serait l’engagement. Je n’ai pas peur de prendre des positions. On attend de nous de jouer le folklore et non pas de prendre des positions. Mais nous ne sommes pas là pour ça. En tant que association, nous sommes là pour dire ce qui va et ce qui ne va pas.

Nous vivons dans un monde multiculturel. La globalisation a construit un monde sans frontières, basé sur la libre circulation, mais pas forcément sur la libre circulation des personnes et c’est là le grand paradoxe de notre monde actuel.

Je suis optimiste, donc je pense que nous allons vers quelque chose de meilleure. Les choses vont changer pour l’Afrique également. Au niveau du droit des migrant-e-s aussi les choses vont avancer. Je suis optimiste, car l’Europe ne peut plus nier qu’elle a besoin des migrant-e-s qui sont une force dynamique de développement. Nous ne pouvons pas construire l’avenir sans cette force migrante. Que l’Europe le veuille ou pas.

L’initiative du FORIM est importante pour faire connaître et valoriser nos actions. Nous espérons influer dans la politique et voir de plus en plus des personnes afro-descendantes émerger dans le monde. Cette initiative nous aide à nous faire entendre. Nous avons besoin de ça. Je fais ici un appel au pouvoir public pour entendre notre cause et nous donner les moyens d’agir.

Je suis en train d’écrire un roman inspiré de mon histoire. J’espère vous le faire lire bientôt.

La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Nawal

Nawal, auteure, compositeure et interprète

Nawal a été nommée première « Ambassadrice de Bonne Volonté » par le PNUD et le Système des Nations Unies aux Comores.

Nawal, la voix des Comores, est une fille de la terre

Je suis pluriculturelle. Je suis née comorienne d’une famille aux origines diverses (Yémen, France et  grandes Comores) et je vis en France depuis mes 11 ans où je me suis enrichie des philosophies et sagesses de divers horizons.

 J’ai un pied bien ancré dans l’islam et l’autre pied qui se balade un peu partout. Mon intention étant de me rapprocher le plus possible de l’Amour, de l’Harmonie et de la Beauté absolues. Je crois que nous venons tous/tes de la Source de vie et que nous sommes fait-e-s de Terre, Eau, pur Esprit et Mémoires.

J’ai passé mon enfance aux Comores. Une période à la fois privilégiée et dure. Privilégiée matériellement mais remplie de traumas. J’ai vécu une expérience d’agression sexuelle étant  très jeune. J’ai dû faire un grand travail sur moi-même pour pouvoir en parler maintenant librement. Aujourd’hui je suis en paix avec moi-même. J’en parle pour que celles et ceux qui ont vécues des agressions sexuelles sortent du silence. Plus nous oseront dénoncer ces abus, plus d’autres se joindrons à nous. Beaucoup trop de jeunes filles et même de jeunes garçons souffrent aujourd’hui comme j’ai souffert silencieusement. Il est temps que ça s’arrête !

Je suis partie des Comores en 1976 à l’âge de 11 ans pour venir à Valence (Drôme). Je suis venue rejoindre ma mère qui y vivait depuis un an, mariée avec un comorien. Ma mère est venue avec mon frère ainé rejoindre son mari ensuite, petit à petit, elle a fait venir tous ses enfants. Nous étions 8 frères et sœurs.

J’ai été frustrée car je n’ai pas eu le temps de dire au revoir à mes amis et mon entourage. J’étais informée de mon départ la veille mais j’étais excitée avec l’idée de partir en France. Je pensais qu’en France tout était magique. Trop jeune pour voyager seule, ce sont les hôtesses qui se sont occupées de moi lors du vol. Elles ont été très gentilles, m’ont fait visiter la cabine de pilotage.

La première chose qui m’a interpelée en France était les grands immeubles. Je suis arrivée dans une ZUP[1] alors que j’étais habituée à vivre dans la campagne. En France j’habitais dans un bâtiment et je n’avais plus le droit de sortir seule. Pourtant j’étais curieuse, je voulais voir ce qui se passait dehors. Ma mère ne me laissait pas sortir donc je sortais par la fenêtre. La liberté ne se donne pas, ça se prend et ça coûte cher, mais ça vaut le coût.

Je suis arrivée en France en CM2. Ce que j’aimais de plus dans cette nouvelle école était d’apprendre à jouer à la flûte en classe. Aux Comores il n’y avait pas de cours de musique. Par contre les garçons pouvaient aller à la chorale religieuse. J’éprouvais d’un sentiment d’injustice de ne pas avoir le droit de fréquenter la chorale parce que je suis une fille. Là-bas j’ai connu la musique avec les frères de ma mère qui étaient des musiciens. Avec eux j’écoutais The Doors, Pink Floyd … je ne connaissais pas les paroles mais je chantais quand même, en jouant de la guitare.

Plus tard, mon oncle Gilbert Mlanao est venu vivre à Valence et a monté le groupe Karthala. C’est ainsi que j’ai fait mes débuts de scène comme guitariste rythmique. Ce n’était pas simple. Ma mère me répétait à coup de ceinture et de cris que je n’étais plus en âge de jouer de la musique, ni de jouer au handball. Il fallait que j’apprenne à devenir une femme d’intérieur.

Génération FM, j’animais une émission à la Radio Méga. Je le faisais en cachète, mais un jour ma mère a surpris mes frères et sœurs en train de m’écouter. Je résistais aux châtiments et continuait mon chemin jusqu’au jour où je me suis faite taper comme jamais, à tort. Ce jour-là j’ai vécu un sentiment à la fois d’injustice et d’humiliation, voire de méchanceté lorsque mon beau-père a cassé ma guitare parce que je refusais de pleurer. C’est ainsi que j’ai fait mes valises et je suis partie.

C’est chez un enseignant privé, chez qui mes frères et sœurs et moi prenions des cours de rattrapage scolaire, que je me suis refugiée. J’ai dormi dans une des salles de cours pendant 3 semaines, jusqu’à que je passe mon BAC. Il m’a même prêté une guitare.

A cette époque, dans les rues de Valence, j’ai rencontré un couple avec leur petite fille de 5ans. Ils faisaient le tour de la France en carriole. Ils avaient des économies et jouaient de la musique pour faire de l’argent. Ils m’ont invité à manger dans leur carriole et m’ont appris la simplicité du bonheur : être en harmonie avec son cœur, son corps et son âme, le bonheur de partager, donner et de recevoir. Ils ont été pour moi comme des anges, un cadeau de la Vie pour panser mes maux.

Trois semaines après, je passais mon BAC et je ne l’ai pas eu. Ma mère m’a proposé d’aller en vacances aux Comores.

Quand je suis arrivée aux Comores j’ai découvert que je me suis faite piégée. J’étais inscrite au lycée là-bas, j’y resterai donc toute l’année scolaire. Je ne voulais pas mais je n’avais pas de choix. Aujourd’hui je remercie ma mère car en plus d’avoir obtenue mon BAC j’ai redécouvert mon pays de naissance en particulier sa musique. Je me suis inscrite dans la liste des Auteurs Compositeurs et Interprètes du pays. J’ai présentais un titre pour le concours Découverte RFI qui arrivait au rang de 4ème aux Comores. Ma chanson a ouvert la radio national pendant des années.

C’est dans cette période que j’ai connu mon futur mari. Il était musicien, un très bon musicien. J’ai pensé être amoureuse de lui mais aujourd’hui je comprends que je voulais inconsciemment me marier à un comorien pour satisfaire ma mère. Il était comorien et en plus il était musicien. Ma mère était contente. La famille de mon père par contre n’était pas d’accord avec le mariage. Ils ne l’ont pas autorisé.

Après le BAC je suis retournée en France pour commencer mes études en psychologie. Mon copain est venu me rejoindre, et nous nous sommes mariés en France, à la mairie. Nous ne nous sommes jamais mariés religieusement.

Deux ans après, cet homme doux, commence à me battre. Je suis restée encore 2 ans avec lui malgré son agressivité. Un jour je me suis décidée à voir un thérapeute. J’ai découvert que je n’avais pas suffisamment d’estime pour moi-même, j’ai choisi cet homme parce qu’il correspondait aux schémas des adultes de mon enfance dans leur  moments de colères.

Il n’y a pas d’ombre sans lumière et tout ce que j’ai vécu de négatif m’a aidé à me construire comme je suis. Aujourd’hui je suis forte. Je suis bien. Je me sens chez moi partout. On s’accroche à des histoires de nationalisme, de croyance, de cultures … mais l’humain, tous les humains, appartiennent à la Terre. Nous sommes tous-tes comme des arbres enracinés dans la terre, nous sommes tous/tes pareil-le-s, nous sommes tous-tes « UN». Comme je sais que tous les humains sont mes frères et sœurs, je suis bien partout et j’essaye de transmettre le beau partout.

Quand j’ai demandé le divorce, mon mari est devenu fou. Il me cherchait partout à Montpelier. Il était parfois gentil, parfois agressif. J’ai dû arrêter la fac et je suis venue à Paris. Je me suis inscrite à une formation en éducatrice musicale. Ca regroupait mes deux passions : la psychologie et la musique.

C’était mon Paris. A Paris, j’ai commencé à chanter toute seule dans la rue, dehors les restaurants, dans le métro … pour gagner un peu d’argent, certes, mais aussi pour me faire entendre, pour montrer aux gens ce que je pouvais faire.

Un jour, je suis allée au Trois Maillet avec ma guitare et un sandwich. C’était un samedi. Je voulais faire une audition. Ils m’ont dit de revenir mardi car la maison était pleine et ils ne faisaient pas d’audition les samedis. Je n’ai pas lâché. J’habitais loin, je n’avais pas d’argent et j’avais déjà acheté mon ticket pour venir, je ne pourrais pas m’en acheter un autre pour mardi. Je voulais passer l’audition ce jour-là. J’ai insisté et ils ont fini pour accepter. Ils m’ont laissé chanter devant tout le monde et ils ont bien aimé ce que je faisais.

J’ai eu donc une place, pendant 2 ou 3 ans je chantais là-bas. Ils me payaient juste une partie de ce qu’ils m’avaient promis parce que je refusais qu’on me touche.  De ce fait, j’ai quitté le lieu.

J’ai continué à chanter dans les rues jusqu’à finir ma formation. J’ai obtenu donc mon diplôme d’éducatrice musicale. Après avoir lié mon travail d’éducatrice musicale et mes concerts pendant quelques années, j’ai fini par choisir la scène. Mais je n’ai pas quitté le bien-être et l’éducation car le public me le renvoie. Certains parlent de mes concerts comme une sorte de thérapie de groupe, d’autres disent que c’est plus qu’un concert… Tout le public chante avec moi. Depuis peu je les invite à rire au lieu d’applaudir. C’est très apprécié.

Aujourd’hui je donne aussi des stages de développement personnel pour libérer les émotions négatives et les remplacer par du positif. J’utilise la voix et le corps comme principal outil.

Toujours en quête de liberté. Guidée par ma force intérieure, j’ai cassé des murs. J’étais en colère intérieure. Aujourd’hui j’ai appris à m’aimer, à me respecter et donc à me positionner. J’ouvre mon cœur de plus en plus. Et de plus je l’ouvre de plus ceux et celles en relation avec moi ouvrent les leurs.

La paix … s’il me faut choisir un mot pour résumer mon parcours, je choisis la paix. Dans mon deuxième album, AMAN je prône la révolution individuelle, la paix intérieure comme meilleur remède. La transformation individuelle comme l’essentiel de la transformation du groupe. Je remercie toutes les personnes qui ont croisé mon chemin car je me suis construite comme je suis grâce aux expériences que j’ai vécues.

Ce que l’on vie ce n’est pas une punition, la vie ce n’est qu’un chemin d’expérience, à chacun sa cadence. Alors, « swing ta vie », dit une de mes chansons. Il faut que les femmes se lèvent, qu’elles osent dire « non » quand elles ne veulent pas. Personne ne va se battre à leur place et nous sommes tous/tes concerné-e-s par la création d’un monde meilleur et comme dirait Marry Ane Williamson « vivre petit ne rends pas service aux monde ».

Je remercie le FORIM pour cette initiative, cela m’a parmi de partager mon histoire. Je ne savais pas du tout où j’allais venant vous voir, mais encore une fois je découvre que c’est une bonne opportunité pour partager mes expériences. Car les mots que nous prononçons ont une responsabilité sur la construction de l’humanité. Ce moment m’a permis de partager ce que je suis et une phrase ou un mot peut peut-être apporter quelque chose à quelqu’un qui me lit.

Le prochain concert de Nawal aura lieu le 17 juillet au Bouffon théâtre, à Paris. Pour plus d’information : www.nawali.com

 

 


[1] ZUP – Zone à urbaniser en priorité

 

À télécharger: 

La Campagne "Une femme, un mois, une histoire" continue!

La campagne « Une femme, un mois, une histoire » a comme objectif de faire connaître, reconnaître et valoriser les différents parcours des femmes migrantes. Elles sont déjà cinq femmes à avoir participé de la campagne. Vous pouvez accéder à leurs portraits ici : http://www.forim.net/contenu/genre. N’hésitez pas à nous faire part de votre candidature ou de nous suggérer celle d’autres femmes dont vous souhaiteriez voir le portrait.

La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Samia Khouaja

Samia Khouaja, fondatrice et directrice de l’OSIM « Jasmin d’Orient »  et membre du Bureau du COSIM Languedoc Roussillon

…Je suis fière de mes origines et de mes cultures

Je suis née à Mahdia, une très belle ville côtière de la Tunisie. Je suis issue d’une famille conservatrice, l’une des grandes familles Mahdoises. Mon père travaillait dans le social et l’humanitaire, ce qui lui a donné une grande notoriété dans la ville. Il était très sévère mais clément. Il ne nous permettait pas de sortir seules hors de la maison, excepté à l’école, ni de parler ou de jouer avec nos voisins ou de fêter nos anniversaires. J‘ai consacré beaucoup de temps et j’ai donné énormément d’énergie pour arriver là où je suis aujourd’hui. Arrivée en France très jeune, j’avais à peine 17 ans, j’ai dû lutter pour conquérir ma liberté et réussir ma vie.

Ça n’était qu’à l’âge de 16 ans que j’ai pu fêter mon anniversaire pour la première et la dernière fois dans mon pays. Avec l’aide de ma mère et de mon frère, nous avons profité de l’absence de mon père, appelé pour effectuer une mission à Tunis, pour célébrer cet évènement avant mon départ en France.  

Je me suis mariée très jeune, contre mon gré, à l’âge de 17 ans, pour venir entamer une nouvelle vie en France. C’était un départ forcé, j’avais vraiment beaucoup souffert. L’éloignement de ma ville natale d’une part, de ma famille d’autre  part, et surtout de ma mère, me faisait trop souffrir. Heureusement ma mère était toujours de mes côtés, elle me soutenait et m’accompagnait à distance.

Arrivée en France, je me trouvais dans un quartier populaire dit « sensible » où je ne connaissais personne. Je découvrais la ghettoïsation des migrant-e-s en France. Cette séparation entre les français-e-s et les migrant-e-s, m’avait beaucoup choquée. Elle ne favorisait guère l’intégration et accentuait l’isolement des migrants dans leur communautarisme.

C’était très dur de m’atterrir sur un autre continent, mais je m’adaptais avant tout au lieu où je vivais et j’embrassais la culture Française. Je partais alors à la conquête de ce nouveau territoire. J’avais envie de découvrir le pays où mon destin m’avait mise, de sortir, de voir les choses, de fréquenter les gens, d’être autonome mais cela ne m’était pas possible à cette époque.

J’avais arrêté mes études à l’âge de 14 ans ‘’pour aider à la maison’’. En France, j’éduquais mes trois enfants et je suivais leur scolarité avec beaucoup d’attention. J’avais dédié une grande partie de mon temps pour qu’ils réussissent leurs études supérieures.

Plus tard, quand mes enfants étaient déjà plus grands, j’ai repris mes études pour réaliser mon rêve de l’enfance c’est d’être professeur de gymnastique. Mais avant de me lancer dans mon rêve, j’ai voulu vivre d’autres expériences. J’ai fait un stage en mécanique, un stage en menuiserie. Je ne croyais pas que mon sexe pouvait déterminer mon métier ou bloquer mes connaissances. Apres quatre ans de travail dur et de sacrifices, j’avais obtenu mon Diplôme fédéral de gymnastique volontaire et devient prof. de gymnastique pour adultes et séniors. Cela m’a permis d’avoir un travail et de me sentir plus autonome.

De prof de gym à  la directrice d’une association. En  juillet 2005, je quittais Tours pour m’installer à Montpellier. J’y sentais un racisme ambiant comme jamais auparavant.

A Montpellier, j’ai connu beaucoup de  femmes qui vivaient en France depuis 20 ou 30 ans mais qui ne parlaient pas le Français. Mais je ne suis pas du genre à me laisser abattre. A l’occasion d’une fête de quartier réunissant plusieurs femmes issues des migrations, j’ai décidé de créer mon association. Son nom sera Jasmin d’Orient et ses principaux objectifs seront de rapprocher la femme orientale de la femme occidentale et d’éliminer les barrières culturelles.

Pour faire sortir ces femmes de leur isolement, j’avais  commencé à leur donner des cours de gymnastique. Avec le temps, nous avons mis en place d’autres activités : de cours d’alphabétisation et de FLI, de sorties culturelles, de cours préparatoires pour le code de la route et pour passer le Test de Connaissance de Français (TCF). Aujourd’hui l’association compte plus de 600 adhérents dont 80% des femmes. Membre administrateur du COSIM Languedoc-Roussillon, elle est administrée par un bureau composé de six membres, quatre salariés dont une directrice.

De 2008 à 2011, nous avons réussi  à mettre en place, un programme d’appui aux migrant-e-s pour le développement de leurs projets dans leurs pays d’origine, financé par le PNUD. Un deuxième projet a été mis en place, de 2012 à 2014 avec l’appui du  Ministère des affaires étrangers Français, intitulé, Mutualiser les compétences pour l’accompagnement des jeunes diplômés demandeurs d’emploi dans la région de Kasserine, une des régions les plus pauvres  et marginalisées de la Tunisie.

Je ferais de tout pour mon pays et pour la liberté des femmes qu’y vivent. Je suis tunisienne et je suis fière de mes origines et de mes cultures.

Je ne me sens pas une femme migrante, je suis une femme comme les autres une femme libre et indépendante, capable d’aller en avant. Une femme égale à l’homme. Je ne sais pas comment les autres me voient, s’ils me voient comme une femme migrante. Cela ne me préoccupe pas. Je garde toujours mon sourire, je vie dans le positif.

Le mot réussite résume mon parcours. Etre choisie parmi les « 200 femmes qui font Montpellier » pour moi c’est une réussite.

Mon conseil à la femme immigrée pour son intégration, elle doit s’investir dans l’apprentissage de la langue française, car la maitrise de la langue est la clé  de toute réussite …

Je suis contente d’être là aujourd’hui, de pouvoir partager mon histoire avec vous. Cette initiative me permet de transmettre mon message. Etre là est le résultat de mon combat. J’ai beaucoup travaillé et aujourd’hui je vois le résultat.

 

Le FORIM recherche un/une bénévole pour sa campagne « Une femme, un mois, une histoire »

Créé en 2002, le FORIM est une plateforme nationale composée de regroupements, fédérations et collectifs d’Organisations de Solidarité internationale issues de l’Immigration (OSIM) représentant 23 pays et rassemblant, à travers ses 42 membres faitiers, près de 700 associations de personnes issues des migrations. Les objectifs du FORIM portent sur la représentation, la mise en réseau, la valorisation et le renforcement des compétences des OSIM à travers leurs structures fédérées.

Les questions liées au genre ont été au cœur des préoccupations du FORIM et de ses membres depuis sa création. Les activités du FORIM témoignent sa volonté de faire de la question des femmes migrantes un axe majeur de sa stratégie d’action.

La mise en place de la campagne « Une femme, un mois, une histoire » correspond à la volonté du FORIM de faire connaître, reconnaître et valoriser les différents parcours des femmes migrantes, pour déconstruire les stéréotypes existants autour de l’image de la femme migrante. L’ensemble des témoignages devra représenter la diversité des parcours, des histoires et des savoirs des femmes migrantes. Tous les mois de déroulement de l’action, un portrait type sera sélectionné et diffusé via les outils de communication du FORIM. La femme lauréate exposera son parcours et ses expériences en tant que femme, en tant que migrante et en tant qu’actrice du développement.

Fonctions

En lien avec l’équipe salariée du FORIM, le bénévole pour la campagne sera en charge de :

  • Faire la pré-instruction des candidatures en s’assurant que les critères d’éligibilité sont respectés.
  • Réaliser l’entretien avec la femme migrante lauréate, compiler et organiser les informations recueillies.
  • Ecrire le portrait du mois suite à l’entretien.
  • Etre en relation avec les partenaires pour la diffusion de la campagne et ses résultats.

Ville : le travail peut être réalisé à distance

Compétences

  • Etre sensible à la question du genre et des migrations.
  • Une expérience dans le milieu associatif migrant et en lien avec les droits des femmes sera un plus.

Qualité du candidat

  • Capacité d’écoute
  • Autonomie et prise d’initiative
  • Esprit de synthèse

Contrat : Bénévolat

Durée du contrat : 6 heures par mois durant 6 mois ; prise de poste en mai 2015

Pour toute question, contactez Mariana SANTOS par mail : msantos@forim.net ou par tèl: 01 44 72 02 88 

La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Rosirene Andrade BENEVIDES

Rosirene Andrade Benevides, doctorante à l’Université de Paris8 et Art thérapeute

« Je suis née au Brésil mais je suis une femme de l’univers »

Je ne suis pas venue en France comme beaucoup de migrantes à la recherche d’une vie meilleure. Je suis venue en France en 2009 à la recherche de moi-même. Je voulais découvrir qui j’étais et ce que je voulais.

Je suis née à Espirito Santo au Sud Est du Brésil. Je suis issue d’une grande famille de dix enfants, dont trois sont morts bébés. Ma famille n’était pas pauvre, elle était simple. J’ai passé ma petite enfance jusqu’à l’âge de la puberté entouré de garçons et ce grâce à mon grand frère, 3 ans plus âgée que moi, car on était inséparables. J’ai eu une enfance heureuse, j’étais très protégé par mes parents et par mes frères et sœurs. Ma famille a toujours joué un rôle très important dans ma vie.

A l’âge de onze ans, j’ai décidé de prendre des cours de danse. Ma mère s’y opposait car elle avait peur que ma passion pour la danse me détourne de mes études. J’ai donc décidé de pratiquer la danse toute seule sans le soutien financier de mes parents. Je me cachais pour partir en cours et j’ai dû mentir à mes parents presque toute une année. Quand j’ai enfin décidé d’annoncer à mes parents que je voulais être danseuse, ma mère m’a regardé et elle m’a dit : «  Je suis très fière de toi ma fille. Car ce que tu as fait demande beaucoup de courage. » Ma mère a toujours été une source d’inspiration pour moi. Elle m’a apprit tellement de choses, elle m’a aidé à m’affirmer et à embrasser ma féminité. Bien que très simple comme femme elle était une féministe très engagée. Je me rappellerai toujours d’une phrase qu’elle m’a dit quand j’avais 16 ans : « Rosi, il ne faut surtout pas que tu te maries vierge ! ». A seize ans je ne comprenais pas ce que elle voulait dire mais quelques temps après j’ai compris que ma mère m’apprenait une chose très importante : que le corps d’une femme appartient à elle-même et non à un homme. Elle m’a apprit également a être courageuse et m’a toujours soutenu dans mes choix, même lorsqu’elle n’était pas d’accord.

A quatorze ans j’ai commencé à faire des stages et à travailler pour gagner un peu d’argent mais je trouvais le temps pour continuer à danser. Cela me procurait un tel plaisir. A dix-huit je rencontre le père de mes enfants et à l’âge de 21 ans, j’ai eu mon fils. Quelques années après, le père de mon fils a décidé de venir en France pour faire sa thèse à l’Université de Paris8. J’ai donc décidé de le rejoindre. Pendant trois ans nous avons vécu entre la France et le Brésil. En 2005, je tombe enceinte de ma fille. En 2006, (alors que j’étais en France) on m’apprend que ma sœur est gravement malade. Elle avait un cancer et était très souffrante. Je décide de tout quitter y compris ma fille qui avait à peine un an pour rejoindre ma sœur. Ma sœur était ma moitié. C’est pourquoi je ne me suis jamais marié. J’ai toujours refusé l’hypothèse selon laquelle on retrouve sa moitié qu’avec un homme. Moi ma moitié je l’ai toujours eu près de moi. C’était ma sœur. J’ai passée quatre mois au Brésil avec ma sœur. En mars 2007, ma sœur décède. Son décès a fragilisé la cohésion familiale. Quant-à moi je suis tombée dans la dépression. En novembre 2008 je me sépare du père de mes enfants et en février 2009 mon père est hospitalisé, 15 jours après il décède. Pendant plusieurs mois j’étais inconsolable. La vie n’avait plus de sens pour moi. Je ne savais pas pourquoi je me réveillais tous les matins, j’étais une coquille vide. Ma fille a beaucoup souffert avec moi car elle ne me voyait jamais sourire. J’avais besoin de changement, je ne pouvais plus rester au Brésil. J’avais besoin de prendre du recul par rapport à ma famille et ma vie.

J’ai commencé à faire de recherches sur les universités en France et j’ai décidé de postuler à un master 2 à Paris 8. Je décide de vendre mon studio au Brésil et de prendre ma valise. Mon fils était à l’époque à l’université. Il a été très compréhensible. J’avais plus peur pour ma fille. J’ai décidé de la laisser avec son père et ça a été l’une des décisions les plus difficiles de ma vie.

Dès mon arrivée en France en 2009, j’ai commencé à travailler sur mon projet à l’université. Quelques mois après, ma fille est venue me rejoindre avec son père pour passer quelques temps avec moi. En février 2010, j’apprends que mon frère est malade. Il avait un cancer ! Tout s’écroulait à nouveau. Je ne savais pas quoi faire, ni comment réagir. Je ne voulais pas que ma fille me voit encore une fois dans cet état. J’ai donc nié la maladie de mon frère et j’ai décidé de ne pas rentrer au Brésil. J’ai continué à me battre en France pour avancer sur mon projet de recherche et je faisais des progrès remarquables. Cela peut paraitre invraisemblable mais la souffrance m’a beaucoup aidé dans mon travail de recherche. La souffrance est un sentiment que beaucoup de personnes ne savent pas bien utiliser. En juillet 2010, je rentre au Brésil pour voir mon frère et parler avec mes sœurs et ma mère. Je n’ai jamais regretté d’être venue en France car j’ai compris beaucoup de choses me concernant. J’ai compris qu’avec ma sœur nous étions le pilier de la famille. Maintenant la famille se reposait sur moi pour décider et tout faire. Grâce à l’aide d’un spécialiste j’ai appris à me connaitre et à trouver ma place dans cette relation.

En 2011, j’ai commencé à travailler avec la mairie de l’ile Saint Denis. J’intervenais en tant qu’art thérapeute auprès des enfants et des femmes victimes de violences. Ce travail m’a permit d’approfondir mon projet de thèse qui porte sur la question des violences faites aux femmes. Il est toujours difficile de trouver de financements pour travailler avec les femmes mais avec la médiatrice de la mairie on est arrivé à mettre en place des ateliers intitulés « Détente et conscience de soi ». Il a fallu que je fasse un travail sur moi-même pour écouter et accepter certaines choses. Il y a quelques années encore je n’admettais pas que certaines femmes acceptent la violence. Ces ateliers m’ont beaucoup appris sur les femmes, sur nos différences et nos ressemblances. A ce jour je travaille sur un spectacle inspiré des séances de travail avec les femmes. Je l’ai intitulé « mon parcours biographique chez les femmes. »

Mon travail en tant que professionnelle du théâtre me permet également de garder un lien avec mon pays. J’organise quelques spectacles au Brésil ce qui me permet de revoir ma famille et mes amis avec une certaine fréquence.

Par ailleurs, mon travail à la mairie de l’ile Saint Denis, m’a permis de comprendre comment les femmes vivent l’immigration en France. Contrairement à moi, elles sont nostalgiques, elles ont le manque du pays. Moi, je n’ai pas le mal du pays. Je suis certes née au Brésil mais je me suis toujours sentie comme étant une femme de l’univers. A chaque fois qu’on me demande d’où je viens, je dis toujours je suis une femme de l’univers.  C’est peut-être la raison pour laquelle je ne me suis jamais sentie comme une migrante. J’ai également ressentie à travers les ateliers que beaucoup de ces femmes souffrent d’un sentiment d’infériorité. Elles trouvent qu’elles ne rentrent dans aucune case. Parfois, elles n’arrivent pas à valoriser leurs expériences professionnelles.

J’aimerais dire à toutes ces femmes, de se faire confiance, de s’aimer, et d’apprendre à s’écouter et à se comprendre. Car la force d’une femme est dans son courage et sa confiance en elle-même. Aujourd’hui si je devais résumer mon parcours en un mot je choisirai le changement ! C’est l’envie de changer constamment qui a fait de moi la personne que je suis.

Pour finir, je salue cette initiative que je trouve formidable car cela nous permet à nous les femmes migrantes de réfléchir sur nous même, sur notre parcours. La campagne du FORIM donne aux femmes migrantes la possibilité de prendre la parole car j’ai conscience que pour beaucoup de femmes c’est très difficile d’être dans sa propre peau. En tout cas bravo et merci encore une fois de m’avoir permis de raconter mon histoire.

 

 

 

 

 

 

La campagne une femme, un mois, une histoire : Portrait de Virginie BAIKOUA

Virginie BAIKOUA, Assistante de direction à Lyon métropole et Présidente de l’association Solidarité Contre le Sida en Centrafrique ( SOLISIDAC)

C’est à l’âge de 19 ans que je suis arrivée pour la première fois en France laissant derrière moi ma famille et mes rêves en Centrafrique. Fille de militaire, je suis issue d’une grande famille de 20 enfants composée de plus de garçons que de filles. Mon enfance je l’ai passée dans un camp militaire où mon quotidien se limitait à aller à l’école, à l’église et au sport. Les divertissements étaient rares. Cependant je garde un souvenir agréable et heureux  de mon enfance car je ne manquais de rien.

En 1982, suite à ce que les autorités de l’époque ont qualifié de coup d’Etat militaire (c’est une qualification que je ne cautionne pas car pour moi elle a surtout  servit de prétexte pour éviter toute éventuelle enquête) ma vie a basculé, obligea mon père à quitter le pays. Quelques temps après, ma mère fut emprisonnée. Nous nous retrouvâmes avec mes frères et sœurs livrés à nous mêmes, démunis de tout moyen et loin de nos parents. Ce fut une période très difficile de ma vie. Une période qui m’apprit à me battre et à être forte. Heureusement que mes frères ainés étaient assez grands pour prendre soin de nous. Grâce à ma famille, j’ai eu la chance de continuer mes études malgré la difficulté de la situation. Mon grand frère me disait toujours : « Je ne veux pas que cette situation te détourne de tes études ! » et cela m’a beaucoup aidé car j’ai continué jusqu’au lycée et ensuite grâce à l’ambassade de France en Centrafrique, j’ai obtenu un visa pour venir en France. Mon départ était brusque, je n’avais pas le choix !

Je suis arrivée en France en 1986, et installée avec mon frère à Poitiers. Ma première année a été dure car ma famille et mon pays me manquaient beaucoup et comme j’ai demandé l’asile politique je ne pouvais pas retourner au pays. J’ai donc décidé de me concentrer sur mes études. Après deux années passées à Poitiers, je quittai pour m’installer à Lyon. Tout au long de mon séjour à Lyon, mon leitmotiv était de trouver du travail pour aider ma famille en Centrafrique. J’ai travaillé dans plusieurs administrations avant de rejoindre les équipes du Grand Lyon en tant que contractuel. J’ai ensuite décidé de passer le concours en interne pour être titularisé.

Au delà de mon travail je me suis engagée auprès de plusieurs associations de la Diasporas Centrafricaine afin de garder un lien avec mon pays. Cet engagement dans la société civile ne date pas de mon arrivée en France car à Bangui, je faisais partie d’une association de jeunes pour venir en aide aux femmes dans les villages de ma région. Cela me permettait de me sentir utile et me procurait une autosatisfaction immense.

En 2003, face à la croissance de nombres des personnes affectées par le VIH Sida, je décidais de créer avec quelques compatriotes centrafricains et amis de la Centrafrique, l’association SOLISIDAC basée à Bangui. SOLISIDAC vise principalement à venir en aide aux personnes infectées et affectées par le VIH/SIDA en leur apportant un soutien psychosocial et en mettant à leur disposition un centre d’accueil et d’écoute. Quelques temps après nous avons décidé de mettre en place une antenne de l’association en France pour appuyer et assister le bureau de Bangui. Depuis 2010, l’association avait initié, en partenariat avec plusieurs femmes de la diaspora centrafricaine et des frères engagés dans des associations une rencontre entre  les femmes centrafricaines vivant en France et celle de Bangui pour l’égalité et le développement. Depuis lors, chaque 8 mars, nous nous rendons en Centrafrique afin d’échanger avec nos soeurs sur  des thématiques en lien avec le quotidiens de la femme Centrafricaine. Nous partons  là-bas pour partager et échanger des expériences avec ces femmes et non pour donner des leçons. C’est selon moi l’erreur à ne jamais commettre. Nous allons bientôt fêter le 12ème anniversaire de l’association et c’est une immense fierté pour moi car grâce à cette association je garde aujourd’hui un lien indéfectible avec mon pays.

Cependant, l’instabilité politique constante en Centrafrique, les conflits militaro- politiques à répétition, le manque de financement ou la bureaucratie sont autant d’obstacles qui nous empêchent à mettre en œuvre nos actions et accompagner ces personnes vulnérables. En France le problème est tout autre. L’antenne de l’association en France a besoin de personnes motivées, engagées et volontaires et il est difficile de trouver des personnes qui s’engagent sur du long terme. Le problème est dans le fait que les gens ne sont pas patients et veulent voir les résultats tout de suite ils oublient souvent qu’un engagement est un combat à vie.  Il est vrai que pour ma part il est parfois difficile de motiver tout le monde mais je me dis que je ne peux pas me permettre de lâcher des personnes qui comptent sur moi.  Je garde grand espoir néanmoins en la jeunesse il me semble qu’ils ont plus conscience des enjeux.

Aujourd’hui, je me sens chanceuse d’appartenir à la fois à ici et à là-bas. Car pour ma part avoir deux cultures est une richesse inépuisable même si je sais que pour certaine personnes cela représente un handicap. La solution c’est de pouvoir marier les deux et non de les vivre séparément. Il est vrai que les femmes migrantes ont quitté leur pays, leur culture pour adopter un pays et une autre culture. C’est parfois difficile pour certaines femmes, car en plus des hommes les femmes migrantes portent pour la majorité une lourde responsabilité : celle de subvenir aux besoins de la famille restée au pays.  C’est pourquoi je choisis le mot courage pour résumer mon histoire et mon combat. Sans le courage on ne peut rien faire et sans prendre des risques je ne serais pas la femme que je suis aujourd’hui.

J’aimerais aujourd’hui passer un message à toutes les femmes migrantes. J’aimerais leur dire de se faire confiance, de s’aimer et d’accepter leur différence. J’aimerais qu’elles croient en elles et qu’elles osent car dans la vie on n’a rien sans rien.

Je profite de cette occasion pour saluer cette remarquable initiative du FORIM. Au-delà même de donner la parole à des femmes souvent oubliées ou stéréotypées, ce travail permet à chacune des femmes de regarder en arrière pour admirer tout ce qu’elles ont accompli mais aussi ce qu’elles n’ont pas pu faire. Pour ma part j’ai apprécié ce moment et je vous suis infiniment reconnaissante. 

Le FORIM a participé aux travaux de préparation de la participation française au CSW 59/ Beijing +20

 

Le FORIM a été convié à participer ce vendredi 30 janvier à la réunion pour préparer la participation française au CSW 59/ Beijing +20.

La cinquante-neuvième session de la Commission de la condition de la femme (CSW 59/ Beijing +20 ) se déroule du 9 au 20 mars 2015, au siège des Nations Unies, à New York. Des représentants des États membres, des entités des Nations Unies et des organisations non gouvernementales (ONG) accréditées auprès de l’ECOSOC de toutes les régions du monde prendront part à cette session ainsi qu'aux événements parallèles organisés à cette occasion.

(Pour en savoir plus, cliquez sur ce lien http://www.unwomen.org/fr/csw/csw59-2015#sthash.fWgaXmU4.dpuf)

Le FORIM (représenté par Brice MONNOU, administratrice du FORIM) dans son intervention a souligné l’importance d’associer aussi  les femmes migrantes de toutes les origines résidentes en France, à ce processus, pour nourrir et enrichir les travaux. Œuvrer pour donner des moyens permettant à ces femmes de se lever et de parler d’elles-mêmes dans des espaces comme à cette réunion et autour de cette table, ainsi qu’à des grandes réunions comme le CSW 59/ Beijing +20. Le FORIM a rappelé qu’il faut veiller à une égalité réelle entre les femmes et les hommes, pas seulement en droit mais aussi en fait.

"Genre et Migration" - un engagement du FORIM

Le FORIM réaffirme son engagement de faire de la question de femmes migrantes un axe majeur de sa stratégie d’action afin de dépasser les stéréotypes pour avancer dans une réflexion objective et réaliste à ce sujet. Ainsi, le FORIM œuvre à faveur de la prise de conscience collective avec l’introduction progressive et transversale de la dimension genre au sein de sa structure et ailleurs.

Afin de faire connaître, reconnaître, valoriser et appuyer le rôle de la femme comme actrice du développement, le FORIM se place en tant que porteur de la voix des femmes migrantes dans les espaces d’échange et discussion.

En 2014, le FORIM a interagit avec divers acteurs-trices pour défendre l’ouverture d’une citoyenneté réelle aux femmes migrantes favorisant la prise en compte du genre dans les politiques et pratiques de développement « ici » et « là-bas ». Pour ce faire, le FORIM a participé, au sein de la Commission Genre de Coordination SUD, aux discussions autour de la mise en place du Document d’Orientation Stratégique Genre (DOS2-Genre) adopté par le Ministère des affaires étrangères et du développement international (MAEDI) en juillet 2013.

Suite à l’adoption de ce document, le MAEDI a souhaité réactiver les travaux d’une plateforme multi-acteurs afin de suivre et d’évaluer l’application du DOS2-Genre. Le FORIM, en tant que membre de cette plateforme, a participé aux discussions autour de sa création et de sa mise en œuvre. Le FORIM est présent dans les réunions de la plateforme afin de défendre la place de la femme migrante dans cet espace.

Par ailleurs, le FORIM a participé à la présentation de la stratégie genre de l’Agence Française de développement (AFD), le Cadre d'Intervention Transversal (CIT) genre. Ce document est le fruit de la déclination du DOS 2-Genre pour les activités et projets de l’AFD.

Dû à son implication sur la question de genre et la richesse du milieu qu’il représente, le FORIM a été invité à participer en tant que partenaire du Forum Mondial des Femmes Francophones. Aux côtés de Genre en Action, PLAN France et Médecins du Monde, le FORIM a participé aux réunions de préparation et a été invité à faire partie de la délégation française du Forum.

Le premier Forum mondial des femmes francophones a eu lieu le 20 mars 2013 à Paris et a rassemblé plus de 700 femmes issues de 77 pays différents. Le FORIM y était représenté. Dans la continuité de ce travail, le deuxième Forum s’est déroulé à Kinshasa (République Démocratique du Congo) les 3 et 4 mars 2014, ayant comme sujet : « Femmes actrices du développement ». Il s’est articulé autour de 3 thématiques : « Femmes et paix », « Femmes et éducation » et « Femmes et pouvoirs ».

Comptant sur la participation de plus de 3 000 personnes venues de tout l’espace francophone, ce Forum a été un riche espace d’échange d’expériences sur le terrain. Les participant(e)s, en leur majorité des femmes, sont des exemples réels et vivants des femmes actrices du développement. Présent à cette occasion, le FORIM a pu porter témoignage sur le rôle de la femme migrante en tant qu’actrice du Codéveloppement, un pont entre « ici » et « là-bas ». 

Les recommandations formulées lors de ce deuxième Forum et issues des travaux des ateliers, seront rendues aux chefs d’Etat à Dakar en novembre 2014.

Lors de son déplacement à Kinshasa le FORIM a été invité à intervenir à la rencontre de la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté. Dans une atmosphère de dialogue et d’échange les acteurs-trices présent-e-s ont pu connaître et faire connaître leurs expériences et leurs activités en vue de la promotion de l’égalité entre les genres. Le FORIM a partagé avec les présent-e-s ses expériences dans le développement local et dans le domaine de genre. Il a plaidé pour la reconnaissance des femmes migrantes en tant que vecteur de changement social. L’accès à l’éducation pour les filles, la lutte contre les stéréotypes et le « leadership féminin » étaient au cœur des échanges de la journée.

Dès son retour, une réunion de la Commission Permanente Genre et Migrations du FORIM a été convoquée afin de partager avec ses membres les expériences vécues à Kinshasa. Cette réunion a compté avec la participation de 9 participant(e)s membres de plusieurs horizons intéressés à comprendre l’engagement du FORIM sur les questions de genre. Une bonne dynamique de travail s’est établie lors de cette réunion.

Dernièrement, le FORIM a été invité à participer du Groupe de travail « genre, coopération et protection internationales » dont l’objectif est l’évaluation de la stratégie genre et développement 2013-2017. Ce groupe multi-acteurs créé début 2014 par le Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes se réunit régulièrement, le FORIM entend s’impliquer d’avantage dans les travaux de groupe pour la suite.

Ainsi, le FORIM continuera à œuvrer à faveur de la prise de conscience collective avec l’introduction progressive et transversale de la dimension genre au sein de son réseau et ailleurs. Le FORIM confirme en 2014 sa mission d’être un espace à forte valeur ajoutée, de dialogue, de réflexion et de co-construction d’initiatives, de recherches et de formation sur la question de la femme migrante.

Commission Permanente "Genre et Migration"

Les questions liées au genre ont, depuis toujours, été au cœur des préoccupations du FORIM et de ses membres.  Le sujet a donc été réinvesti en 2013 avec la mise en place d’un espace de partage sur la question.

Cette Commission Permanente souhaite relancer les travaux du Groupe « Genre et Migrations » (en stand-by depuis 2009). Ce groupe avait comme objectif d’apporter une meilleure visibilité aux actions des femmes migrantes et sa méthode de travail reposait sur la recherche action. Les échanges au sein de ce groupe permettaient d’affiner le diagnostic des besoins et des difficultés rencontrées par les femmes migrantes et de proposer des outils et des dispositifs plus adaptés à leurs interventions.

Ainsi, la Commission Permanente « Genre et Migrations » doit :

  • Sensibiliser la société civile à la question de la complémentarité des genres, « ici » et « là-bas ».
  • Appuyer la construction d’une vision du FORIM sur la question du genre.
  • Alimenter la discussion sur le genre en portant la voix du FORIM aux espaces de discussions et de prises de décisions.
  • Travailler de manière transversale avec les autres commissions / groupes de travail et Think Tanks du FORIM.
  • Fonctionner comme un « centre de ressources » sur la question du genre.

Les discussions lancées au sein de la Commission Permanente permettent aux membres à la fois d’aborder d’aspects conceptuels sur la question du genre et d’échanger sur leurs expériences sur la prise en compte du genre dans leurs projets de développement local.

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